Mercredi 28 février 2007


Combattre l'intégrisme, mais sans alarmisme, par Ian Buruma
LE MONDE | 27.02.07 |

'il a eu l'amabilité de lire mon livre, On a tué Théo Van Gogh, (Flammarion, 2006), je ne comprends pas comment Pascal Bruckner, dans sa tribune publiée dans Le Monde du 20 février, en a tiré la conclusion que celui-ci constituait une attaque contre Ayaan Hirsi Ali. Les deux dernières phrases d'On a tué Théo Van Gogh sont : "Et Ayaan Hirsi Ali a dû quitter la scène (les Pays-Bas). Mon pays paraît plus petit sans elle."

Je suis d'accord avec Ayaan Hirsi Ali pour affirmer que la démocratie libérale doit être défendue contre la violence extrémiste, et que l'on doit protéger les femmes contre toute maltraitance. Les seules différences entre elle et moi portent sur les priorités. Etant passée de l'islamisme dévot à l'athéisme, elle a tendance à voir dans la religion en général, et l'islam en particulier, la racine de tous les maux, notamment celui des violences faites aux femmes. Elle réduit à une seule menace monolithique la diversité des traditions culturelles, des coutumes tribales et des antécédents historiques, même à l'intérieur du monde musulman. L'islam tel qu'il est pratiqué à Java n'est pas le même que celui observé dans un village marocain, au Soudan ou à Rotterdam.

Etre tolérant ne signifie nullement être aveugle aux différences. Je n'irai jamais jusqu'à défendre la dictature au nom du respect des autres cultures. Pas plus que je ne défendrai la mutilation génitale des enfants, ou le droit de battre sa femme, quelle que soit la façon dont on tente de le justifier. Mais ce sont là des questions d'ordre judiciaire. Trouver le moyen d'empêcher les idéologies violentes de contaminer la grande majorité des musulmans modérés, et par là même de menacer les sociétés libres, voilà qui est autrement plus délicat.

Ayaan Hirsi Ali a parfaitement le droit de traiter le prophète Mahomet de "pervers", tout comme M. Bruckner a le droit de traiter les musulmans de "brutes" (dans la version intégrale du texte de Pascal Bruckner, consultable sur le site : signandsight.com). Mais si le projet est de réformer l'islam, alors de telles dénonciations ne sont peut-être pas le meilleur moyen d'y parvenir. Isoler les djihadistes et combattre leurs dogmes dangereux est chose trop importante pour céder aux polémiques grossières.

Mais M. Bruckner semble préférer des pirouettes rhétoriques malhonnêtes. L'une d'elles consiste à porter le discrédit par association. Prenons l'exemple où Ayaan Hirsi Ali se voit traiter de nazie. Dans mon livre, je critique un auteur hollandais pour avoir comparé la structure narrative de son film Soumission à un tel film nazi. M. Bruckner s'empare de cet exemple isolé pour suggérer que moi-même, et d'autres "philosophes en chambre", traitons de fascistes les "défenseurs de la liberté".

Dans une autre exagération typique, visant à salir par association, Pascal Bruckner évoque l'ouverture d'un hôpital islamique à Rotterdam et l'établissement de plages réservées aux femmes musulmanes en Italie. Je ne vois pas en quoi cela est plus choquant que d'ouvrir des restaurants casher, des hôpitaux catholiques ou d'instituer des plages pour nudistes, mais pour M. Bruckner ces concessions équivalent à la ségrégation dans les Etats du sud des Etats-Unis, voire à l'apartheid en Afrique du Sud. Et M. Bruckner d'en conclure que je suis raciste.

La question est de savoir que faire face à l'islamisme radical. Par un étrange tour de passe-passe, M. Bruckner pense que je "cautionne" les politiques américaine et britannique, même si je "désapprouve ces politiques". Je ne vois pas très bien ce qu'il veut dire par là. Il poursuit en attaquant MM. Bush et Blair, coupables à ses yeux "de ce qu'ils ont privilégié le terrain militaire au détriment du débat d'idées". J'étais, en réalité, opposé à la seconde guerre d'Irak, alors même que M. Bruckner s'activait à la justifier. Toujours est-il qu'il estime aujourd'hui que nos gouvernements devraient "frapper sur le "terrain du dogme", sur la réinterprétation des saintes écritures et des textes religieux".

Il y a quelque chose de délicieusement désuet, et même de rafraîchissant, dans la fierté proclamée par Pascal Bruckner de la "supériorité du modèle français". Je concède volontiers qu'il y a beaucoup de choses à admirer dans la France et dans son "modèle". Pourtant, l'idée de M. Bruckner selon laquelle l'Etat devrait intervenir sur le terrain du dogme ou dans l'interprétation des textes sacrés me paraît douteuse. Il y a de nombreuses raisons pour lesquelles il serait souhaitable que les musulmans, comme les autres croyants, se sentent libres de réinterpréter leurs textes religieux, et que chacun d'entre nous puisse remettre en question les dogmes. Mais ce n'est certainement pas l'affaire de l'Etat, car cela conduit tout droit à l'autoritarisme.

Au fond, qu'est-ce que M. Bruckner propose de faire concernant les millions de fidèles musulmans vivant en Europe ? Leur dire comment interpréter leurs textes saints ? Les forcer à suivre l'exemple d'Ayaan Hirsi Ali et à renoncer à leur foi ? Peut-être en effet serait-il préférable qu'ils le fassent, mais de leur propre volonté. Attendre de l'Etat qu'il les y contraigne ne correspond pas tout à fait à l'image de combattant éclairé de la liberté que se donne Pascal Bruckner.

Un trait caractéristique des procédés polémiques de M. Bruckner est le recours fréquent aux termes d'"apaisement" et de "collaborateur". Cet usage est rarement innocent. L'idée est d'associer aux collaborateurs des nazis ceux qui cherchent un accommodement avec la majorité des musulmans. Sauf à vouloir seulement se montrer blessant, cela ne peut que signifier que M. Bruckner voit l'émergence de l'islamisme comme un phénomène comparable à la montée du nazisme. Il n'est d'ailleurs pas le seul. Même si je perçois les dangers de l'islamisme, je considère cette vision comme excessivement alarmiste.

Et c'est là que nous en arrivons à l'ultime tour de passe-passe brucknérien, car, après toutes ces rodomontades affirmant la nécessité de ne pas céder un pouce face aux musulmans et appelant à défendre Ayaan Hirsi Ali contre les "ennemis de la liberté" comme moi-même, il conclut brusquement qu'"il n'existe rien qui ressemble au formidable péril du IIIe Reich" et même que "le gouvernement des mollahs de Téhéran n'est qu'un tigre de papier". Eh oui, c'est bien nous, les philosophes en chambre, qui sommes les alarmistes pris de panique, nous qui avons perdu le courage de défendre l'Europe. Mais, au fait, où avons-nous entendu ce genre de choses, par le passé ? La nécessité de défendre l'Europe contre les menaces extérieures ; les intellectuels fatigués, minés par le doute, aux jambes flageolantes... mais assez !, c'est moi qui à présent m'abaisse au niveau de Pascal Bruckner, le roi rebelle de la rive gauche.

Traduit de l'anglais par Gilles Berton
(La version intégrale de ce texte est disponible en anglais sur le site : signandsight.com).

Ian Buruma, essayiste, enseigne au Bard College (Etats-Unis).




(c) AFP/P.VERDY

En finir avec le multiculturalisme, par Pascal Bruckner

(c)LE MONDE | 19.02.07 |

 

es ennemis de la liberté se recrutent d'abord dans les sociétés libres, chez une partie des élites éclairées qui dénient le bénéfice des droits démocratiques au reste de l'humanité, voire à leurs compatriotes, si ceux-ci ont le malheur d'appartenir à une autre religion, à une autre ethnie. Il suffit pour s'en convaincre de lire deux écrits récents, le livre d'Ian Buruma On a tué Theo Van Gogh (Flammarion, 2006) et la critique de ce même livre par le journaliste et universitaire anglais Timothy Garton Ash parue dans le New York Review of Books.

Ian Buruma cache mal son agacement pour l'engagement de la députée néerlandaise d'origine somalienne Ayaan Hirsi Ali, amie de Theo Van Gogh, elle-même condamnée à mort et dont la critique du Coran l'embarrasse. Timothy Garton Ash est plus brutal encore : pour lui, apôtre du multiculturalisme, l'attitude d'Ayaan Hirsi Ali est à la fois irresponsable et contre-productive. Son verdict est implacable : " Ayaan Hirsi Ali est aujourd'hui une courageuse et légèrement simpliste fondamentaliste des Lumières."

Dans le cas précis d'Ayaan Hirsi Ali, elle-même excisée, vouée à un mariage forcé et qui s'est échappée d'Afrique pour trouver asile aux Pays-Bas, l'accusation est d'abord fausse : la différence entre elle et Mohammed Bouyeri, le meurtrier de Theo Van Gogh, c'est qu'elle n'a jamais préconisé le meurtre pour faire triompher ses idées. Les seules armes dont elle use sont la persuasion, la réfutation, le discours. On reste là dans le cercle de la raison raisonnable et non dans la pathologie du prosélytisme. L'espérance de faire reculer la tyrannie et la superstition ne semble pas relever d'une exaltation malsaine. Mais Ayaan Hirsi Ali a commis, aux yeux de nos gentils professeurs, un crime impardonnable : elle prend au sérieux les principes démocratiques.

Ian Buruma, non sans perfidie, dénie à Ayaan Hirsi Ali le droit de se référer à Voltaire : celui-ci aurait affronté l'une des institutions les plus puissantes de son temps, l'Eglise catholique, quand elle se contente d'offenser " une minorité vulnérable au coeur de l'Europe". C'est oublier que l'islam n'a pas de frontières : les communautés musulmanes du Vieux Monde qui s'adossent sur plus d'un milliard de croyants, traversés de courants divers, peuvent devenir l'aile avancée d'une offensive intégriste ou donner au contraire l'exemple d'une religiosité plus conforme à la mesure. Ce n'est pas une mince affaire, c'est même l'un des enjeux majeurs du XXIe siècle !

Isolée, promise à l'égorgement par les radicaux, contrainte de vivre entourée de gardes du corps, Ayaan Hirsi Ali doit en plus subir, comme Robert Redeker, ce professeur de philosophie français menacé de mort par des sites islamistes, les sarcasmes des grands esprits et des donneurs de leçon. Les défenseurs de la liberté seraient donc des fascistes, tandis que les fanatiques sont dépeints comme des victimes !

On oublie qu'il existe un despotisme des minorités rétives à l'assimilation si elle ne s'accompagne pas d'un statut d'extraterritorialité, de dérogations spéciales. On leur refuse ce qui a été notre privilège : le passage d'un monde à un autre, de la tradition à la modernité, de l'obéissance aveugle à la décision raisonnée. La protection des minorités implique aussi le droit pour les individus qui en font partie de s'en retirer sans dommage, par l'indifférence, l'athéisme, le mariage mixte, l'oubli des solidarités claniques ou familiales, de se forger un destin qui leur soit propre sans reproduire ce que leurs parents leur avaient légué.

La minorité ethnique, sexuelle, religieuse, régionale n'est souvent rien d'autre, en raison des offenses subies, qu'une petite nation rendue à son angélisme, chez qui le chauvinisme le plus outrancier n'est que l'expression d'un légitime amour-propre. Le chantage à la solidarité ethnique, religieuse, raciale, la dénonciation des apostats, des félons, des "bougnoules de service", des "Oncle Tom" et autres "Bounty" servent de rappel à l'ordre pour les récalcitrants éventuels et brisent leur aspiration à l'autonomie.

Il n'est donc pas surprenant que la réprimande de nos intellectuels s'exerce à l'endroit d'une Ayaan Hirsi Ali. Rien ne manque au tableau que Timothy Garton Ash dresse de la jeune femme, pas même un machisme suranné : seule la beauté de la parlementaire hollandaise, son côté glamour expliqueraient, selon lui, son succès médiatique et non la justesse de ses attaques. Timothy Garton Ash ne se demande pas si l'islamologue Tarik Ramadan auquel il adresse des dithyrambes enflammés ne doit pas lui aussi sa renommée à son physique de play-boy. Ayaan Hirsi Ali, il est vrai, déjoue les stéréotypes du politiquement correct en cours : Somalienne, elle proclame la supériorité de l'Europe sur cette région de l'Afrique ; femme, elle échappe au destin d'épouse et de mère ; musulmane, elle dénonce ouvertement l'arriération du Coran. Autant de clichés bafoués qui font d'elle une insoumise et non une de ces insurgées en toc comme nos sociétés en produisent à la pelle.

Les Lumières appartiennent au genre humain tout entier et non à quelques privilégiés nés en Europe ou en Amérique du Nord, qui se permettent en plus de les piétiner comme des enfants gâtés, d'en refuser la jouissance aux autres. S'il est un multiculturalisme légitime tant qu'il reste modéré, sa version anglo-saxonne n'est peut-être rien d'autre qu'un apartheid légal où l'on retrouve les accents attendris des riches expliquant aux pauvres que l'argent ne fait pas le bonheur : à nous les fardeaux de la liberté, de l'invention de soi, de l'égalité entre les sexes, à vous les joies de l'archaïsme, des abus reconvertis sous le beau nom de coutumes ancestrales, le mariage forcé, le voile, la polygamie.

Et si la dissidence des musulmans britanniques venait non seulement du rigorisme de leurs leaders, mais aussi de la perception confuse que les égards dont ils bénéficient de la part des autorités manifestent une forme subtile de dédain, comme si on les jugeait trop arriérés pour accéder aux bienfaits de la civilisation ?

Il existe enfin un argument qui milite contre le multiculturalisme pur et dur à la britannique : de l'aveu même des gouvernants, il ne marche pas. Non content d'avoir été pendant des années la terre d'asile du djihad, avec les conséquences dramatiques que l'on sait, le Royaume-Uni doit admettre, aujourd'hui, que son modèle social, fondé sur le communautarisme et le séparatisme, ne fonctionne plus. On a beaucoup raillé l'autoritarisme français lors du vote sur le voile islamique qui interdisait aux femmes et aux jeunes filles de le porter à l'école et dans les locaux administratifs.

Comment expliquer alors que, en Grande-Bretagne, en Hollande, en Allemagne, des responsables politiques, choqués par la généralisation de la burka ou du hidjab soient tentés à leur tour de légiférer sur ce sujet ? Les faits sont cruels pour les temporisateurs qui enjoignent l'Europe de se plier à l'islam plutôt que l'islam à la civilisation européenne : plus on cède au radicalisme des barbus, plus ils durcissent le ton.

A dire vrai, les positions d'Ian Buruma et de Timothy Garton Ash sont dans la droite ligne de leurs gouvernements américain et britannique (même s'ils les désapprouvent politiquement) : la faillite de George W. Bush et de Tony Blair dans leurs guerres contre la terreur vient aussi de ce qu'ils ont privilégié le terrain militaire au détriment du débat d'idées.

Or la mobilisation en faveur d'un islam européen éclairé est capitale : l'Europe peut devenir un modèle, un foyer de rayonnement pour la réforme de ce monothéisme dont on espère qu'il sera gagné un jour, à l'exemple de Vatican II pour les catholiques, par l'autocritique et l'examen de conscience. Encore faut-il ne pas se tromper d'interlocuteurs, ériger en amis de la tolérance des fondamentalistes qui usent de la dissimulation, investissent la gauche et l'intelligentsia pour avancer leurs pions et s'épargner l'épreuve de la laïcité.


Pascal Bruckner est écrivain, essayiste. La version intégrale de ce texte est consultable sur le site : signandsight.com


par mohamed habibi publié dans : kutub
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Dimanche 18 février 2007
Un champ d'obus rouillés où se mêlent des pierres, et la légende dit que c'est en plein centre de Kaboul; deux façades de béton triangulaires aux ouvertures béantes, c'est l'ancien palais de la Culture; des poteaux métalliques scandent un espace quasi désertique, ce sont les ruines du terminus de trolleybus à la périphérie de Kaboul. Ici, trois dromadaires pâturent en face d'un char taliban échoué. Là, un Afghan brandit un oiseau de combat dans sa cage d'osier devant un vieux biplan déglingué. Ce sont les rares vivants de ces photos désolées prises par Simon Norfolk en 2002. Il suffit de quelques détails à Simon Norfolk (né en 1963 au Niger, vit et travail en Grande-Bretagne) pour dire les désastres de la guerre, ses ruines, ses conséquences sur nos espaces de vie et nos représentations. S’il y avait jadis une peinture d’histoire, il y a aujourd’hui une photographie d’histoire (Luc Delahaye...). Dans son sillage, les grands « paysages » silencieux (à l’impact visuel très fort, presque hypnotique) de Norfolk plongent le regard du spectateur sur « l’après », le hors-champ, les traces fragiles et les avatars insidieux de la guerre.


(c) Simon Norfolk
Afghanistan August 30- October 5, 2002

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(c) Simon Norfolk
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Bart Michiels (né en 1964 à Diest, en Belgique, vit et travaille à New York), nous montre dans sa série « The Course of History » (Le Cours de l’Histoire) des paysages sublimes et purs qui furent un jour les pires champs de batailles de l’histoire. Ces photographies nous interrogent sur les notions de territoire, de la mémoire et de l’histoire. Il a récemment eu l’honneur d’une grande exposition personnelle à la Foley Gallery de New York et son exposition personnelle à la Fifty One Fine Art Photography Gallery d’Anvers a eu lieu du 27 avril au 23 juin 2006. Ses œuvres sont conservées dans les collections permanentes du Musée de la Photographie d’Anvers, du Musée de la Photographie de Charleroi et du Museum of Fine Arts de Houston.


(c) Bart Michiels
Monte Cassino 1944, Monastery Hill, 2004.
Courtesy Fifty One Fine Art Photography, Anvers.

Extrait d'un entretien avec Saskia Ooms

(http://www.edit-revue.com/)

EDIT: N°3
TERRITORIES / TERRITOIRES
30 mars 2006

"C’est l’absence de preuves de la bataille qui fait la particularité de ces photographies. Ce que je souhaite évoquer c’est ce qu’on ne voit pas : qu’arrive-t-il à un lieu quand on lui enlève jusqu’au sujet qui fait sa notoriété ? En quelque sorte, ce sont des paysages insignifiants qui comptent en grande partie sur les connaissances ou la mémoire du spectateur quant à leur histoire. L’absence de preuve est aussi la perte de notre mémoire. Sans ces preuves, nous n’avons aucune référence et ces paysages sont perçus comme des endroits idylliques, à l’opposé de leur passé historique violent. La perception et la compréhension des images qui montrent un territoire dépendent des preuves et de la connaissance que nous en avons. Des mots comme Verdun, Monte Cassino ou Waterloo auront des significations différentes selon les gens. En l’absence de preuve dans mes photographies de champs de bataille, je provoque la mémoire des spectateurs. Afin de faire retrouver les preuves et les références dans l’image (et les titres des photographies y aident), je cherche des caractéristiques et des objets dans le paysage qui pourraient être lus comme des métaphores de témoignage....Un des critères dans le choix des lieux était que la bataille devait représenter un tournant dans une guerre et donc aussi dans l’histoire. Que se serait-il passé si l’issue de la bataille avait été différente ? Un autre critère était celui d’un quota de victimes, choisir des lieux où beaucoup d’hommes étaient morts. A Cannea, les légions romaines ont subi une défaite terrible, avec la perte de 45 000 hommes en un jour, mais la bataille n’a pas mené à la chute de la République. Waterloo fut une bataille qui a mis fin à une époque, à un empire et qui a donc modifié le cours de l’histoire.
Je lis un bon nombre d’ouvrages sur les campagnes militaires et les batailles, en étudiant les cartes pour retrouver des endroits spécifiques et pour tenter de comprendre le paysage avant de le voir. Parfois, je retourne au même endroit et je prends des photos à une saison différente, pour voir l’endroit sous différentes conditions. Et souvent, après la première visite sur un champ de bataille, je me laisse aller à plus de lectures sur la bataille. Après avoir lu l’ouvrage consacré à Monte Cassino, j’y retourne ce printemps pour approfondir mon examen du champ de bataille.
Depuis le début, j’ai commencé à voir un schéma similaire dans plusieurs champs de bataille, surtout dans ceux qui étaient sur le front ouest de la Première Guerre Mondiale, celui d’une colline dont il était nécessaire de s’emparer pour des raisons stratégiques. Et ce sont également les sites où les pertes furent les plus élevées : Verdun, Le Mort Homme, La Somme, Usna Hill, La Ligne Hindenburg... C’est ce cadrage, en plaçant l’horizon au milieu, que je souhaitais suivre autant que possible. Dans d’autres, j’ai tourné l’appareil vers le sol, éliminant ainsi l’horizon et évoquant une manière contemplative de regarder d’en haut, avec mépris, la terre “sacrée”. Comme ces paysages, pour la plupart, ne portent pas la trace de la bataille qui s’y est déroulée (un fait dont j’étais très conscient et qui m’a servi de point de départ pour cette série), il fallait que j’y réintroduise quelque chose. Des éléments comme les sillons d’un tracteur, un cratère ou un creux dans le sol, deviennent des références ou des métaphores de la bataille. Les sillons dans le champ de blé de Le Mort Homme pourraient être des traces de tanks. La boue était omniprésente lors de la bataille de Passchendaele en 1917 et a énormément entravé les opérations, de même le brouillard surmontant la colline du monastère à Monte Cassino pourrait être vu comme la fumée des bombardements du monastère."



(c) Bart Michiels
Anzio, 1944, Yellow Beach
http://www.foleygallery.com/


(c) Bart Michiels
The Hindenburg Line 1918, The Knoll, 2003.
http://www.foleygallery.com/



(c) Bart Michiels
Verdun 1916, Le Mort Homme, 2001.
Courtesy Fifty One Fine Art Photography, Anvers.
http://www.foleygallery.com/


par mohamed habibi publié dans : kutub
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Dimanche 11 février 2007
Le 11 février 1990, un homme âgé, très digne, marchant main dans la main avec la femme dont il a été séparé durant vingt-sept ans, quitte sa prison pour entrer dans l'Histoire.
La date de la libération de Nelson Mandela restera à jamais gravée dans nos mémoires, tout comme l'image qu'il donna ce jour-là. Dès cet instant, échappant au confinement d'une cellule, le courage et l'autorité morale de Nelson Mandela ont représenté une lueur d'espoir, d'abord pour une nation profondément divisée, puis pour le reste de l'humanité. D'autres images ont suivi, qui nous ont marquées. Mandela, souriant, votant lors des premières élections générales ; Mandela, solennel, lors de son investiture en tant que président d'une Afrique du Sud démocratique ; Mandela avec d'autres dirigeants, des célébrités, sa nouvelle épouse Graça et sa famille, au milieu d'une foule d'enfants, qu'il attire irrésistiblement à chacun de ses déplacements. Mandela occupe une place à part dans notre monde comme dans cette chronique, qui retrace son périple vers la liberté et présente quelques clichés rassemblés sur le sujet.


A delegation of the SANNC went to London to protest against the Land Act. It consisted of (l to r) Thomas Mapikela, Rev Walter Rubusana, Rev John Dube, Saul Msane and Sol Plaatje


























(c) Ernest Cole

Ernest Cole tried to convey the harshness of the pass laws, both through his photographs and his words. He said: “In 1964, some 2 200 000 crimes were reported in South Africa. One third of these were not crimes in any moral sense, but crimes that only a black person could commit – by being in the wrong place, at the wrong time, with the wrong papers.”


This photograph of miners undergoing a medical examination highlights the horrors of the migrant labour system. Ernest Cole captures the humiliating process of adult men, standing naked, and being subjected to inspection, rather like cattle at an auction.




Famous photograph of the Soweto riots showing a scholar carrying the body of Hector Pieterson, one of the first casualties.


Youths in the township of Duduza on the East Rand protesting against the local community councils in 1986.


An example of South African apartheid laws on a private sign






Newly-elected President Nelson Mandela addressing the crowd from the balcony of the City Hall in Cape Town,
South Africa on May 9, 1994.



par mohamed habibi publié dans : kutub
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Dimanche 4 février 2007
   
    Récemment, la presse s’est fait l’écho de plusieurs jeux en provenance du monde musulman qui dépeignent la guerre à partir d’une perspective moyen-orientale :
Night of Bush Capturing (un mod de Quest for Saddam), un jeu de tir consistant à abattre Bush réalisé par le Global Islamic Media Front ou encore cette carte de Counter Strike développée par un iranien de 27 ans où la mission des joueurs est de faire sauter un pétrolier américain.
Un seul et même argument revient sans cesse dans la bouche des détracteurs, celui que ces jeux attisent la haine et favorisent le passage au terrorisme. Ainsi, selon les officiels de l’armée américaine, on assiste en ce moment à une multiplication des offensives d’Al Qaeda envers les plus jeunes, et ce par l’intermédiaire des jeux vidéo. "Des millions de personnes créent des modifications sur les jeux de par le monde. Nous n’avons absolument aucun contrôle sur eux. C’est comme dessiner une moustache sur une photo" évoque un officiel. Pourtant lorsque l'armée américaine est à l'initiative de jeux vidéos où le but est de tuer des arabes, il y a très peu de protestations ou de réactions indignées.



    Un article du New York Times  intitulé "On Maneuvers with the Army's Game Squad" raconte comment le Pentagone compte recruter de nouveaux soldats grâce à un jeu vidéo, que chacun peut télécharger gratuitement sur  americasarmy.com . Le Pentagone n'a pas de chiffres précis sur le nombre de jeunes qui ont décidé de s'enrôler après avoir téléchargé le jeu. Mais depuis sa sortie en juillet 2002, un sondage montre que l'armée y délivre ses messages avec beaucoup plus d'efficacité que dans toutes ses campagnes précédentes. Depuis, tous les ans les créateurs de jeux sont invités sur des bases militaires : ils leur simulent des "zones de combats" pour que leur version numérique soit réaliste. Il existe aussi l’équivalent côté arabe. Under Siege a été développé en Syrie et met en scène des Palestiniens qui doivent combattre des Israéliens.
Lassés que les Arabes et en particulier les musulmans soient toujours considérés comme les méchants terroristes dans les jeux vidéo, un studio de développement syrien a décidé de lancer une série de jeu visant à défendre leur religion et leur culture.
Al-Quraysh est un jeu de stratégie destiné à dévoiler les 100 premières années de l'Islam à travers quatre différents points de vue, à savoir les Bedouins, les Arabas, les Perses et les Romains. Le joueur devra protéger sa tribu, gérer ses points d'eaux, ses routes et, bien entendu, ses troupes. Le jeu tire son nom de la tribu du prophète et devrait sortir en septembre prochain."Ce jeu va permettre aux gens vivant à l'Ouest de mieux comprendre ceux vivant à l'Est" a déclaré Radwan Kasmiya, manager executif de Afkar Media, le studio en charge du développement. Il considère également que le jeu devrait servir de leçon pour les musulmans : "Je suis gêné de la manière dont nous montrons notre civilisation. Il y a des lois rationnelles qui régissaient les musulmans. Les autres civilisations pouvaient être en contact avec nous, nous n'étions pas une civilisation sectaire et conservatrice." Source: www.csmonitor.com | Copyright © 2006 The Christian Science Monitor. All rights reserved.

    L’idée que veut faire passer l’armée américaine selon laquelle il est inadmissible que l’on puisse utiliser des jeux vidéo à des fins de propagande est juste. Mais quelle commence à faire le ménage dans ses propres rangs.


par mohamed habibi publié dans : kutub
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