
Des Guinéens viennent reconnaîtrent le 23 janvier 2007 à Conakry le corps de proches victimes de la répression des forces de l'ordre.
© Georges Gobet (AFP/AFP)
Guinée, le drame ignoré.par Tierno Monénembo
"En ce moment même, l’armée tire sur les grévistes dans les rues de Conakry.
Des lycéens, des mères de famille, des ouvriers et des enseignants sortis exprimer leur ras-le-bol de la misère et de l’oppression tombent sous les balles d’un de ces régimes archaïques et sanguinaires auxquels les maîtres de ce monde ont confié les mines d’Afrique. Aucune caméra ne les filmera, aucun journaliste ne témoignera des derniers instants de leur agonie.
A Conakry, il n’y a pas d’agence de presse, pas de bureau de TF1 ou de CNN. Ils ne sont pas fous dans les médias : on envoie des correspondants seulement là où les nouvelles sont possibles. Or, en Guinée, jamais rien de nouveau, pour ainsi dire : bientôt cinquante ans que les pendaisons publiques et les massacres de rue s’y succèdent sans émouvoir personne. S’il fallait passer au 20 heures tous les pauvres types qui se font canarder par des dictateurs à travers le monde ! S’ils étaient télégéniques, au moins, les cadavres de Conakry ! D’ailleurs, ça se trouve où, la Guinée ?
A force de crever dans son coin de solitude et de tyrannie, ce pays a fini par disparaître des atlas et des statistiques. Ignorée des touristes, boudée par les journalistes, abandonnée par les organisations humanitaires, la Guinée est devenue un gigantesque camp de concentration où le premier tyran venu peut torturer et tuer à satiété sans perturber ni la conscience des champions des droits de l’homme ni les cocktails des diplomates.
Il y eut un temps où la patrie de Camara Laye passait pour un nouveau Cuba, et Sekou Touré, son leader d’alors, pour un autre Che Guevara. Les bons journaux (ceux de gauche !) ne tarissaient pas d’éloges sur lui. Les syndicalistes et les leaders communistes et socialistes se bousculaient à Conakry pour se faire photographier à côté du « camarade africain ». Les professionnels de la révolution et autres apôtres de la bonne cause ne se contentèrent pas de le chanter, ils le déifièrent tout bonnement. Ils le soutinrent jusque dans ses crimes les plus abominables. Seulement, quand les monceaux de cadavres se mirent à surpasser les murailles du camp Boiro et que leur odeur commença à se propager, ils firent ce qu’ils ont l’habitude de faire : ils se réfugièrent dans le silence et détournèrent leurs regards vers d’autres ferments révolutionnaires, d’autres théories fumeuses.
Aujourd’hui, mon pays n’intéresse plus personne. Après le Rwanda, le Liberia, la Côte-d’Ivoire ou la Somalie, que peuvent bien espérer les manifestants de Conakry ? Rien, absolument rien ! D’autant qu’ils ne se contentent pas de crever et de pourrir, ces salauds, ils le font sur les deux tiers de la bauxite du monde..."
Jeudi 25 janvier 2007
Tierno Monénembo, écrivain guinéen





Keith Ellison, le premier parlementaire américain de confession musulmane, a prêté serment jeudi au cours de l'entrée en fonction du 110e Congrès. L'élu du Minnesota a utilisé un exemplaire particulièrement rare du Coran pour cette cérémonie. Les membres de la Chambre des représentants prêtent officiellement serment en tant que groupe sans utiliser de Bible ou d'autre livre. Mais dans un pays dont 75% des habitants se considèrent comme chrétiens, la Bible s'est souvent imposée dans les cérémonies non-officielles qui suivaient, et notamment lors de la traditionnelle photo. Nancy Pelosi, première femme à présider la chambre basse du Congrès américain, a fait prêter serment à Keith Ellison qui était accompagné de sa femme et de leurs quatre enfants. M.Ellison, un démocrate, a utilisé un exemplaire du Coran emprunté à la bibliothèque du Congrès et ayant appartenu au troisième président des Etats-Unis, Thomas Jefferson. Ce dernier disposait de la plus importante bibliothèque privée des États-Unis (6 500 ouvrages environ en 1815). Il décida de les vendre à la Bibliothèque du Congrès après l'incendie de celle-ci par les troupes britanniques. Cela lui permit de rembourser une partie de ses dettes. Il mit au point un système de classification original des livres, retenu par la Bibliothèque du congrès. On crédite souvent Thomas Jefferson de l'invention des bibliothèques publiques et de la notion de fair use qui leur est attachée.