Jeudi 28 décembre 2006
DECEMBRE

Ça dégénère en Palestine


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Un dictateur passe, la justice internationale trépasse, les victimes s'agacent


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NOVEMBRE

ça s'enlise en Irak....


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..... et la déréglementation climatique s'installe.



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OCTOBRE

300 millions d'états-uniens.....


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Une journaliste russe assassinée



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SEPTEMBRE

Ambitions nucléaires iraniennes



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Projets nucléaires nord-coréens


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Manifestations contre les propos de Benoît XVI sur l'Islam


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JUILLET - AOUT

COUP DE BLUE'S.....


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COUPS DE FEU SUR BEYROUTH.....


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JUIN

La guerre contre le terrorisme se poursuit


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MAI

Mur entre les USA et le Mexique



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Mur entre l'Europe et les migrants sub-sahariens



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AVRIL

A quand la paix au Darfour?

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MARS

Chine, les riches et les autres


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FEVRIER

La guerre des caricatures


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JANVIER

Elections palestiniennes


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par mohamed habibi publié dans : kutub
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Mercredi 20 décembre 2006

LE NOUVEAU NE DE GEORGES DE LA TOUR
1645-1648 Musée des Beaux Arts de Rennes

Il y a quelques jours, au journal télévisé de 20 heures, on demandait à une famille musulmane, une maman avec ses deux filles, si elle fêtait Noël. La réponse était que oui. Bien sûr, pas comme une fête chrétienne – leur imam leur avait même déconseillé d’acheter un arbre de Noël estimant qu’il s’agissait d’un symbole chrétien – mais comme une occasion pour offrir des cadeaux. C’était surtout important pour les deux fillettes, car cela leur permettait de parler à leurs camarades après les vacances de ce qu’elles avaient eu comme cadeaux.

Cette petite interview m’a fait penser à deux choses : d’abord aux références coraniques à la naissance de Jésus, et puis à la symbolique de la concomitance cette année des fêtes célèbrant la nativité de Jésus avec les célébrations par les musulmans de leur plus importante fête religieuse, en l'occurence l'Aïd Al Adha (Kébir).

Depuis le IVe siècle en Occident, les chrétiens fêtent la naissance de Jésus le 25 décembre, jour de la fête romaine du solstice d'hiver, c'est-à-dire le jour où la lumière recommence à croître, choisi par l'église comme symbole du Christ "lumière du monde". Pour les chrétiens, Jésus est fils de Dieu, né dans le sein de Marie, par l'opération du Saint Esprit. Par la nativité, les chrétiens fêtent le mystère de l'incarnation, qui est l'irruption de Dieu dans l'histoire des hommes. Selon la tradition, la naissance miraculeuse de Jésus est annoncé dans l'Ancien Testament par le prophète Isaïe. Seul l'évangéliste Luc donne un récit complet de la nativité, enrichi au fil des siècles par des légendes héritées des évangiles apocryphes (comme l'âne et le bouf ou le nom des rois-mages).

Dans le Coran, la naissance miraculeuse de Jésus ('Issâ) est racontée dans la neuvième sourate qui porte le nom de Marie:  “Mentionne, dans le Livre (le Coran), Marie, quand elle se retira de sa famille en un lieu vers l’ Orient.

      Elle mit entre elle et eux un voile. Nous lui envoyâmes Notre Esprit (Gabriel), qui se présenta à elle sous la forme d’un homme parfait.

      Elle dit: “Je me réfugie contre toi auprès du Tout Miséricordieux. Si tu es pieux, (ne m’ approche point).”

      Il dit: “Je suis en fait un Messager de ton Seigneur pour te faire don d’ un fils pur”.

      Elle dit: “Comment aurais- je un fils, quand aucun homme ne m’ a touchée, et que je ne suis pas prostituée ?”

      Il dit: “Ainsi sera-t-il! Cela M’est facile, a dit ton Seigneur! Et Nous ferons de lui un signe pour les gens, et une miséricorde de Notre part. C’ est une affaire déjà décidée”.

      Elle devint donc enceinte (de l’enfant), et elle se retira avec lui en un lieu éloigné.

      Puis les douleurs de l’ enfantement l’amenèrent au tronc du palmier, et elle dit: “Malheur à moi ! Que je fusse morte avant cet instant ! Et que je fusse totalement oubliée !”

      Alors, il l’appela d’au-dessous d’ elle, (lui disant:) “Ne t’ afflige pas. Ton Seigneur a placé à tes pieds une source.

      Secoue vers toi le tronc du palmier: il fera tomber sur toi des dattes fraîches et mûres.

      Mange donc et bois et que ton œil se réjouisse! Si tu vois quelqu’un d’ entre les humains, dis (lui:) “Assurément, j’ ai voué un jeûne au Tout Miséricordieux : je ne parlerai donc aujourd’hui à aucun être humain”.

      Puis elle vint auprès des siens en le portant (le bébé). Ils dirent: “Ô Marie, tu as fait une chose monstrueuse !

      “Sœur de Hâroûn, ton père n’était pas un homme de mal et ta mère n’ était pas une prostituée”.

      Elle fit alors un signe vers lui (le bébé). Ils dirent: “Comment parlerions- nous à un bébé au berceau ?”

      Mais (le bébé) dit: “Je suis vraiment le serviteur d’ Allah. Il m’ a donné le Livre et m’ a désigné Prophète.

      Où que je sois, Il m’ a rendu béni; et Il m’ a recommandé, tant que je vivrai, la prière et la Zakâ ; et la bonté envers ma mère. Il ne m’ a fait ni violent ni malheureux.

      Et que la paix soit sur moi le jour où je naquis, le jour où je mourrai, et le jour où je serai ressuscité vivant.”

      Tel est Issa - (Jésus), fils de Marie: parole de vérité dont ils doutent.

      Il ne convient pas à Allah de s’attribuer un fils. Gloire et Pureté à Lui! Quand Il décide d’une chose, Il dit seulement: “Sois!” et elle est.

      Certes, Allah est mon Seigneur tout comme votre Seigneur. Adorez-le donc. Voilà un droit chemin”. (par la suite,) les sectes divergèrent entre elles. Alors, malheur aux mécréants lors de la vue d’un jour terrible!

      Comme ils entendront et verront bien le jour où ils viendront à Nous! Mais aujourd’hui, les injustes sont dans un égarement évident.

      Et avertis-les du jour du Regret, quand tout sera réglé ; alors qu’ ils sont (dans ce monde) inattentifs et qu’ils ne croient pas.

      C’ est Nous, en vérité, qui hériterons la terre et tout ce qui s’ y trouve, et c’est à Nous qu’ ils seront ramenés.”

      (Versets 16-40 de la sourate 19 à propos de Marie, dans le Coran)

 Il ne faut pas oublier, à la lecture de ces passages du Coran, que Marie, même si elle est reconnue par le texte coranique comme vierge et mère de Jésus, n’est pas considérée pour autant comme Mère de Dieu : elle est seulement mère d’un prophète, Jésus, que le Coran, ne reconnaît pas comme Fils incarné de Dieu, mais comme un simple prophète.



L'Annonciation, dans un manuscrit persan

Al-Bîrûnî, Al-Atâr al-bâqiya 'an al-qurûn al-hâliya
(Traces des siècles passés).

Manuscrit sur papier (171 feuillets, 30 x 20,5 cm). Iran, copie du XIVe siècle. BNF, Manuscrits (Arabe 1489 fol. 162v)

L’Islam vénère la Vierge Marie comme on vénère une sainte. La religion musulmane voue en effet à Marie un grand respect, d’une part parce qu’elle est la mère de Jésus (considéré lui-même comme un prophète), d’autre part parce que sa maternité fut un miracle qui ne lui enleva pas sa virginité. Marie est donc, pour le Musulman, une croyante de vie exemplaire et un modèle de vertu. Elle est la femme pieuse et humble par excellence.

      Dans les grands sanctuaires marials d’Orient, notamment à Notre Dame de Velankanni, où la Vierge Marie est apparue en 1580, dans le diocèse de Pondichery, en Inde, ainsi qu’à Ephèse (1) en Turquie, où se trouve la maison présumée de la Sainte Vierge, au sommet du mont Coressos, les foules de croyants, aussi bien Musulmans que Chrétiens, se pressent par millions, chaque année pour venir prier la Sainte Vierge Marie !

  « O Marie ! Dieu t’a choisie, en vérité ; Il t’a purifiée ; Il t’a choisie de préférence à toutes les femmes de l’univers » (Coran 3,42).

Telle est la salutation angélique dans le Coran. Marie est ainsi présente chez les Musulmans depuis treize siècles, mystérieuse. Les textes du Coran nous parlent de sa « nativité », de sa « retraite au Temple », de « l’annonciation », de la « nativité de Jésus », des « calomnies » subies par Marie et de la signification ultime de sa vie : elle est « signe » avec son fils.

      La “nativité” de Marie :

      “Dieu a choisi, de préférence aux mondes : Adam, Noé, la famille d’Abraham, la famille de ‘Imrân, en tant que descendants les uns des autres - Dieu est celui qui entend et qui sait -” (Coran 3, 33-34), le Coran évoque alors la prière de celle qui enfantera Marie (Anne, selon les commentateurs qui s’inspirent des protévangiles apocryphes) : ” La femme de ‘Imrân dit : “Mon Seigneur ! Je te consacre ce qui est dans mon sein ; accepte-le de ma part. Tu es, en vérité, celui qui entend et qui sait” (3,35). Le “vœu de Sainte Anne” se voit aussitôt réalisé mais de manière inattendue puisque, “après avoir mis sa fille au monde, elle dit : “Mon Seigneur ! J’ai mis au monde une fille” - Dieu savait ce qu’elle avait enfanté : un garçon n’est pas semblable à une fille -”Je l’appelle Marie, je la mets sous ta protection, elle et sa descendance, contre Satan, le réprouvé” (Coran 3, 36).

      Marie est le nom de l’enfant ainsi reçue du ciel au terme d’une longue stérilité : étonnement de la maman qui désirait un garçon pour qu’il pût servir au Temple, signification particulière du nom de Maryam, la “pieuse”, la “dévote”, protection spéciale qui met Marie et sa future descendance à l’abri des attaques et des perfidies de Satan, “l’ennemi du genre humain”, toujours aux dires du Coran. Le fait est que “Son Seigneur accueillit la petite fille en lui faisant une belle réception ; Il la fit croître d’une belle croissance” (Coran 3,37a) : Marie grandissait donc en âge, en sagesse et en grâce.

      La “retraite au Temple”:

      en écho de nos Evangiles apocryphes encore, le Coran invite à « mentionner Marie, quand elle quitta sa famille et se retira en un lieu vers l’Orient : “Elle plaça un voile entre elle et les siens ” (Coran 19, 16-17a). Si les commentateurs sont d’avis divergents pour préciser où se trouvait ce “lieu oriental” et dire en quoi consistait ce “voile”, ils soulignent combien cette vie de “consécration”, sous la tutelle et le contrôle de Zacharie, le père de Yahyâ (Jean-Baptiste), était bénie de Dieu et comblée de faveurs spéciales : « Il la confia à Zacharie. Chaque fois que Zacharie allait la voir, dans le Temple (mihrâb), il trouvait auprès d’elle la nourriture nécessaire, et il lui demandait : “O Marie ! D’où cela te vient-il ?”. Elle répondait : “Cela vient de Dieu : Dieu donne, sans compter, sa subsistance à qui Il veut » (Coran 3, 37b).

      C’est donc dans ce lieu de retraite, ce mihrâb (dont le terme désigne aujourd’hui la niche aveugle qui, dans les mosquées, indique aux Musulmans la direction de leur prière, vers La Mecque) que Marie poursuivait sa vie de prière et de méditation, répondant ainsi aux aveux admiratifs et aux invitations pressantes des Anges qui lui dirent : « 0 Marie ! Dieu t’a choisie, en vérité ; Il t’a purifiée ; Il t’a choisie de préférence à toutes les femmes de l’univers. 0 Marie ! Sois pieuse envers ton Seigneur ; prosterne-toi et incline-toi avec ceux qui s’inclinent. » (Coran 3, 42-43).

      "L'annonce faite à Marie”:


L'Annonciation
Marco Polo, Le Livre des merveilles du monde, 1298. Copié vers 1410. Manuscrit enluminé sur parchemin (43 x 30 cm). BNF, Manuscrits (Fr 2810 fol. 174)

      C’est là encore que l’Annonciation, doublement relatée par le Coran, devait développer un dialogue inattendu entre ces mêmes anges ou Gabriel lui-même, et Marie, toute à sa surprise. La sourate 19, mecquoise, fournit un récit des plus simples, qui n’a guère besoin de commentaire : « Nous lui avons envoyé notre Esprit : il se présenta devant elle sous la forme d’une homme parfait (il s’agit de Gabriel). Elle dit : “Je cherche une protection contre toi, auprès du Miséricordieux ; si toutefois tu crains Dieu !”. Il dit : “Je ne suis que l’envoyé de ton Seigneur pour te donner un garçon pur”. Elle dit : “Comment aurais-je un garçon ? Aucun mortel ne m’a jamais touchée et je ne suis pas une prostituée”. Il dit :”C’est ainsi : Ton Seigneur a dit : “Cela m’est facile”. Nous ferons de lui un Signe pour les hommes ; une miséricorde venue de nous. Le décret est irrévocable. » (19, 17b-21).

      Le récit de la sourate 3, médinoise, est plus précis, et plus significatif : « Les anges dirent : “0 Marie ! Dieu t’annonce la bonne nouvelle d’un Verbe émanant de lui : Son nom est : le Messie, Jésus, fils de Marie ; illustre en ce monde et dans la vie future ; il est au nombre de ceux qui sont proches de Dieu. Dès le berceau, il parlera aux hommes, tout comme plus tard, adulte : il sera au nombre des justes”. Elle dit : “Mon Seigneur ! Comment aurais-je un fils ? Nul homme ne m’a jamais touchée”. Il dit : “Dieu crée ainsi ce qu’Il veut : lorsqu’Il a décrété une chose, Il lui dit : “Sois !”… et elle est”. Dieu lui enseignera le Livre, la Sagesse, la Torah et l’Evangile ; et le voilà prophète, envoyé aux Fils d’Israël : “Je suis venu à vous avec un Signe de votre Seigneur : je vais, pour vous, créer d’argile, comme une forme d’oiseau. Je souffle en lui, et il est : “oiseau”, -avec la permission de Dieu. Je guéris l’aveugle et le lépreux ; je ressuscite les morts -avec la permission de Dieu. Je vous dis ce que vous mangez et ce que vous cachez dans vos demeures. Il y a vraiment là un Signe pour vous, si vous êtes croyants” » (Coran 3,45-49).

      Le mystère demeure au sujet de la signification d’une telle intervention, puisque le Coran la met en liaison avec la “création primordiale” : « Oui, il en est de Jésus comme d’Adam auprès de Dieu : Dieu l’a créé de terre, puis il lui a dit : “Sois”, et il est. » (Coran 3, 59).

      La “nativité” de Jésus :

      « Elle devint enceinte de l’enfant puis elle se retira avec lui dans un lieu éloigné. Les douleurs la surprirent auprès du tronc du palmier. Elle dit : “Malheur à moi ! Que ne suis-je déjà morte, totalement oubliée !”. L’enfant qui se trouvait à ses pieds l’appela : “Ne t’attriste pas ! Ton Seigneur a fait jaillir un ruisseau à tes pieds. Secoue vers toi le tronc du palmier ; il fera tomber sur, toi des dattes fraîches et mûres. Mange, bois et cesse de pleurer. Lorsque tu verras quelque mortel, dis : “J’ai voué un jeûne au Miséricordieux ; je ne parlerai à personne aujourd’hui” » (Coran 19, 22-26). Douleurs de l’enfantement, consolations reçues de Jésus lui-même, eau courante et dattes fraîches enfin proposées pour tout oublier : tout se passe dans l’intimité d’un premier dialogue entre la mère et l’enfant, avant que ne soit promis le grand “jeûne de la parole”.

      Les calomnies subies par Marie :

      Le Coran se fait l’écho des calomnies subies par Marie et prend farouchement la défense de cette dernière. Celle-ci, soupçonnée par les siens, semble inviter le nouveau-né à prendre sa défense. « Elle se rendit auprès des siens, en portant l’enfant. Ils dirent : “O Marie ! Tu as fait quelque chose de monstrueux ! O soeur d’Aaron ! Ton père n’était pas un homme mauvais et ta mère n’était pas une prostituée”. Elle fit signe au nouveau-né et ils dirent alors : “Comment parlerions-nous à un petit enfant au berceau ?”. Celui-ci dit : “Je suis, en vérité, le serviteur de Dieu. Il m’a donné le Livre ; il a fait de moi un Prophète ; il m’a béni, où que je sois. Il m’a recommandé la prière et l’aumône - tant que je vivrai -et la bonté envers ma mère. Il ne m’a fait ni violent ni malheureux. Que la Paix soit sur moi, le jour où je naquis ; le jour où je mourrai ; le jour où je serai ressuscité” » (Coran 19,27-33).

      Le Coran souligne, à dessein, le tragique de la situation : Dieu comble de Sa paix l’enfant et sa mère, qu’Il a faits doux, l’un et l’autre, tandis qu’Il maudit les Juifs « parce qu’ils ont proféré une horrible calomnie contre Marie » (Coran 4,156b). Preuve supplémentaire, s’il en était besoin, que pour le Coran et l’Islam Marie est vierge quand elle conçoit et quand elle enfante.

      Marie est “signe” avec son fils :

      Le Coran déclare cependant, par deux fois, que le fils et sa mère constituent un seul et même “signe” (âya) donné en exemple à l’univers entier : « Nous avons fait du fils de Marie et de sa mère un Signe. Nous leur avons donné asile sur une colline tranquille et arrosée. » (Coran 23, 50). « Et celle qui était restée vierge… Nous avons fait d’elle et de son fils un Signe pour les mondes. » (Coran 21, 91).

      De quel “signe” s’agit-il ? Le livre saint des Musulmans lui réserve une position privilégiée, singulière, éminente, jamais atteinte ni même entrevue pour les autres femmes, fussent-elles épouses ou filles de Muhammad ! Le Coran parle de Marie en termes respectueux, voire admiratifs, et invite fréquemment à “se souvenir” d’elle : oui, “mentionne Marie” (Coran 19, 76) ; son destin n’est-il pas lié à tout jamais à celui de son fils qui se voit, vingt-quatre fois, désigné du titre de “Jésus, fils de Marie” ?

      D’après le Coran, Marie est un signe pour l’univers

      Marie est un “signe” pour l’univers et il conviendrait de souligner ici l’importance du terme coranique “signe” (âya), toujours utilisé pour les merveilles de la création, signes de Dieu qui incitent à la foi, et jamais attribué à des humains, même pas au prophète de l’Islam, Muhammad. La providence divine a voulu manifester en Marie l’abondance de ses dons. Marie a été choisie, et même doublement, pour elle-même d’abord, et comme mère du Messie ensuite (Coran 3,42 ; 3, 33-34). Ainsi prédestinée par un acte préférentiel du Miséricordieux, elle a été purifiée de tout ce qui rendait alors une femme “légalement impure” ; physiologiquement purifiée, elle l’est aussi moralement, protégée contre toute atteinte de Satan, et c’est pour cela qu’elle est appelée dévote et sainte (siddîqa) (Coran 5, 75).

      Ayant renoncé à toute maternité, elle se voit invitée et comme contrainte à une maternité virginale doublement réaffirmée si bien que son fils ne tire de filiation légitime que d’elle, et d’elle seule : il est Jésus, le fils de Marie. C’est pour cela qu’elle est liée à son fils au point de ne constituer avec lui qu’un seul et même signe. Rien d’étonnant alors si le Coran la propose comme “modèle” (mathal) à ceux qui croient en Dieu (Coran 66, 12) ! Et en quoi a-t-elle ainsi valeur de modèle ? C’est parce que Marie “garda sa virginité…, déclara véridique les Paroles de son Seigneur et ses Livres, était au nombre de ceux qui craignent Dieu” (Coran 66, 12). C’est parce qu’elle est vierge, croyante et dévote qu’elle est ainsi proposée à tous en exemple.

      Marie est “témoin de la foi” :

      Marie est “témoin de la foi” parce qu’elle a déclaré vraies (saddaqat) les Paroles de son Seigneur”. Marie est “témoin du culte”, de la prière personnelle et du “jeûne de la parole”, elle “se prosterne et s’incline avec ceux qui s’inclinent” (Coran 3, 43), dans la solitude du “lieu oriental ” où un “voile” la cache aux regards indiscrets (Coran 19, 16). Marie “témoin de la réserve et de la pudeur”, a su “garder sa virginalité” (Coran 66, 12) et donner aux purifications passives reçues de Dieu une signification toute personnelle pour en faire des purifications actives.


 L’origine des Musulmans, des Chrétiens et des Juifs remonte au Prophète et Patriarche Abraham. Leurs trois prophètes sont les descendants directs des fils d’Abraham ; Mohammed de l’aîné Ismaël, Moïse et Jésus d’Isaac (que la paix soit sur eux tous). Les Musulmans respectent et honorent tout particulièrement Jésus. Ils le considèrent comme l’un des plus grands prophètes et messagers de Dieu. Un Musulman ne mentionne jamais son nom comme étant “Jésus” simplement, il ajoutera toujours la phrase “que la paix soit sur lui”. Le Coran confirme “sa naissance dans la virginité” et l’Immaculée Conception. Une sourate spéciale porte le nom de “Maryam” (Marie) en l’honneur de la mère de Jésus. Jésus (que la paix soit sur lui) est né miraculeusement grâce à cette même force qui a fait d’Adam un être humain sans père : “Pour Dieu, Jésus est comme Adam qu’Il créa de poussière, puis Il lui dit : “Sois” et il fut” (Coran III, 59).

      Pour l’Islam, Dieu n’est pas Trinité, donc personne, pas même Jésus, ne peut être “Fils de Dieu et Dieu lui-même”. Pendant sa mission prophétique, Jésus (que la paix soit sur lui) a accompli de nombreux miracles. Le Coran nous raconte qu’il disait : “En vérité, je viens à vous avec un signe de la part de votre Seigneur. Pour vous, je forme de la glaise comme la figure d’un oiseau, puis je souffle dedans : et, par la permission de Die, cela devient un oiseau. Et je guéris l’aveugle-né et le lépreux, et je ressuscite les morts, par la permission de Dieu” (Coran III, 49). Ni Mohammed, ni Jésus (que la Paix et la Bénédiction soient sur eux) ne sont venus pour changer la doctrine fondamentale de la croyance en Dieu l’Unique, apportée par les anciens prophètes, mais pour la confirmer et la renouveler par ordre de Dieu.

La religion musulmane d’un point de vue chrétien

      L’Eglise catholique estime et respecte le monothéisme de la religion musulmane, c’est-à-dire la foi islamique en un Dieu unique, par qui tout a été créé. C’est aussi ce que croient le Chrétiens : Dieu est “Un et Trine”, c’est-à-dire, pour le Chrétien, “Un seul Dieu en trois Personnes”. Il existe quelques points de convergence entre Islam et religion chrétienne :

      L’Eglise reconnaît qu’il existe aussi quelques autres références convergentes entre l’Islam et le Christianisme, dont la reconnaissance d’Abraham comme patriarche commun au Judaïsme, à l’Islam et au Christianisme et la citation par le Coran de la Vierge Marie, de Moïse et de plusieurs personnages bibliques. Il existe aussi certaines valeurs communes dans les exigences de vie chrétienne et musulmane : la droiture envers Dieu en vue du salut éternel, le devoir de prier Dieu, de secourir son prochain. Mais les divergences sont nombreuses. Voici quelques-unes des principales :

      - la plus fondamentale est le fait que l’Islam ne reconnait pas la divinité de Jésus-Christ ;

      - le Coran est une réécriture quasi-complète de la Bible par Mahomet, prophète musulman du VIè siècle qui explique avoir corrigé les textes bibliques sous l’inspiration d’Allah et par l’intermédiaire de son ange ;

      - Marie, dans le Coran, est à plusieurs reprises confondue avec Myriam, soeur de Moïse, qui vivait au XIIIè siècle … avant Jésus-Christ et n’est donc pas vraiment la Vierge Théotokos de Nazareth de Galilée.

      L’Eglise regarde aussi avec estime les musulmans, qui adorent le Dieu Un, vivant et subsistant, miséricordieux et tout-puissant, créateur du ciel et de ta terre, qui a parlé aux hommes. Ils cherchent à se soumettre de toute leur âme aux décrets de Dieu, même s’ils sont cachés, comme s’est soumis à Dieu Abraham, auquel la foi islamique se réfère volontiers. Bien qu’ils ne reconnaissent pas Jésus comme Dieu, ils le vénèrent comme prophète; ils honorent sa mère virginale, Marie, et parfois même l’invoquent avec piété. Le concile Vatican II exhorte à la compréhension mutuelle et à protéger ensemble les droits de l’homme. De plus, ils attendent le jour du jugement où Dieu rétribuera tous les hommes ressuscités. Aussi ont-ils en estime la vie morale et rendent-ils un culte à Dieu, surtout par la prière, l’aumône et le jeûne. Si, au cours des siècles, de nombreuses dissensions et inimitiés se sont manifestées entre les Chrétiens et les Musulmans, le Concile les exhorte tous à oublier le passé et à s’efforcer sincèrement à la compréhension mutuelle, ainsi qu’à protéger et à promouvoir ensemble, pour tous les hommes, la justice sociale, les valeurs morales, la paix et la liberté. (Extrait de la Déclaration Nostra Aetate sur les religions non-chrétiennes)


"L'Aïd Al Adha (Kébir), approche. Un moment que tous les musulmans du monde célèbrent. Un moment caractérisé par le sacrifice d'une bête (mouton,…) pour commémorer le geste du Prophète Ibrahim/Abraham (paix sur lui). Cette fête, symbole de joie et de partage, clôture le rituel du pèlerinage qui a lieu à La Mecque.
Pour les musulmans de France, l'Aïd révèle leur présence et consolide leur attachement à l'islam. La mobilisation des musulmans est particulièrement forte autour des préparatifs pour l'instant symbolique du sacrifice. Cela n'est pas sans conséquences sur l'ensemble de la société :
- Nombre de musulmans demandent un congé ce jour-là.
- La mobilisation et l'organisation pour la célébration de la prière de l'Aïd, les salles prêtées à cet effet.
- L'agitation autour du processus de l'acheminement, du stockage et du sacrifice des bêtes (moutons,…).

Si les deux premiers points rencontrent de moins en moins d'obstacles et provoquent moins de débats au sein de la société, le troisième point concernant l'abattage des animaux est le plus problématique :
- Flambée des prix des moutons à l'approche de la fête.
- Désorganisation dans certains sites d'abattage.
- Mauvais traitements infligés aux bêtes.
- Moutons sacrifiés avant la prière de l'Aïd.

Alors que les moyens techniques et juridiques ne manquent pas pour un meilleur déroulement de cette fête, peu de moyens sont octroyés à ce jour aux musulmans. Pourtant, par leurs expériences, de nombreuses associations musulmanes ont su développer des solutions efficaces pour l'organisation du sacrifice. Elles se voient aujourd'hui barrer la route sans raison par les autorités en place.

Il est important de rappeler la responsabilité de l'Etat et des municipalités qui doivent fournir les moyens nécessaires aux musulmans pour que ce jour soit une réussite, tel qu'ont pu le faire certains préfets. Sans quoi, comme chaque année, on ne retiendra que le désordre causé par le sacrifice, ce qui contribuera encore un peu plus à mettre les citoyens de confession musulmane à l'index.
Tout l'aspect spirituel, culturel et social est ainsi, mis au second plan au point que l'Aïd devient synonyme d'animaux et d'abattage. L'Aïd devient la fête du mouton au lieu de la célébration de l'amour pour Dieu, de l'amour pour les hommes, de l'amour des animaux.

Si la flambée des prix fait gagner des profits aux éleveurs, elle cause beaucoup de pertes aux musulmans. Perte financière mais aussi perte de l'essentiel : amour et dignité, spiritualité et fraternité, convivialité et générosité.
C'est pourquoi, il est aussi important pour nous, en tant que musulmans de se souvenir du sens profond de l'Aïd al Adha :

Fêter l'Aïd dans l'amour, c'est considérer les animaux comme des créatures sensibles que l'on doit traiter dans la douceur et dans le calme. L'Aïd est un des seuls instants, où il est permis de prendre la vie à un animal, non seulement pour se nourrir, mais aussi pour célébrer le geste d'Ibrahim/Abraham. Par l'appel au sacrifice, le prophète démontrait sa capacité d'amour pour Dieu au-delà de l'amour pour son fils. Le bélier sacrifié à la place du fils, est offert par Dieu, intégrant l'amour filial dans la perspective divine.

Fêter l'Aïd dans la dignité, c'est garder toute sa raison et se rappeler que le sacrifice peut s'étaler sur trois jours. Dépenser à la juste mesure, l'argent pour l'achat d'un mouton et non pas sombrer dans l'excès, dans le gaspillage.

Fêter l'Aïd en toute spiritualité, c'est surtout, ne pas négliger la prière de l'Aïd, accorder de l'importance à notre Prophète Ibrahim en découvrant son histoire. Suivre les pratiques de notre Prophète Mohammad dans sa manière de commémorer cette fête.

Fêter l'Aïd, c'est éviter de contribuer au carnage lors des sacrifices, respecter l'organisation de l'ordre des choses pour que cette fête conserve le caractère convivial où tout le monde y trouve de la joie.

Fêter l'Aïd, c'est célébrer l'esprit de générosité en invitant sa famille, ses proches, ses amis.

L'Aïd est une fête qu'on ne peut réduire au mouton ou à la surconsommation de la viande. C'est un mois de sacrifice permettant d'affaiblir son orgueil, son individualisme, son ego pour laisser place à un cœur apaisé au rappel de Dieu. C'est la fête de la foi avant tout. "

Source :
http://www.saphirnews.com

Si certains sont préoccupés par le prix du mouton, d’autres s’inquiètent de la coïncidence de la fête du sacrifice avec le réveillon qui marque le passage à la nouvelle année. Cette soirée, en général bien arrosée et durant laquelle la bonne humeur est de mise, risque d’être un peu tristounette pour beaucoup. En tout cas, pour les hôteliers et les professionnels de la restauration.

Le réveillon, qui, en général, est une soirée très rentable, sera quelque peu perturbé en raison de l’application de la loi interdisant la vente d’alcool aux musulmans. En fait, celle-ci est permanente, mais les autorités ferment les yeux sauf à l’occasion des fêtes à caractère religieux. En clair, la fin de l’année (ou Saint Sylvestre) sera célébrée sans Bacchus, dieu du vin.

A Casablanca, les choses sont claires. Les boîtes de nuit seront fermées. Sans alcool, pas de bonnes affaires. Les distributeurs et autres détaillants font déjà grise mine. C’est prouvé, chiffres à l’appui, que la veille de fin d’année est synonyme de grosses recettes. Chez les restaurateurs et hôteliers, c’est l’indécision la plus totale.

Certains préfèrent ne rien programmer, sachant que la soirée sera morne. D’autres maintiennent la fête espérant que les non-musulmans, c’est-à-dire en grande partie les touristes, seront nombreux en cette période de l’année. Mais pas sûr, car il semble que c’est le rush sur Marrakech et Agadir, les deux principales villes touristiques du Royaume.

D’ailleurs, toutes deux affichent complet. Là, on fera la fête envers et contre tout. «On espère que les autorités seront moins regardantes par rapport à la loi. Difficile d’imaginer les douze coups de minuit sans une coupe de champagne», indique un jeune Casablancais. «Pas question de changer quoi que ce soit», souligne la direction du Sofitel à Agadir.

par mohamed habibi publié dans : kutub
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Vendredi 15 décembre 2006

"Les criquets noir envahissent le nord du Maroc" , c'est le grand titre de la premiere page du journal hebdomadaire marocain Ashamal numéro 283 ,du 06/12 septembre 2005 .


    La presse marocaine les appelle les subsahariens, les Africains, les migrants, les clandestins et eux se nomment les « sans destin ». Partis de leur pays, fuyant la pauvreté ou la guerre, leurs routes se sont heurtées aux grillages de Ceuta et Melilla, aux balles de la Guardia civil espagnole, ou à l’infortune de leurs pateras, ces fragiles embarcations. Avec des échelles artisanales, ils sont plus de 12.000 à s'être lancés cette année à l'assaut du double grillage hérissé de barbelés qui cerne Ceuta et Melilla, villes espagnoles de commerce et de garnison enclavées sur la côte méditerranéenne du Maroc. Quelques centaines ont réussi à passer.
Toutefois, après une traversée périlleuse du Sahara, que des rescapés appellent désormais "le grand cimetière des noirs", la grande majorité des immigrants partis du Cameroun, du Ghana, de la Côte d'Ivoire et d'autres pays se heurtent au cordon sanitaire anti-immigration que l'Espagne et les pays maghrébins mettent en place sous la pression de l'Union européenne.

    L'afflux de Subsahariens ainsi bloqués en Algérie et au Maroc fait désormais de ces pays une terre d'immigration, avec ses problèmes de xénophobie. Le 15 septembre 2005, un hebdomadaire de Tanger s'inquiétait de "l'invasion de criquets noirs". Entre novembre et mars 2005, cinq avions charters ont décollé du Maroc pour évacuer des Subsahariens vers le Nigeria.
On estime à "au moins 100 000" le nombre de migrants subsahariens qui vivent aujourd'hui en Algérie et en Mauritanie, à "un million, voire un million et demi" ceux qui sont installés en Libye, et à "plusieurs dizaines de milliers" - un chiffre plus limité, mais en "augmentation" constante -, ceux qui se trouvent au Maroc et en Tunisie, a rappelé Hein de Haas (université d'Oxford), dans un article récemment publié sur le site du Migration Policy Institute de Washington. Un accueil souvent rude, comme le démontre l'enquête réalisée à Alger par le psychologue Noureddine Khaled (université d'Alger) : 30 % des immigrés interrogés pensent qu'on les considère comme des gens "misérables", près de 20 % comme des "esclaves" et 12 % comme des "sous-hommes". Cette étude est "une première au Maghreb", souligne M. Khaled, dans la mesure où, "jusque-là, c'est surtout le volet sécuritaire et policier" qui était mis en avant.

    Pour Aboubakry Djiby Sy (étudiant Mauritanien en Journalisme et Communication), Ceuta et Mellilia n’ont rien changé de l’image qu’il s’est forgée du Maroc. Pour lui c’est la même condescendance des Marocains vis-à-vis des subsahariens : « De toute façon les ‘’Africains’’ comme ils aiment à nous appeler, ne représentent rien aux yeux des Marocains. C’est en tout cas ce que j’ai constaté depuis mon arrivée ici en 2001. Et l’affaire de Ceuta et Mellila n’a été que la goutte d’eau qui a fait déborder le vase : des êtres humains abandonnés en plein désert tels des animaux ! Sans parler de ce journal tangérois qui a eu le culot d’étaler à sa ‘’une’’ ‘’Les criquets noirs envahissent le Maroc’’. Il faut que les Marocains sachent qu’ils produisent eux aussi des millions d’immigrés- légaux ou illégaux-, et que par conséquent ils devront être un peu plus compréhensifs des étudiants étrangers sur le sol pour ne pas faire de nous des mécontents revanchards une fois chez nous. » (propos relevé par
Bassirou BÄ pour le site d'information Yabiladi.com)

     Si la présence de ces migrants est devenue un "fait d'évidence sociale" dans la plupart des grandes villes du Maghreb, elle n'en reste pas moins un sujet "tabou", souligne la médecin-psychiatre marocaine Ghita El Khayat. Au même titre, avance-t-elle, que la traite négrière et les "atrocités" qui l'ont accompagnée, et que les sociétés arabes, "extrêmement racistes et xénophobes", continuent à " refuser de reconnaître". Le sociologue algérien Salah Ferhi (université du Québec à Montréal) a étudié la répartition du travail dans la ville algérienne de Maghnia, située près de la frontière marocaine : les immigrés, originaires du Mali et du Sénégal pour la plupart, vivent en "ghettos" et sont utilisés dans l'agriculture ou le bâtiment, tandis que "les locaux font de la contrebande, activité nettement plus lucrative". ("Le Maghreb, espace d'immigration" par Catherine Simon, le Monde en date du 15 décembre 2006)

    En ce qui concerne la libye, les seules informations dont on dispose, tirées des rapports des délégations de la Commission et du Parlement européens, envoyées en mission dans ce pays, laissent entrevoir les conditions, parfois épouvantables, faites aux migrants subsahariens. L'ampleur des pogroms anti-Noirs, dont la République du colonel Mouammar Kadhafi a été le théâtre en septembre 2000, reste à ce jour encore difficile à mesurer : les estimations les plus basses font état de "50 morts environ", les plus hautes évoquent "entre 100 et 500 tués" parmi les immigrés africains.

    Ces tragiques évènements doivent amener les pays du Maghreb à changer le regard qu'ils ont sur eux-mêmes, à sortir de ce mutisme et à prendre conscience désormais qu'ils sont devenus une terre d'immigration avec les devoirs d'hospitalité et d'entraide que cela implique.
par mohamed habibi publié dans : kutub
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Dimanche 10 décembre 2006

La renommée d'Anghiari en Toscane provient principalement du fait d'avoir été, le mercredi 29 juin 1440, le théâtre d’une bataille qui vit la victoire des Florentins guidés par Michelotto Attendolo et Giampaolo Orsini sur les Milanais menés par Niccolò Piccinino. Machiavel parle de cette bataille sur un ton ironique : « Et dans une aussi longue confrontation qu’elle dura de vingt à vingt-quatre heures, il ne mourut qu’un seul homme, non suite à ses blessures ou d’un quelconque valeureux fait d’arme, mais après une chute de cheval où il fut piétiné ».

Cependant, Piero Bargellini rappelle que si le bilan militaire s’est révélé modeste, le bilan politique de la bataille d'Anghiari ne le fut pas, car les Florentins célébrèrent cette bataille comme une grande et décisive victoire. En effet, Machiavel souligne, cette fois avec plus de profondeur historique, que « ... la victoire fut beaucoup plus utile pour la Toscane que nuisible pour le duc de Milan. En effet, si les Florentins avaient perdu lors de cette journée, la Toscane lui appartenait, et en perdant lors de cette même journée, il n’a rien perdu d’autre que les armes et les chevaux de son armée que l’on peut récupérer avec assez peu d’argent… ».

Mais, la bataille aurait été sûrement oubliée de l'Histoire, si les magistrats de Florence, pour décorer les salles du Palazzo Vecchio avec des œuvres rappelant les principales actions de la République, n’eurent confié à Léonard de Vinci, en compétition avec Michel-Ange, le soin de peindre la « Bataille d'Anghiari ». Après la réalisation des esquisses, la partie centrale, c'est-à-dire le combat autour du drapeau, fut posée au mur.

Endommagée par un processus de séchage non naturel inspiré par une recette de Pline l'Ancien, la peinture, inachevée, fut effacée pour faire place à la décoration de Vasari. Les célèbres dessins de Léonard de Vinci qui, comme Cellini l’affirme, furent l’ « École du monde », ont été perdus mais il en reste témoignage à travers ceux de Rubens, aujourd'hui au musée du Louvre à Paris, et d'une œuvre, datée d'autour de 1470 et attribuée au peintre Biagio d'Antonio de l'école de Paolo Uccello qu'on trouve aujourd'hui au National Gallery of Ireland à Dublin.

Plusieurs auteurs ont analysé le destin singulier de la fresque disparue de Léonard, mais aussi celui du dessin attribué à Pierre Paul Rubens qui a fait l'objet de plusieurs expertises au sein du département de restauration des œuvres du Musée du Louvre comme l'évoque l'analyse en ligne extraite de la Thèse de Valérie Morignat > http://www.valeriemorignat.net/pages/bataille_anghiari.php


La Bataille d’Anghiari : une allégorie du corps créateur.



Valérie Morignat.


 
Ce texte est extrait du Chapitre II de la Thèse de Valérie Morignat, "Poïétique des transversalités. Entrelacs du dessin et du numérique", soutenue le 28 novembre 2001 en Sorbonne et déposée.

L'article est également publié sous la direction de C.Génin et B.Darras aux Publications de la Sorbonne, collection Images Analyses.

Ce texte est publié sur le site suivant : http://imagesanalyses.univparis1.fr/

© valérie morignat.

 



Jaillis du sol sous le choc du trident de Poséidon, des chevaux aux croupes épaisses et aux yeux révulsés se cabrent, affrontant les regards avec une force sauvage, à peine issue de la materia prima. A la périphérie de ce dessin de bataille, s’extrayant du corps massif de soldats et de coursiers, un cavalier porte l’étendard divisé de son invisible nature. Quatre spirales fondent son mouvement et dessinent son corps sans mesure. Dévoré d’ombre et de vies marines, le combattant à la face rageuse réverse son corps en une torsion inhumaine et fouille du regard le centre de la bataille. Les chaînes, les cornes, les coquilles, les cuirasses qui s’agrègent à son corps cabré sont les armées de son être mêlé. Le couvrant de faces innombrables, de visages hantés, de luttes imprécises, elles lui dessinent une identité stratifiée à la profondeur allégorique.

Cette scène guerrière est La lutte pour l’étendard ; un dessin longtemps attribué à Pierre Paul Rubens, mais dont une expertise récente a révélé qu’il recouvrait celui d’un artiste non identifié du XVIème siècle (1). Complexifiant encore sa généalogie, cette bataille paroxystique est le vestige d’une œuvre disparue de Léonard. Elle est en effet l’évocation de l’épisode central d’une fresque détruite - La bataille d’Anghiari (2) - initialement commandée à Léonard pour la Salle du Conseil du Palazzo Vecchio à Florence. Si de nombreuses copies de la fresque ont traversé les siècles, il est impossible aujourd’hui d’échapper au saisissant carton du Louvre où quatre cavaliers s’arrachent un étendard. Perpétuellement renaissante depuis le naufrage originel de la fresque, La bataille d’Anghiari a formé dans ce dessin aux auteurs multiples et masqués le vœu d’une trace posthume où les mains se renouvellent.
Voyons comment la figure du porte-étendard joue ce ballet des masques dans sa dimension allégorique.



Pierre Paul Rubens, La lutte pour l’étendard, entre 1550 et vers 1603, pierre noire, plume, encre brune, rehauts au blanc de plomb, 452 x 637 mm. Paris, Musée du Louvre.  crédits photo © valérie morignat



Mouvement contrarié ou le « double devenir ».

Un extraordinaire chassé-croisé caractérise La lutte pour l’étendard. Tout ce qui paraît sur la scène de ce combat se trouve intimement mêlé à son contraire, animé par une double nature qui se révèle dans les faces grimaçantes ou dédoublées (la visière du cavalier de droite, les faces mêlées des chevaux), dans les contorsions des corps (le porte-étendard courbé), dans leurs incohérences anatomiques qui entraînent parfois la disparition d’un membre ou sa déformation monstrueuse (le bras droit démesuré du fantassin renversé). Tout dans La lutte pour l’étendardmouvement contrarié. Véritable retournement en son contraire de chaque mouvement, de chaque forme, de chaque nature, de chaque évidence.

C’est dans ce sens d’une dialectique instauratrice des opposés que Platon, dans Phédon, expose l’idée du double devenir : “Entre tous ces couples de termes contraires [fait-il dire à Socrate], se produit, puisqu’il y a deux termes, un double devenir – d’un contraire vers l’autre, et, inversement, de cet autre vers le premier” (3). Ce double devenir, troisième terme issu d’un combat créateur entre les opposés, qualifie précisément la structure dynamique qui particularise La lutte pour l’étendard. Tels que les exemples donnés par Socrate le confirment (4), il s’agit toujours, entre les termes contraires, du surgissement d’un mouvement à double-sens. Précisant sa pensée quant à l’ambiguïté de ce mouvement, le philosophe poursuit : “c’est à partir de “dormir” qu’advient “être éveillé”, et à partir d’”être éveillé” qu’advient “dormir”, et les devenirs qui sont propres à ces deux termes sont, l’un “s’assoupir”, l’autre “s’éveiller”” (5).

Porteur de cette dynamique du double devenir, le porte-étendard, qui renverse le mouvement général de la bataille, se singularise par la discordance exemplaire de sa posture. Greffé à sa monture cabrée, son corps plein de spirales présente une improbable révolution. Alors que sa jambe, solidement arrimée au cheval, est tournée vers la gauche, que son corps courbé porte vers la même direction, son cou se tord et détourne le visage à contresens. Cette torsion singulière du corps que Rubens restitue avec vigueur, apparaît aussi dans de nombreuses études où Léonard travaille à l’expression d’une fureur prédatrice. Dans les feuillets de Windsor (6) notamment, où le cheval, habité par le corps agile du félin, apparaît souvent cabré dans un mouvement à double sens qui lui prête des positions convulsives.
“Là où le mouvement naturel est absent, il faut en faire un accidentel” (7) écrivait Léonard. De fait, c’est la coexistence du mouvement naturel avec un mouvement heurté, induit par une violence extérieure, qui se dessinait à l’époque de la bataille d’Anghiari dans les études pour le groupe de Neptune. A l’extraordinaire vivacité qui projette les chevaux marins en avant, Léonard oppose un renversement brutal du mouvement qui vient fléchir leur col. Ce mouvement heurté, survenant toujours sous le coup d’une attaque ou d’une impulsion extérieure, est le même qui dualise l’expression du mouvement dans La lutte pour l’étendard. Léonard - et Rubens après lui qui détaillera grandement les circonvolutions inverses sur le corps du cavalier - œuvre dans la représentation de cette figure à une dialectisation des perceptions, et par là-même à une activation des fonctions créatrices de la pensée.

De fait, dans La République, Platon distingue deux sortes de “choses” : celles qui laissent la pensée inactive, et celles qui donnent à penser . Les premières, “parce que les sens suffisent à en juger” (8) , ne mobilisent pas la pensée ; elles apparaissent clairement identifiables, immédiatement cohérentes. Les secondes sont celles qui font secrètement violence aux sens, qui inquiètent la perception et forcent l’esprit à les penser dans leur contradiction. Parce qu’elles donnent lieu “simultanément à deux sensations contraires” écrit Platon (9) , “la sensation à leur sujet ne donne rien de sain” (10) et par là même force la réflexion. Si de semblables objets provoquent l’examen comme Platon l’explique, c’est que les percevant “de près ou de loin, les sens n’indiquent pas qu’ils soient ceci plutôt que le contraire” (11) . De ce constat, Platon déduit que toute unité non contredite, c’est à dire perçue d’emblée comme telle par les sens et n’induisant en eux aucune espèce d’inconfort, “n’attirera pas notre âme vers l’essence” (12) . “Mais si la vue de l’unité offre quelque contradiction, de sorte qu’elle ne paraisse pas plus unité que multiplicité” (13) , alors elle éveille la pensée et la force à sonder la profondeur de l’objet. Elle lui demande d’en appréhender l’essence.
Dans le mouvement contrarié du porte-étendard, dans sa figure singulière où deux sens s’entrechoquent, cette coïncidence de perceptions contradictoires est précisément ce qui mobilise la pensée. Elle la contraint obscurément, comme le corps du soldat est contraint à une improbable torsion, à questionner et à penser la nature de son corps insolite, autrement dit à penser l’essence de sa contradiction.

Nous remarquerons que c’est précisément à l’endroit où la hampe de l’étendard semble lui passer à travers le corps, à mi-hauteur du dos, que le mouvement du porte-étendard se brise ; emportant tout l’hémisphère supérieur du buste dans une révolution contraire à l’orientation du reste du corps. Le mouvement qui le presse à s’extraire du combat, brusquement se réverse dans le corps du soldat au point de contact de la hampe du drapeau. Il apparaît comme traversé par sa flèche fulgurante, pétrifié par l’impact qui en amont le blesse et le cabre dans son échappée. Ainsi, la ligne que dessine invisiblement la hampe de l’étendard à travers le corps du cavalier exerce un rôle dynamique qui conditionne l’intégralité de sa figure. Une traction sauvage l’arrache des marges et le lie indéfectiblement au centre de l’image où le combat fait rage. Il n’est pas seulement mis en mouvement par cette puissance, mais comme le disait Bacon à propos de Géricault, il a véritablement “le mouvement chevillé au corps” (14) .
Les pattes du cheval, la jambe du soldat, son bras droit, le sabot sur le pommeau de l’épée, la tête du bélier sur le thorax, la flèche qui pointe à l’extrémité du manche du drapeau, tout concourt à orienter la figure vers la gauche et vers l’extérieur de la scène. Et cependant, dès que nous passons la ligne de la hampe qui coupe virtuellement le corps en deux, le mouvement apparaît contrarié. Passé cette frontière, à une très subtile dynamique des mouvements contraires s’allie une puissante rétorsion du corps, contrarié de l’intérieur dans le mouvement qui le porte. Aux spirales des conques (celle du casque et celle sur l’épaule), qui s’invaginent en sens contraires et dont les pointes coquillaires s’étoilent vers des directions opposées, répond le bras gauche levé et jeté en arrière sur la hampe, parfaitement asymétrique au bras droit dirigé vers l’avant. Quant à la face du soldat environnée de spirales qui tournent en sens inverses, une force rebelle, réveillée par la fulgurance de la lutte pour l’étendard, la renverse en amont et jette sur ses traits une expression sauvage.


Divergences, secrète alliance.
concourt à l’exaltation d’un

 

Comme le remarque très justement Daniel Arasse, bien que les visages des soldats de “La Bataille d’Anghiari soient très particularisés et qu’ils aient pu être inspirés par des modèles réels, ils ne se proposent nullement comme des portraits (même imaginaires) des protagonistes historiques de la bataille, Niccolo Piccinino ou Guido da Faenza par exemple pour les Milanais, Niccolo di Pisa ou Napoleone Orsini pour les Florentins” (15).
La lutte pour l’étendard trouve sa symbolique la plus haute dans le fait qu’elle voile l’identité des combattants. D’une part l’étendard n’est pas lisible – même s’il demeure l’objet emblématique de la bataille (16) – d’autre part les soldats s’entremêlent au point qu’il est difficile de les opposer avec évidence.

 crédits photo © valérie morignat
La délimitation des corps est confuse, les visages se ressemblent, presque gémellaires. Alors que les parures sont toutes très nettement différentes, dans le dessin de Rubens les sabres croisés sont pourtant identiques. Les chevaux, tant du point de vue du type, de la posture, que de la couleur, sont conçus sur le même modèle. Les emblèmes, excepté peut-être le bélier qui désignerait les armes du capitaine milanais [un indice cependant discuté (17) ], ne sont pas représentés. Les boucliers renversés taisent leurs armoiries. Enfin, pour jeter définitivement un voile d’incertitude sur l’identité des guerriers, Léonard prend soin d’accuser les différences entre le porte-étendard et le cavalier qui vient à son secours sabre levé en le positionnant radicalement à contresens. Dans la version de Rubens où il arbore une armure étincelante qui le singularise, ce cavalier qui se précipite à contresens dans la mêlée n’apparaît pas immédiatement l’allié du porte-étendard. Leurs apparats très dissemblables et leurs positionnements inversés dans le champ de lice ont plutôt pour effet de les démarquer l’un de l’autre. Accusant ces apparences divergentes en mettant l’accent sur le contraste entre le pelage animal que revêt le dos de l’un, et le métal poli qui protège le corps de l’autre, le dessin de Rubens renforce l’indétermination identitaire dont à l’origine Léonard avait empreint La bataille d’Anghiari. Et la grande subtilité des mains conjointes des artistes dans la représentation de cet épisode de la bataille, trouve peut-être sa plus haute expression dans la rencontre, sur la hampe de l’étendard, des mains gauches des deux combattants. Tandis que celle du porte-étendard est blanche et dénudée, la main du cavalier qui se referme sur elle est noire et gantée de métal (18) . Au plus haut degré de leur altérité réciproque, à la fois par la position asymétrique des bras et dans l’écart des matières qui les façonnent, les mains étreintes sur la hampe de l’étendard révèlent leur secrète alliance.

Tandis que Paolo Uccello joue des couleurs nettement différenciées de la robe des montures et de la lisibilité des drapeaux pour opposer les armées affrontées, Léonard touche la profondeur symbolique du combat dans une mêlée intime où la bataille profite à l’indistinction des différences et des limites. Le porte-étendard, qui n’échappe pas à cette ambiguité identitaire, paré de coquilles, de toisons, et d’étoffes, incarnerait alors davantage un personnage de fiction qu’un guerrier historiquement identifiable. Critiquant le savoir dans lequel voudrait l’enfermer notre désir de lui assigner telle ou telle identité, ménageant perpétuellement des fissures dans les masques que nous lui prêtons, il affirme son pouvoir de morphogénèse. L’ambiguïté incarnée qu’il donne en pâture à une interrogation

 
 crédits photo © valérie morignat
phénoménologique, offrant perpétuellement une mise abyme du corps dans le corps, de la métaphore dans la métaphore, n’a de cesse d’opposer sa résistance, d’interposer ses obstacles et ombres à la pensée qui voudrait l’identifier. Ainsi il renverrait implicitement à l’espèce ambigue du créateur qu’évoque Valéry dans l’Introduction à la méthode de Léonard de Vinci : “au regard de nos habitudes, Léonard paraît une sorte de monstre, un centaure ou une chimère, à cause de l’espèce ambiguë qu’il représente” (19).
Figure de la “nature nombreuse” de l’artiste (20), le cavalier hybride serait ainsi sous les mains réunies de Léonard et de Rubens, l’allégorie du corps créateur (21).


Le dualisme incarné -

 
Le mot allegoria a remplacé tardivement chez les Grecs, à l’époque de Plutarque, le mot uponoia pour désigner la «signification cachée». C’est moins dans la présence du sens caché que dans sa transparution au sein de la forme que réside la puissance allégorique. Caillois reconnaît cette puissance lorsqu’il écrit des allégories qu’elles “guident” et “nourrissent la rêverie” (22) . Il les définit - et nous sommes là au cœur du système à l’œuvre dans La lutte pour l’étendard - comme “un univers labile par relais analogique, par métaphore interposée” (23). En effet, les indices, les traces, les formes anadyomènes qui viennent poindre dans l’image allégorique font affleurer le sens à la surface en la transperçant, et, simultanément, engouffrent la pensée dans l’intériorité du visible. Ils déplacent la pensée par la
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charnière de la métaphore. Rejoignant l’esprit Léonardien, Caillois qualifie les images allégoriques d’”images analogiques” (24). “Leur efficace [écrit-il], repose sur un réseau de concordances et d’exclusives, d’interférences multiples, de correspondances de registre à registre, qui remplace en cet empire de l’allégorie la lumière crue de la connaissance analytique” (25).
Façonné par la pensée allégorique, le corps du porte-étendard apparaît comme le lieu de passages constants entre la nature et la culture, entre l’humain et l’animal, le réel et le fictionnel. Sa peau mêlée, à la surface de laquelle les natures disparates se greffent sans cicatrices, arbore sa nature hybride. Sous la lame de l’épée enchaînée au flanc, dans la tunique ceinte qui se réverse, il semble que son ancienne peau le quitte comme une mue ; épiderme du serpent qui se dessine dans les plis d’une étoffe révulsée. Cette peau primitive qui se détache des reins du cavalier en prenant forme de cobra, est à proprement parler flottante. Elle se meut entre deux eaux, portée par le même courant, le même flux aquatique qui fait ondoyer le crin diluvien des chevaux. Se détachant du corps dans les eaux primordiales, elle révélerait l’identité provisoire du cavalier, seconde peau réversible qu’il quitte et renouvelle ; peau du serpent “qui ne cesse de se détortiller, de disparaître et de renaître” (26).
A l’instar de la coquille, le serpent qui se détache du cavalier est une figure génésique. Il manifeste l’état latent de puissances cachées, de matières en gésine enveloppées et enroulées sur elles-mêmes. Le serpent du cavalier apparaît comme la manifestation simultanée du principe primordial et du principe de résurrection. Toujours porteur d’une dualité, il touche aussi bien à l’aspect dionysiaque de l’être qu’à son aspect apollinien (27) - deux instincts opposés, “en guerre ouverte le plus souvent” (28) , mais dont la rencontre au sein de l’artiste rythme l’instauration créatrice. La subtile et emblématique rencontre du serpent et de la tête du bélier dans La lutte pour l’étendard, désigne à plus forte raison ce dualisme incarné. Elle ouvre la voie à l’antithèse, au renversement des valeurs, à l’équilibre de la mesure et de la démesure qui structure l’ensemble du dessin. Cet équilibre tendu est celui du serpent à tête de bélier des Druides : symbolisant la force psychique, la tête du bélier est appariée au corps du serpent, lui-même lié aux puissances chtoniennes ; “elle doit s’appliquer à diriger le serpent, le diriger intelligemment” (29) .
Au croisement de la Terre et des Eaux, l’apparat du porte-étendard figurerait finalement la peau fabriquée de l’artiste, son corps virtuel, toujours en formation dans les formes qu’il invente. Ainsi, ce cavalier hybride que Léonard dessine dans La bataille d’Anghiari et que Rubens nous restitue, n’est pas plus florentin que milanais : il est sans identité et sans origine. Son corps fait d’organismes greffés, habillé d’une peau mutante, porte à l’extérieur l’intériorité de sa nature changeante.


Coquilles et cuirasses -

Agrégat de conques marines et de toisons animales, les surfaces du cavalier n’en sont pas moins, dans l’apparat, la plus haute expression de la culture. Si tout en lui est pétri de la matière du sauvage, tout y exalte le principe d’articulation qui fascinait Léonard dans l’architecture des escargots (30) ; à commencer par la présence du coquillage rayonnant qui fait charnière entre l’épaule et le bras.
Léonard remarque que par la “charnière” et la “suture”, l’escargot “agrandit maison et toit à proportion de sa croissance et s’attache aux parois des coquilles” (31). Selon un principe analogue, le porte-étendard, semblable aux mollusques dont la coquille imite les formes récifales, est revêtu d’un deuxième corps qui l’enrobe, apparemment, d’une autre nature.

En vérité, faite de l’amalgame de cuirasses, de coquilles, de couvercles, la profondeur de la peau (Valéry) du cavalier réside dans le fait que semblant le dénaturer, elle révèle au contraire sa vraie nature : une nature hybride qui est aussi celle de l’artiste, et qui, selon la phrase de Valéry, “émane sa coquille” (32), la “laisse suinter” depuis l’intérieur et “distille en mesure sa merveilleuse couverte” (33) . Cette peau amalgamée de l’intérieur renfloue le corps inventé du créateur. Derrière les surfaces sédimentées se cachent d’autres peaux, sous les conques greffées veillent des entrailles nocturnes. A proportion de sa croissance, le créateur se façonne un corps à sa mesure : c’est à dire un corps hybris, qui précisément dépasse la mesure en s’incarnant dans le corps de l’œuvre. Comme l’escargot s’attache aux parois des coquilles, c’est dans l’épaisseur de ses enveloppes, dans l’obscurité qui les lie les unes aux autres, qu’il faut chercher l’invention du corps de l’artiste.
“Créer, [écrit Didier Anzieu], n’est pas que se mettre au travail. C’est se laisser travailler dans sa pensée consciente, préconsciente, inconsciente, et aussi dans son corps, ou du moins dans son Moi corporel, ainsi qu’à leur jonction, à leur dissociation, à leur réunification toujours problématiques. Le corps de l’artiste, son corps réel, son corps imaginaire, son corps fantastique, sont présents tout au long de son travail et il en tisse des traces, des lieux, des figures dans la trame de son œuvre” (34) .
Dans l’hybridation avec les formes animales c’est l’invention d’un corps fantastique, d’un corps véritablement créateur parce qu’il soumet sa propre nature, que le cavalier de La lutte pour l’étendard arbore. Dans l’enchevêtrement du pelage qui recouvre son dos, dans les entrelacs qui dessinent sur ses bras des écailles, et dans la peau nue de son buste, son être greffé révèle sa métamorphose. Assurés par le coquillage qui fait charnière entre les peaux mélangées, les passages réversibles de la peau à la parure, de l’animal à l’humain, d’un corps réel à un corps virtuel, réalisent l’hybridation du soldat et accusent son indéfinissable origine. Renforçant l’effet de cette réversibilité, les charnières et les articulations dans ce dessin n’opèrent pas en surface, mais dans les profondeurs où la pensée descend les chercher.


Nuits, l’épiphanie du sens -

En effet, le corps du porte-étendard, où s’agrègent les coquilles, les carapaces et les crânes, exerce sur la pensée l’attraction d’une invagination. Il l’absorbe toute entière dans la latence de ses formes et l’obscurité primordiale des coquilles.
“Tout est dialectique dans l’être qui sort d’une coquille” (35) écrit Bachelard . Parce qu’une partie de lui-même demeure lovée, emprisonnée dans la coquille, il demande à ce qu’on le pense à la fois comme émergeant et cependant toujours enfoui ; toujours hésitant, comme tout être encoquillé, entre l’apparition et la disparition. Au seuil où opère cette épiphanie, à l’entrée de la coquille d’où l’être sort de l’ombre, se trouve “le seuil sensible de toute connaissance. Sur ce seuil, l’intérêt ondule, il se trouble” (36) . “

Comme Deleuze le remarquait à propos de Proust, Léonard nous force à penser tous les fragments sans livrer de claires solutions de continuité. Il demande à la pensée de restaurer ces continuités, de les restituer depuis les profondeurs où elles demeurent. Il joue dans les spirales des coquillages d’un continuum apparent, mais ce continuum, lui-même porteur d’une obscurité intérieure, oblige la pensée à penser l’essence de ce qu’elle interroge. C’est à dire à descendre sous les surfaces pour trouver, de l’intérieur même de ce qu’elle regarde, la voie transversale qui constituera le seul pont qui reliera les fragments épars sans éteindre leur puissance fragmentaire. Aucun élément, pas même le bras du cavalier et son corps courbé, n’est directement articulé à l’autre. Il faut, pour restaurer le sens, trouver l’articulation secrète, le lien dissimulé dans l’épaisseur du signe.

Ainsi la jonction opérée par la charnière du coquillage sur l’épaule du cavalier est indirecte ; elle est en vérité plus lointaine. Elle est transversale : le vrai passage qu’elle permet entre l’épaule nue et le bras plein d’écailles n’opère pas dans la forme de la spirale qu’elle dessine, mais dans les eaux primordiales, originelles, où elle plonge la pensée. Là où les natures demeurent encore indivises et indifférenciées. Dans les obscurs méandres du coquillage où gît la “grande nuit impénétrée de notre âme” (37) dont parlait Valéry. Nuit des temps que Léonard nous invite à penser, à sonder, pour renflouer en surface les ponts invisibles qui relient toutes les rives opposées.
Articulant le corps hybride du cavalier par le biais d’écrins emplis d’obscurité, c’est dans le noyau de nuit de sa propre pensée, au cœur même de son intuition analogique et métonymique que Léonard nous transporte. “Le secret de Léonard comme celui de Bonaparte [écrit Valéry], est et ne peut être que dans les relations qu’ils trouvèrent, - qu’ils furent forcés de trouver, - entre des choses dont nous échappe la loi de continuité” (38) . Nous faisant passer à l’endroit de chaque articulation par l’obscurité des origines - au creux des plis de l’étoffe serpentiforme, sous les carapaces du genoux, dans le crâne du bélier, à l’intérieur des méandres du coquillage de l’épaul