Mercredi 14 mars 2007

Peinture murale d'Isis
musée de Karnak en Égypte


Après la lecture du voile d'isis de Pierre HADOT, de l'ombre du tableau de François JULLIEN et de ce que l'occident ne voit pas de l'occident de Pierre LEGENDRE, tout laisse à penser que le monde occidental doute aujourd'hui de l'universalité de ses valeurs et de ses concepts.

Dès lors, si l'occident ne veut pas sombrer corps et bien dans un monde qui aurait repris sa technique mais en la reconnectant sur ses propres références traditionnelles, il doit s'efforcer de ne jamais oublier lui aussi ses propres mythologies et autres fondements métaphysiques.

Reste à privilégier la voie pacifique afin de reconstruire ce nouvel universalisme, évitant ainsi la tentation de rétablir par la force ou la persuasion ce que Pierre LEGENDRE appelle sa référence.

    La nature aime à se voiler...

Historien de la philosophie antique unanimement reconnu, Pierre Hadot est l'auteur de nombreux travaux consacrés à Plotin et au néoplatonisme dont il a profondément renouvelé la compréhension, mais aussi d'un classique Exercices spirituels et philosophie antique (Albin Michel, 2002), d'un livre sur l'empereur-philosophe Marc Aurèle (La citadelle intérieure, Fayard, 1992) et, plus récemment, d'un très beau Qu'est-ce que la philosophie antique ? (Folio,1996) qui a connu un succès de librairie parfaitement mérité et assez rare pour un ouvrage de ce genre. L'histoire de l'idée de nature, qu'il nous propose aujourd'hui avec Le voile d'Isis, a pour fil conducteur les multiples interprétations qui ont été successivement données d'un énigmatique fragment d'Héraclite: «La Nature aime à se voiler.» Dès l'Antiquité, la formule - traditionnellement illustrée jusqu'au XVIIIe siècle par l'image du voile qui recouvre la déesse Isis - est comprise comme signifiant tantôt que la nature porte en elle des vertus ou des pouvoirs cachés, tantôt qu'elle s'enveloppe dans des formes sensibles et des mythes qu'il appartient au seul sage de savoir déchiffrer. Ainsi s'impose peu à peu l'image d'une nature personnifiée, tour à tour pudique et jalouse de ses secrets... Avec cette fascinante histoire des interprétations d'un aphorisme d'Héraclite, Pierre Hadot nous offre tout à la fois un beau plaidoyer en faveur de la philologie et de l'érudition, un passionnant travail d'histoire des idées et, sans doute, le plus personnel de tous ses livres.
Jean Blain - (c) Lire

    Quand une sagesse intuitive féconde une pensée moribonde...

Comment désigner le Mal sans l'ériger en infâme absolu? A l'inverse, comment expliquer le Mal sans le disséquer - le dissoudre - dans l'explication qu'on en donne? Soit le Mal est le Diable, soit il n'est qu'une illusion dont l'homme est l'artisan ... Autant dire que, de Platon à Kant, la question du Mal est exemplaire de tout ce que l'Occident échoue à penser.

«Où donc aller pour que le décor change?» demande le philosophe François Jullien dans son dernier ouvrage, L'ombre au tableau. En Chine, évidemment, là où il n'y a pas de providence céleste, mais où le monde est un vaste dispositif horizontal, là où la souffrance n'est pas un scandale, où le raisonnement compte moins que la respiration, et où la mort elle-même cesse d'être une tragédie pour devenir l'élément silencieux d'une alternance indéfinie... Pour sortir le Mal, cette «notion paresseuse», de la torpeur où la plongent nos convictions diluviennes, François Jullien, notre mandarin national, continue ses tribulations et plonge le sujet cartésien - séparé du monde par l'esprit qui le pense - dans la sagesse chinoise, noie l'arrogant ego dans le flux où, comme dit Héraclite, loin de s'affronter, les «opposés coopèrent». Le propos de Jullien n'est pas d'affronter l'Occident à la Chine, mais bien de proposer, tel un élixir de jouvence pour systèmes désuets, la fécondation de nos catégories moribondes par les intuitions vitales de la sagesse chinoise: ainsi le «dualisme» est infléchi par la «polarité», le «jugement» est mâtiné de «compréhension», l' «antagonisme» est atténué par l' «harmonie», le «destin de l'âme» rencontre l' «ordre du monde», le «récit» est embelli par la «description», l'individu insulaire, enfin, est enrichi de l'exigence de «transformation» qui secoue sa pesanteur en ouvrant son cœur et ses yeux sur le monde comme il va... Bref, nos syllogismes (et toute notre philosophie) y sont adoucis par une sagesse plus intuitive que démonstrative. Quand «la revendication d'un sens le cède face à l'élucidation d'une cohérence», et quand la morale consiste à épouser le cours des choses plutôt qu'à s'imposer des principes, le Mal relève alors de l'engourdissement, de l'insensibilité, de la sécession de l'intériorité avec l'ensemble du monde, plus que du péché originel ou de la seule volonté de nuire, et on ne découvre pas sans un certain malaise le mystère d'une langue étrangère, écrite avec des mots qui sont pourtant les nôtres.

Raphaël Enthoven - (c) Lire


    Le dernier penseur à contre-courant...


Nul n'est prophète en son pays et Pierre Legendre ne fait pas exception, hélas! Il est plus connu à Tokyo et à Osaka qu'à Paris. Loin des spots braqués sur les quelques stars de la «pensée», Pierre Legendre est l'un de nos chercheurs les plus audacieux et les plus féconds. Et pourtant, absent des dictionnaires d'histoire des idées, il a droit, au mieux, à une notule distraite dans les survols panoramiques de la culture française. Mais qui est donc ce Pierre Legendre?

D'abord, l'auteur d'une œuvre inclassable et insolite qu'il poursuit avec ténacité. Une vingtaine de livres aux titres déconcertants, avec des index au cordeau. Le grand respect de la chose écrite. Legendre témoigne d'une érudition étourdissante, forant dans les grandes profondeurs à la recherche des sédimentations les plus subtiles d'un concept, d'une idée ou d'une notion. Il n'hésite pas, sans forcer la démonstration, à convoquer tel adage du droit romain quand ce n'est pas le règlement intérieur de la firme Toyota pour suivre à la trace, par exemple, l'émergence du concept d'efficacité technique en Occident. Ce Pic de La Mirandole contemporain refuse la segmentation des savoirs et sait entrelacer, à la faveur d'un télescopage inattendu, telle vieille archive du droit médiéval avec un article d'une revue américaine sur le pragmatisme et le management.

A partir de 1957, agrégé d'histoire du droit (droit romain et droit canonique), il se forme à la psychanalyse. Chargé de mission auprès de l'ONU et de l'Unesco, il décrypte le discours des institutions internationales sur l'Afrique et mesure l'étendue des ravages dont l'Occident se rend coupable quand il exporte ses modèles de démocratie clés en main pour fabriquer des Etats fantoches. Directeur du Laboratoire européen pour l'étude de la filiation, il dirige également la collection qui a publié, chez Fayard, presque toute son œuvre. De l'interrogation sur l'administration classique, de la question de l'Etat aux huit grandes Leçons - son séminaire professé à l'Ecole pratique des hautes études (section sciences religieuses) -, l'œuvre de Legendre demeure splendidement ignorée. Ajoutons-y deux films remarquables: La fabrique de l'homme occidental* et Miroir d'une nation: l'Ecole nationale d'administration, et un autre en préparation sur les ravages de la mondialisation.

Pierre Legendre, c'est d'abord la pensée impérieuse de la limite. Notre époque industrielle est entrée dans le vertige de l'illimité, de la frontière repoussée. D'un côté, la postérité de Mai 68 a engendré et promu un véritable idéal antitabou, une réticence à toute forme de normativité, une idéologie hédoniste en expansion continue. Les symptômes sont connus de tous, il suffit d'ouvrir le journal: logique du lobbying des diverses communautés (existantes et à venir) qui mordent sur le droit et l'Etat républicain et tendent à la fragmentation, à la mosaïque des privilèges; affaiblissement de la figure du Père (crise de l'autorité, incapacité à dire non, posture fragile de l'enseignant).

Sur l'autre versant, l'ultralibéralisme, qui, en un mouvement illimité, transforme tout en marchandise, entraîne les pires dérégulations et le chômage de masse - véritable sacrifice humain pour Legendre -, et contraint l'Etat, garant de la raison, à des retraits successifs et croissants. Legendre ne cesse de le rappeler: «pensée» libertaire et «pensée» libérale renforcent réciproquement leurs effets pour produire le citoyen/consommateur lambda de la démocratie planétaire. Le tout se conjugue, tragiquement, en ce que Legendre nomme «la débâcle normative». La multiplication des espaces de liberté est devenue la prison de la confusion mentale. D'où la nécessité absolue de poser la norme, d'instaurer l'interdit ou le droit pour contenir le fantasme, cette voie royale qui peut aboutir au meurtre. De cet inévitable désarroi surgit sans cesse sous la plume de Legendre la référence au Droit, au droit romain. A l'ère industrielle, le droit est devenu un simple outil de gestion des choses et des gens, à la remorque des mœurs et de l'air du temps (pacs, etc.).

Une nouvelle discipline a été fondée par Pierre Legendre: l'anthropologie dogmatique. Le mot à retenir est «Dogme», un mot suspect et clérical qui sent le soufre mais jette une pleine clarté sur le fonctionnement de la société. En Occident, toute société s'édifie sur un Dogme, clé de voûte de l'organisation sociale et de tous les savoirs qui façonnent un sujet ou un citoyen (droit et politique, médecine, science). Dieu et le Moyen Age, la Nation et la femme-France (la République), la Patrie ou le Progrès. Un exemple: sans le renvoi à la fameuse justification «mourir pour la patrie», la Grande Guerre n'aurait été qu'un gigantesque meurtre collectif et un suicide de masse. Mais le Dogme est plus qu'une adresse collective aux citoyens: il se donne à voir dans des emblèmes - le drapeau qui rassemble ou un défilé du 14 Juillet -, des monuments qui parlent, - cette Assemblée nationale qui figure la République -, tandis que la transplantation cardiaque filmée dans La fabrique de l'homme occidental met en scène la divinisation de la science, pilier de notre société.

A quoi expose la transgression? Le 8 mai 1984, un jeune caporal de l'armée canadienne fait irruption dans la salle de l'Assemblée nationale du Québec, avec l'intention de tuer les membres du gouvernement présents. Dans les couloirs, il vide son chargeur sur trois personnes avant d'entrer dans la salle, qui, heureusement, est vide, car les députés ne siègent pas. Il s'installe dans le fauteuil du Speaker, du président. Il se rendra et sera jugé. Une caméra vidéo a filmé le crime. Legendre s'intéresse à l'affaire et signe un de ses plus beaux livres: Le crime du caporal Lortie. Ce fait divers parle comme une tragédie grecque. L'assassin dit à ses juges: «Le gouvernement avait le visage de mon père.» C'est un parricide, à n'en pas douter. Le meurtre, en effigie, du président renvoie à la biographie du jeune militaire. Fils d'un tyran sexuel et véritable chef de horde, Lortie ne peut plus esquisser le moindre geste tendre envers ses enfants sans être brûlé par la pensée de l'inceste. La scène semble condenser toute l'œuvre de Pierre Legendre: la nécessité vitale de la limite qui contient la toute-puissance du fantasme paternel, les lieux et les emblèmes qui parlent, enfin le jugement qui permet à Lortie de s'approprier son crime. La lecture de l'œuvre de Legendre est le meilleur remède à ce que l'on nomme, naïvement, la perte des repères.

Alain Rubens - (c) LIRE


par mohamed habibi publié dans : kutub
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Mercredi 28 février 2007


Combattre l'intégrisme, mais sans alarmisme, par Ian Buruma
LE MONDE | 27.02.07 |

'il a eu l'amabilité de lire mon livre, On a tué Théo Van Gogh, (Flammarion, 2006), je ne comprends pas comment Pascal Bruckner, dans sa tribune publiée dans Le Monde du 20 février, en a tiré la conclusion que celui-ci constituait une attaque contre Ayaan Hirsi Ali. Les deux dernières phrases d'On a tué Théo Van Gogh sont : "Et Ayaan Hirsi Ali a dû quitter la scène (les Pays-Bas). Mon pays paraît plus petit sans elle."

Je suis d'accord avec Ayaan Hirsi Ali pour affirmer que la démocratie libérale doit être défendue contre la violence extrémiste, et que l'on doit protéger les femmes contre toute maltraitance. Les seules différences entre elle et moi portent sur les priorités. Etant passée de l'islamisme dévot à l'athéisme, elle a tendance à voir dans la religion en général, et l'islam en particulier, la racine de tous les maux, notamment celui des violences faites aux femmes. Elle réduit à une seule menace monolithique la diversité des traditions culturelles, des coutumes tribales et des antécédents historiques, même à l'intérieur du monde musulman. L'islam tel qu'il est pratiqué à Java n'est pas le même que celui observé dans un village marocain, au Soudan ou à Rotterdam.

Etre tolérant ne signifie nullement être aveugle aux différences. Je n'irai jamais jusqu'à défendre la dictature au nom du respect des autres cultures. Pas plus que je ne défendrai la mutilation génitale des enfants, ou le droit de battre sa femme, quelle que soit la façon dont on tente de le justifier. Mais ce sont là des questions d'ordre judiciaire. Trouver le moyen d'empêcher les idéologies violentes de contaminer la grande majorité des musulmans modérés, et par là même de menacer les sociétés libres, voilà qui est autrement plus délicat.

Ayaan Hirsi Ali a parfaitement le droit de traiter le prophète Mahomet de "pervers", tout comme M. Bruckner a le droit de traiter les musulmans de "brutes" (dans la version intégrale du texte de Pascal Bruckner, consultable sur le site : signandsight.com). Mais si le projet est de réformer l'islam, alors de telles dénonciations ne sont peut-être pas le meilleur moyen d'y parvenir. Isoler les djihadistes et combattre leurs dogmes dangereux est chose trop importante pour céder aux polémiques grossières.

Mais M. Bruckner semble préférer des pirouettes rhétoriques malhonnêtes. L'une d'elles consiste à porter le discrédit par association. Prenons l'exemple où Ayaan Hirsi Ali se voit traiter de nazie. Dans mon livre, je critique un auteur hollandais pour avoir comparé la structure narrative de son film Soumission à un tel film nazi. M. Bruckner s'empare de cet exemple isolé pour suggérer que moi-même, et d'autres "philosophes en chambre", traitons de fascistes les "défenseurs de la liberté".

Dans une autre exagération typique, visant à salir par association, Pascal Bruckner évoque l'ouverture d'un hôpital islamique à Rotterdam et l'établissement de plages réservées aux femmes musulmanes en Italie. Je ne vois pas en quoi cela est plus choquant que d'ouvrir des restaurants casher, des hôpitaux catholiques ou d'instituer des plages pour nudistes, mais pour M. Bruckner ces concessions équivalent à la ségrégation dans les Etats du sud des Etats-Unis, voire à l'apartheid en Afrique du Sud. Et M. Bruckner d'en conclure que je suis raciste.

La question est de savoir que faire face à l'islamisme radical. Par un étrange tour de passe-passe, M. Bruckner pense que je "cautionne" les politiques américaine et britannique, même si je "désapprouve ces politiques". Je ne vois pas très bien ce qu'il veut dire par là. Il poursuit en attaquant MM. Bush et Blair, coupables à ses yeux "de ce qu'ils ont privilégié le terrain militaire au détriment du débat d'idées". J'étais, en réalité, opposé à la seconde guerre d'Irak, alors même que M. Bruckner s'activait à la justifier. Toujours est-il qu'il estime aujourd'hui que nos gouvernements devraient "frapper sur le "terrain du dogme", sur la réinterprétation des saintes écritures et des textes religieux".

Il y a quelque chose de délicieusement désuet, et même de rafraîchissant, dans la fierté proclamée par Pascal Bruckner de la "supériorité du modèle français". Je concède volontiers qu'il y a beaucoup de choses à admirer dans la France et dans son "modèle". Pourtant, l'idée de M. Bruckner selon laquelle l'Etat devrait intervenir sur le terrain du dogme ou dans l'interprétation des textes sacrés me paraît douteuse. Il y a de nombreuses raisons pour lesquelles il serait souhaitable que les musulmans, comme les autres croyants, se sentent libres de réinterpréter leurs textes religieux, et que chacun d'entre nous puisse remettre en question les dogmes. Mais ce n'est certainement pas l'affaire de l'Etat, car cela conduit tout droit à l'autoritarisme.

Au fond, qu'est-ce que M. Bruckner propose de faire concernant les millions de fidèles musulmans vivant en Europe ? Leur dire comment interpréter leurs textes saints ? Les forcer à suivre l'exemple d'Ayaan Hirsi Ali et à renoncer à leur foi ? Peut-être en effet serait-il préférable qu'ils le fassent, mais de leur propre volonté. Attendre de l'Etat qu'il les y contraigne ne correspond pas tout à fait à l'image de combattant éclairé de la liberté que se donne Pascal Bruckner.

Un trait caractéristique des procédés polémiques de M. Bruckner est le recours fréquent aux termes d'"apaisement" et de "collaborateur". Cet usage est rarement innocent. L'idée est d'associer aux collaborateurs des nazis ceux qui cherchent un accommodement avec la majorité des musulmans. Sauf à vouloir seulement se montrer blessant, cela ne peut que signifier que M. Bruckner voit l'émergence de l'islamisme comme un phénomène comparable à la montée du nazisme. Il n'est d'ailleurs pas le seul. Même si je perçois les dangers de l'islamisme, je considère cette vision comme excessivement alarmiste.

Et c'est là que nous en arrivons à l'ultime tour de passe-passe brucknérien, car, après toutes ces rodomontades affirmant la nécessité de ne pas céder un pouce face aux musulmans et appelant à défendre Ayaan Hirsi Ali contre les "ennemis de la liberté" comme moi-même, il conclut brusquement qu'"il n'existe rien qui ressemble au formidable péril du IIIe Reich" et même que "le gouvernement des mollahs de Téhéran n'est qu'un tigre de papier". Eh oui, c'est bien nous, les philosophes en chambre, qui sommes les alarmistes pris de panique, nous qui avons perdu le courage de défendre l'Europe. Mais, au fait, où avons-nous entendu ce genre de choses, par le passé ? La nécessité de défendre l'Europe contre les menaces extérieures ; les intellectuels fatigués, minés par le doute, aux jambes flageolantes... mais assez !, c'est moi qui à présent m'abaisse au niveau de Pascal Bruckner, le roi rebelle de la rive gauche.

Traduit de l'anglais par Gilles Berton
(La version intégrale de ce texte est disponible en anglais sur le site : signandsight.com).

Ian Buruma, essayiste, enseigne au Bard College (Etats-Unis).




(c) AFP/P.VERDY

En finir avec le multiculturalisme, par Pascal Bruckner

(c)LE MONDE | 19.02.07 |

 

es ennemis de la liberté se recrutent d'abord dans les sociétés libres, chez une partie des élites éclairées qui dénient le bénéfice des droits démocratiques au reste de l'humanité, voire à leurs compatriotes, si ceux-ci ont le malheur d'appartenir à une autre religion, à une autre ethnie. Il suffit pour s'en convaincre de lire deux écrits récents, le livre d'Ian Buruma On a tué Theo Van Gogh (Flammarion, 2006) et la critique de ce même livre par le journaliste et universitaire anglais Timothy Garton Ash parue dans le New York Review of Books.

Ian Buruma cache mal son agacement pour l'engagement de la députée néerlandaise d'origine somalienne Ayaan Hirsi Ali, amie de Theo Van Gogh, elle-même condamnée à mort et dont la critique du Coran l'embarrasse. Timothy Garton Ash est plus brutal encore : pour lui, apôtre du multiculturalisme, l'attitude d'Ayaan Hirsi Ali est à la fois irresponsable et contre-productive. Son verdict est implacable : " Ayaan Hirsi Ali est aujourd'hui une courageuse et légèrement simpliste fondamentaliste des Lumières."

Dans le cas précis d'Ayaan Hirsi Ali, elle-même excisée, vouée à un mariage forcé et qui s'est échappée d'Afrique pour trouver asile aux Pays-Bas, l'accusation est d'abord fausse : la différence entre elle et Mohammed Bouyeri, le meurtrier de Theo Van Gogh, c'est qu'elle n'a jamais préconisé le meurtre pour faire triompher ses idées. Les seules armes dont elle use sont la persuasion, la réfutation, le discours. On reste là dans le cercle de la raison raisonnable et non dans la pathologie du prosélytisme. L'espérance de faire reculer la tyrannie et la superstition ne semble pas relever d'une exaltation malsaine. Mais Ayaan Hirsi Ali a commis, aux yeux de nos gentils professeurs, un crime impardonnable : elle prend au sérieux les principes démocratiques.

Ian Buruma, non sans perfidie, dénie à Ayaan Hirsi Ali le droit de se référer à Voltaire : celui-ci aurait affronté l'une des institutions les plus puissantes de son temps, l'Eglise catholique, quand elle se contente d'offenser " une minorité vulnérable au coeur de l'Europe". C'est oublier que l'islam n'a pas de frontières : les communautés musulmanes du Vieux Monde qui s'adossent sur plus d'un milliard de croyants, traversés de courants divers, peuvent devenir l'aile avancée d'une offensive intégriste ou donner au contraire l'exemple d'une religiosité plus conforme à la mesure. Ce n'est pas une mince affaire, c'est même l'un des enjeux majeurs du XXIe siècle !

Isolée, promise à l'égorgement par les radicaux, contrainte de vivre entourée de gardes du corps, Ayaan Hirsi Ali doit en plus subir, comme Robert Redeker, ce professeur de philosophie français menacé de mort par des sites islamistes, les sarcasmes des grands esprits et des donneurs de leçon. Les défenseurs de la liberté seraient donc des fascistes, tandis que les fanatiques sont dépeints comme des victimes !

On oublie qu'il existe un despotisme des minorités rétives à l'assimilation si elle ne s'accompagne pas d'un statut d'extraterritorialité, de dérogations spéciales. On leur refuse ce qui a été notre privilège : le passage d'un monde à un autre, de la tradition à la modernité, de l'obéissance aveugle à la décision raisonnée. La protection des minorités implique aussi le droit pour les individus qui en font partie de s'en retirer sans dommage, par l'indifférence, l'athéisme, le mariage mixte, l'oubli des solidarités claniques ou familiales, de se forger un destin qui leur soit propre sans reproduire ce que leurs parents leur avaient légué.

La minorité ethnique, sexuelle, religieuse, régionale n'est souvent rien d'autre, en raison des offenses subies, qu'une petite nation rendue à son angélisme, chez qui le chauvinisme le plus outrancier n'est que l'expression d'un légitime amour-propre. Le chantage à la solidarité ethnique, religieuse, raciale, la dénonciation des apostats, des félons, des "bougnoules de service", des "Oncle Tom" et autres "Bounty" servent de rappel à l'ordre pour les récalcitrants éventuels et brisent leur aspiration à l'autonomie.

Il n'est donc pas surprenant que la réprimande de nos intellectuels s'exerce à l'endroit d'une Ayaan Hirsi Ali. Rien ne manque au tableau que Timothy Garton Ash dresse de la jeune femme, pas même un machisme suranné : seule la beauté de la parlementaire hollandaise, son côté glamour expliqueraient, selon lui, son succès médiatique et non la justesse de ses attaques. Timothy Garton Ash ne se demande pas si l'islamologue Tarik Ramadan auquel il adresse des dithyrambes enflammés ne doit pas lui aussi sa renommée à son physique de play-boy. Ayaan Hirsi Ali, il est vrai, déjoue les stéréotypes du politiquement correct en cours : Somalienne, elle proclame la supériorité de l'Europe sur cette région de l'Afrique ; femme, elle échappe au destin d'épouse et de mère ; musulmane, elle dénonce ouvertement l'arriération du Coran. Autant de clichés bafoués qui font d'elle une insoumise et non une de ces insurgées en toc comme nos sociétés en produisent à la pelle.

Les Lumières appartiennent au genre humain tout entier et non à quelques privilégiés nés en Europe ou en Amérique du Nord, qui se permettent en plus de les piétiner comme des enfants gâtés, d'en refuser la jouissance aux autres. S'il est un multiculturalisme légitime tant qu'il reste modéré, sa version anglo-saxonne n'est peut-être rien d'autre qu'un apartheid légal où l'on retrouve les accents attendris des riches expliquant aux pauvres que l'argent ne fait pas le bonheur : à nous les fardeaux de la liberté, de l'invention de soi, de l'égalité entre les sexes, à vous les joies de l'archaïsme, des abus reconvertis sous le beau nom de coutumes ancestrales, le mariage forcé, le voile, la polygamie.

Et si la dissidence des musulmans britanniques venait non seulement du rigorisme de leurs leaders, mais aussi de la perception confuse que les égards dont ils bénéficient de la part des autorités manifestent une forme subtile de dédain, comme si on les jugeait trop arriérés pour accéder aux bienfaits de la civilisation ?

Il existe enfin un argument qui milite contre le multiculturalisme pur et dur à la britannique : de l'aveu même des gouvernants, il ne marche pas. Non content d'avoir été pendant des années la terre d'asile du djihad, avec les conséquences dramatiques que l'on sait, le Royaume-Uni doit admettre, aujourd'hui, que son modèle social, fondé sur le communautarisme et le séparatisme, ne fonctionne plus. On a beaucoup raillé l'autoritarisme français lors du vote sur le voile islamique qui interdisait aux femmes et aux jeunes filles de le porter à l'école et dans les locaux administratifs.

Comment expliquer alors que, en Grande-Bretagne, en Hollande, en Allemagne, des responsables politiques, choqués par la généralisation de la burka ou du hidjab soient tentés à leur tour de légiférer sur ce sujet ? Les faits sont cruels pour les temporisateurs qui enjoignent l'Europe de se plier à l'islam plutôt que l'islam à la civilisation européenne : plus on cède au radicalisme des barbus, plus ils durcissent le ton.

A dire vrai, les positions d'Ian Buruma et de Timothy Garton Ash sont dans la droite ligne de leurs gouvernements américain et britannique (même s'ils les désapprouvent politiquement) : la faillite de George W. Bush et de Tony Blair dans leurs guerres contre la terreur vient aussi de ce qu'ils ont privilégié le terrain militaire au détriment du débat d'idées.

Or la mobilisation en faveur d'un islam européen éclairé est capitale : l'Europe peut devenir un modèle, un foyer de rayonnement pour la réforme de ce monothéisme dont on espère qu'il sera gagné un jour, à l'exemple de Vatican II pour les catholiques, par l'autocritique et l'examen de conscience. Encore faut-il ne pas se tromper d'interlocuteurs, ériger en amis de la tolérance des fondamentalistes qui usent de la dissimulation, investissent la gauche et l'intelligentsia pour avancer leurs pions et s'épargner l'épreuve de la laïcité.


Pascal Bruckner est écrivain, essayiste. La version intégrale de ce texte est consultable sur le site : signandsight.com


par mohamed habibi publié dans : kutub
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Dimanche 18 février 2007
Un champ d'obus rouillés où se mêlent des pierres, et la légende dit que c'est en plein centre de Kaboul; deux façades de béton triangulaires aux ouvertures béantes, c'est l'ancien palais de la Culture; des poteaux métalliques scandent un espace quasi désertique, ce sont les ruines du terminus de trolleybus à la périphérie de Kaboul. Ici, trois dromadaires pâturent en face d'un char taliban échoué. Là, un Afghan brandit un oiseau de combat dans sa cage d'osier devant un vieux biplan déglingué. Ce sont les rares vivants de ces photos désolées prises par Simon Norfolk en 2002. Il suffit de quelques détails à Simon Norfolk (né en 1963 au Niger, vit et travail en Grande-Bretagne) pour dire les désastres de la guerre, ses ruines, ses conséquences sur nos espaces de vie et nos représentations. S’il y avait jadis une peinture d’histoire, il y a aujourd’hui une photographie d’histoire (Luc Delahaye...). Dans son sillage, les grands « paysages » silencieux (à l’impact visuel très fort, presque hypnotique) de Norfolk plongent le regard du spectateur sur « l’après », le hors-champ, les traces fragiles et les avatars insidieux de la guerre.


(c) Simon Norfolk
Afghanistan August 30- October 5, 2002

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(c) Simon Norfolk
Afghanistan August 30- October 5, 2002

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(c) Simon Norfolk
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(c) Simon Norfolk
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Bart Michiels (né en 1964 à Diest, en Belgique, vit et travaille à New York), nous montre dans sa série « The Course of History » (Le Cours de l’Histoire) des paysages sublimes et purs qui furent un jour les pires champs de batailles de l’histoire. Ces photographies nous interrogent sur les notions de territoire, de la mémoire et de l’histoire. Il a récemment eu l’honneur d’une grande exposition personnelle à la Foley Gallery de New York et son exposition personnelle à la Fifty One Fine Art Photography Gallery d’Anvers a eu lieu du 27 avril au 23 juin 2006. Ses œuvres sont conservées dans les collections permanentes du Musée de la Photographie d’Anvers, du Musée de la Photographie de Charleroi et du Museum of Fine Arts de Houston.


(c) Bart Michiels
Monte Cassino 1944, Monastery Hill, 2004.
Courtesy Fifty One Fine Art Photography, Anvers.

Extrait d'un entretien avec Saskia Ooms

(http://www.edit-revue.com/)

EDIT: N°3
TERRITORIES / TERRITOIRES
30 mars 2006

"C’est l’absence de preuves de la bataille qui fait la particularité de ces photographies. Ce que je souhaite évoquer c’est ce qu’on ne voit pas : qu’arrive-t-il à un lieu quand on lui enlève jusqu’au sujet qui fait sa notoriété ? En quelque sorte, ce sont des paysages insignifiants qui comptent en grande partie sur les connaissances ou la mémoire du spectateur quant à leur histoire. L’absence de preuve est aussi la perte de notre mémoire. Sans ces preuves, nous n’avons aucune référence et ces paysages sont perçus comme des endroits idylliques, à l’opposé de leur passé historique violent. La perception et la compréhension des images qui montrent un territoire dépendent des preuves et de la connaissance que nous en avons. Des mots comme Verdun, Monte Cassino ou Waterloo auront des significations différentes selon les gens. En l’absence de preuve dans mes photographies de champs de bataille, je provoque la mémoire des spectateurs. Afin de faire retrouver les preuves et les références dans l’image (et les titres des photographies y aident), je cherche des caractéristiques et des objets dans le paysage qui pourraient être lus comme des métaphores de témoignage....Un des critères dans le choix des lieux était que la bataille devait représenter un tournant dans une guerre et donc aussi dans l’histoire. Que se serait-il passé si l’issue de la bataille avait été différente ? Un autre critère était celui d’un quota de victimes, choisir des lieux où beaucoup d’hommes étaient morts. A Cannea, les légions romaines ont subi une défaite terrible, avec la perte de 45 000 hommes en un jour, mais la bataille n’a pas mené à la chute de la République. Waterloo fut une bataille qui a mis fin à une époque, à un empire et qui a donc modifié le cours de l’histoire.
Je lis un bon nombre d’ouvrages sur les campagnes militaires et les batailles, en étudiant les cartes pour retrouver des endroits spécifiques et pour tenter de comprendre le paysage avant de le voir. Parfois, je retourne au même endroit et je prends des photos à une saison différente, pour voir l’endroit sous différentes conditions. Et souvent, après la première visite sur un champ de bataille, je me laisse aller à plus de lectures sur la bataille. Après avoir lu l’ouvrage consacré à Monte Cassino, j’y retourne ce printemps pour approfondir mon examen du champ de bataille.
Depuis le début, j’ai commencé à voir un schéma similaire dans plusieurs champs de bataille, surtout dans ceux qui étaient sur le front ouest de la Première Guerre Mondiale, celui d’une colline dont il était nécessaire de s’emparer pour des raisons stratégiques. Et ce sont également les sites où les pertes furent les plus élevées : Verdun, Le Mort Homme, La Somme, Usna Hill, La Ligne Hindenburg... C’est ce cadrage, en plaçant l’horizon au milieu, que je souhaitais suivre autant que possible. Dans d’autres, j’ai tourné l’appareil vers le sol, éliminant ainsi l’horizon et évoquant une manière contemplative de regarder d’en haut, avec mépris, la terre “sacrée”. Comme ces paysages, pour la plupart, ne portent pas la trace de la bataille qui s’y est déroulée (un fait dont j’étais très conscient et qui m’a servi de point de départ pour cette série), il fallait que j’y réintroduise quelque chose. Des éléments comme les sillons d’un tracteur, un cratère ou un creux dans le sol, deviennent des références ou des métaphores de la bataille. Les sillons dans le champ de blé de Le Mort Homme pourraient être des traces de tanks. La boue était omniprésente lors de la bataille de Passchendaele en 1917 et a énormément entravé les opérations, de même le brouillard surmontant la colline du monastère à Monte Cassino pourrait être vu comme la fumée des bombardements du monastère."



(c) Bart Michiels
Anzio, 1944, Yellow Beach
http://www.foleygallery.com/


(c) Bart Michiels
The Hindenburg Line 1918, The Knoll, 2003.
http://www.foleygallery.com/



(c) Bart Michiels
Verdun 1916, Le Mort Homme, 2001.
Courtesy Fifty One Fine Art Photography, Anvers.
http://www.foleygallery.com/


par mohamed habibi publié dans : kutub
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Dimanche 11 février 2007
Le 11 février 1990, un homme âgé, très digne, marchant main dans la main avec la femme dont il a été séparé durant vingt-sept ans, quitte sa prison pour entrer dans l'Histoire.
La date de la libération de Nelson Mandela restera à jamais gravée dans nos mémoires, tout comme l'image qu'il donna ce jour-là. Dès cet instant, échappant au confinement d'une cellule, le courage et l'autorité morale de Nelson Mandela ont représenté une lueur d'espoir, d'abord pour une nation profondément divisée, puis pour le reste de l'humanité. D'autres images ont suivi, qui nous ont marquées. Mandela, souriant, votant lors des premières élections générales ; Mandela, solennel, lors de son investiture en tant que président d'une Afrique du Sud démocratique ; Mandela avec d'autres dirigeants, des célébrités, sa nouvelle épouse Graça et sa famille, au milieu d'une foule d'enfants, qu'il attire irrésistiblement à chacun de ses déplacements. Mandela occupe une place à part dans notre monde comme dans cette chronique, qui retrace son périple vers la liberté et présente quelques clichés rassemblés sur le sujet.


A delegation of the SANNC went to London to protest against the Land Act. It consisted of (l to r) Thomas Mapikela, Rev Walter Rubusana, Rev John Dube, Saul Msane and Sol Plaatje


























(c) Ernest Cole

Ernest Cole tried to convey the harshness of the pass laws, both through his photographs and his words. He said: “In 1964, some 2 200 000 crimes were reported in South Africa. One third of these were not crimes in any moral sense, but crimes that only a black person could commit – by being in the wrong place, at the wrong time, with the wrong papers.”


This photograph of miners undergoing a medical examination highlights the horrors of the migrant labour system. Ernest Cole captures the humiliating process of adult men, standing naked, and being subjected to inspection, rather like cattle at an auction.




Famous photograph of the Soweto riots showing a scholar carrying the body of Hector Pieterson, one of the first casualties.


Youths in the township of Duduza on the East Rand protesting against the local community councils in 1986.


An example of South African apartheid laws on a private sign






Newly-elected President Nelson Mandela addressing the crowd from the balcony of the City Hall in Cape Town,
South Africa on May 9, 1994.



par mohamed habibi publié dans : kutub
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Dimanche 4 février 2007
   
    Récemment, la presse s’est fait l’écho de plusieurs jeux en provenance du monde musulman qui dépeignent la guerre à partir d’une perspective moyen-orientale :
Night of Bush Capturing (un mod de Quest for Saddam), un jeu de tir consistant à abattre Bush réalisé par le Global Islamic Media Front ou encore cette carte de Counter Strike développée par un iranien de 27 ans où la mission des joueurs est de faire sauter un pétrolier américain.
Un seul et même argument revient sans cesse dans la bouche des détracteurs, celui que ces jeux attisent la haine et favorisent le passage au terrorisme. Ainsi, selon les officiels de l’armée américaine, on assiste en ce moment à une multiplication des offensives d’Al Qaeda envers les plus jeunes, et ce par l’intermédiaire des jeux vidéo. "Des millions de personnes créent des modifications sur les jeux de par le monde. Nous n’avons absolument aucun contrôle sur eux. C’est comme dessiner une moustache sur une photo" évoque un officiel. Pourtant lorsque l'armée américaine est à l'initiative de jeux vidéos où le but est de tuer des arabes, il y a très peu de protestations ou de réactions indignées.



    Un article du New York Times  intitulé "On Maneuvers with the Army's Game Squad" raconte comment le Pentagone compte recruter de nouveaux soldats grâce à un jeu vidéo, que chacun peut télécharger gratuitement sur  americasarmy.com . Le Pentagone n'a pas de chiffres précis sur le nombre de jeunes qui ont décidé de s'enrôler après avoir téléchargé le jeu. Mais depuis sa sortie en juillet 2002, un sondage montre que l'armée y délivre ses messages avec beaucoup plus d'efficacité que dans toutes ses campagnes précédentes. Depuis, tous les ans les créateurs de jeux sont invités sur des bases militaires : ils leur simulent des "zones de combats" pour que leur version numérique soit réaliste. Il existe aussi l’équivalent côté arabe. Under Siege a été développé en Syrie et met en scène des Palestiniens qui doivent combattre des Israéliens.
Lassés que les Arabes et en particulier les musulmans soient toujours considérés comme les méchants terroristes dans les jeux vidéo, un studio de développement syrien a décidé de lancer une série de jeu visant à défendre leur religion et leur culture.
Al-Quraysh est un jeu de stratégie destiné à dévoiler les 100 premières années de l'Islam à travers quatre différents points de vue, à savoir les Bedouins, les Arabas, les Perses et les Romains. Le joueur devra protéger sa tribu, gérer ses points d'eaux, ses routes et, bien entendu, ses troupes. Le jeu tire son nom de la tribu du prophète et devrait sortir en septembre prochain."Ce jeu va permettre aux gens vivant à l'Ouest de mieux comprendre ceux vivant à l'Est" a déclaré Radwan Kasmiya, manager executif de Afkar Media, le studio en charge du développement. Il considère également que le jeu devrait servir de leçon pour les musulmans : "Je suis gêné de la manière dont nous montrons notre civilisation. Il y a des lois rationnelles qui régissaient les musulmans. Les autres civilisations pouvaient être en contact avec nous, nous n'étions pas une civilisation sectaire et conservatrice." Source: www.csmonitor.com | Copyright © 2006 The Christian Science Monitor. All rights reserved.

    L’idée que veut faire passer l’armée américaine selon laquelle il est inadmissible que l’on puisse utiliser des jeux vidéo à des fins de propagande est juste. Mais quelle commence à faire le ménage dans ses propres rangs.


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Dimanche 28 janvier 2007


Des Guinéens viennent reconnaîtrent le 23 janvier 2007 à Conakry le corps de proches victimes de la répression des forces de l'ordre.
© Georges Gobet (AFP/AFP)


Guinée, le drame ignoré.

par Tierno Monénembo
 

"En ce moment même, l’armée tire sur les grévistes dans les rues de Conakry.
Des lycéens, des mères de famille, des ouvriers et des enseignants sortis exprimer leur ras-le-bol de la misère et de l’oppression tombent sous les balles d’un de ces régimes archaïques et sanguinaires auxquels les maîtres de ce monde ont confié les mines d’Afrique. Aucune caméra ne les filmera, aucun journaliste ne témoignera des derniers instants de leur agonie.
A Conakry, il n’y a pas d’agence de presse, pas de bureau de TF1 ou de CNN. Ils ne sont pas fous dans les médias : on envoie des correspondants seulement là où les nouvelles sont possibles. Or, en Guinée, jamais rien de nouveau, pour ainsi dire : bientôt cinquante ans que les pendaisons publiques et les massacres de rue s’y succèdent sans émouvoir personne. S’il fallait passer au 20 heures tous les pauvres types qui se font canarder par des dictateurs à travers le monde ! S’ils étaient télégéniques, au moins, les cadavres de Conakry ! D’ailleurs, ça se trouve où, la Guinée ?
A force de crever dans son coin de solitude et de tyrannie, ce pays a fini par disparaître des atlas et des statistiques. Ignorée des touristes, boudée par les journalistes, abandonnée par les organisations humanitaires, la Guinée est devenue un gigantesque camp de concentration où le premier tyran venu peut torturer et tuer à satiété sans perturber ni la conscience des champions des droits de l’homme ni les cocktails des diplomates.
Il y eut un temps où la patrie de Camara Laye passait pour un nouveau Cuba, et Sekou Touré, son leader d’alors, pour un autre Che Guevara. Les bons journaux (ceux de gauche !) ne tarissaient pas d’éloges sur lui. Les syndicalistes et les leaders communistes et socialistes se bousculaient à Conakry pour se faire photographier à côté du « camarade africain ». Les professionnels de la révolution et autres apôtres de la bonne cause ne se contentèrent pas de le chanter, ils le déifièrent tout bonnement. Ils le soutinrent jusque dans ses crimes les plus abominables. Seulement, quand les monceaux de cadavres se mirent à surpasser les murailles du camp Boiro et que leur odeur commença à se propager, ils firent ce qu’ils ont l’habitude de faire : ils se réfugièrent dans le silence et détournèrent leurs regards vers d’autres ferments révolutionnaires, d’autres théories fumeuses.
Aujourd’hui, mon pays n’intéresse plus personne. Après le Rwanda, le Liberia, la Côte-d’Ivoire ou la Somalie, que peuvent bien espérer les manifestants de Conakry ? Rien, absolument rien ! D’autant qu’ils ne se contentent pas de crever et de pourrir, ces salauds, ils le font sur les deux tiers de la bauxite du monde..."

Jeudi 25 janvier 2007
Tierno Monénembo, écrivain guinéen
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Lundi 22 janvier 2007

Calligraphie © Hassan Massoudy

Ne pas prendre sans donner



Il y a de cela quelques jours, kenza m'avait convié à écrire cinq choses que vous ne savez pas de moi. Je lui avais répondu qu'il me semblait que ma chronique sur kitab en date du 13 octobre, Exercices d'égotisme,
(http://kitab.over-blog.net/article-4151846.html) répondait en partie à sa demande et je décidai d'en rester là. Puis hier soir, en allant sur le blog de Céleste, la même sollicitation me fut proposée à nouveau. Comme je suis un garçon bien élevé qui n'aime pas contrarier les requêtes des femmes que j'apprécie, je vais donner une suite favorable à leur souhait.

1. Je fus un inconditionnel de la série New york police blue's que diffusa canal jimmy durant treize ans tous les dimanches soirs.

2. Je fus éperdument amoureux d'une étudiante durant mes longues années universitaires. Elle ne le sut jamais quoique nous fréquentâmes le même cercle d'amis assez régulièrement.

3. Je n'aime pas manger en public car j'ai toujours l'impression qu'on va se moquer de ma façon de manger qui tient plus du remplissage que de la dégustation.
 
4.Je n'arrive jamais à discuter avec mon père. Nous avons deux caractères très opposés. Et le temps passe.

5.Je ne supporte plus de voir dans les transports en commun les usagers,le plus clair de leur temps, l'oreille collée à leur portable.
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Samedi 20 janvier 2007
On assiste depuis quelques temps à la multiplication de propos racistes dans la sphère publique sans qu'un grand nombre de nos concitoyens ne s'en offusque. Ainsi un président de conseil régional estime qu'il y a trop de "blacks" dans l'équipe de France de football, un animateur de télévision écrit que les Noirs ont la mort « au bout de leur bite » tandis qu'on distribue une soupe à base de porc à des sans-abri de Paris et de Nice. Bien triste époque!
Calligraphie © Hassan Massoudy
Si je suis fait de terre, celle-ci est ma patrie toute entière, et tous les hommes mes frères.. (Al Siquilli , XIe s.)

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Mercredi 17 janvier 2007


Iraq : l'ONU estime à plus de 34.000 le nombre de civils tués en 2006


Copyright © AFP JOURNAL INTERNET

16 janvier – Dans son dernier rapport sur les droits de l'homme publié aujourd'hui, la Mission d'assistance des Nations Unies pour l'Iraq (MANUI) a estimé à 34.452 le nombre de civils tués en Iraq en 2006, et autant de blessés, alors que les violences sectaires vont en s'aggravant.

La violence rampante continue de coûter la vie à des milliers d'Iraquiens, affirme la MANUI dans son rapport, estimant qu'entre le 1er novembre et le 31 décembre 2006, 6.376 Iraquiens ont perdu la vie, tandis que 6875 ont été blessés.

La MANUI tire ses informations de deux sources pour la compilation de ce rapport : le gouvernement iraquien et l'institut médico-légal de Bagdad.

"La situation est particulièrement grave à Bagdad, où la plupart des victimes et des corps non identifiés portent aussi des marques de torture".

En novembre et décembre 2006 seulement, 4.731 personnes ont été tuées à Bagdad.

Selon la MANUI, la cause fondamentale de la violence sectaire se trouve dans les actes de représailles et dans l'impunité. La Mission pointe notamment vers « le sentiment grandissant d'impunité pour les violations actuelles des droits de l'homme ».

Il est essentiel que l'Etat et le gouvernement iraquien soient perçus comme étant unis dans leurs efforts pour éliminer la violence sectaire, garantir l'Etat de droit et retirer ainsi le soutien populaire accordé aux auteurs de violences.

Le rapport souligne que la lutte contre l'impunité, notamment par les poursuites judiciaires, est essentielle à cet égard. De même, tout nouveau programme de sécurité n'aura de réelle efficacité que s'il est lié à un programme de réforme en profondeur pour renforcer l'Etat de droit, affirme la Mission de l'ONU.

Comme dans ses rapports précédents, la MANUI se dit particulièrement préoccupée par le sort des femmes et des minorités, proie des exactions des insurgés, des milices et des gangs criminels (dépêche du 22.11.06).

La violence sectaire est désormais la première cause de migration et de déplacement des Iraquiens, notamment à Bagdad (dépêche du 8.01.07). Le rapport estime qu'au moins 470.094 Iraquiens ont été déplacés depuis l'attaque contre le mausolée de Samarra le 22 février 2006, dont 38.766 pour Bagdad seulement.

Sont particulièrement visés les professeurs, les médecins, les journalistes, les juges et avocats, ainsi que les dirigeants religieux ou politiques.

Mais les attaques contre les forces de sécurité continuent. Le gouvernement iraquien estime ainsi que depuis 2003 12.000 policiers ont été tués, soit 10 par jour.

Enfin, parmi les minorités les plus exposées figurent les réfugiés palestiniens. Le rapport appelle le gouvernement à protéger les bâtiments qui les abritent (dépêche du 28.12.06).

« Tout l'Iraq n'est pas uniforme face à la situation des droits de l'homme », souligne le rapport, qui cite notamment le Sud et le Nord, dont le Kurdistan, qui sont relativement plus à l'abri.

La MANUI estime par ailleurs que près de 30.842 personnes sont détenues en tout par les autorités iraquiennes et par la Force multinationale ? dont 14.534 pour cette dernière -- sans que des charges aient été retenues contre elles, et sans être poursuivies.

Le dernier rapport du Secrétaire général sur la MANUI estimait que « la perspective d'une guerre civile totale, voire d'un conflit régional, est devenue beaucoup plus réaliste » et que le défi n'est plus seulement de contenir et d'atténuer la violence actuelle, mais aussi de prévenir son escalade (dépêche du 8.12.06).

par mohamed habibi publié dans : kutub
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Samedi 13 janvier 2007

Driss Ksikes, le directeur de Nichane, devant un kiosque à journaux


Jamais un événement n’a suscité autant de mobilisation dans la blogosphère marocaine. Alors que la classe politique marocaine, les associations de défense des droits de l’homme et les journalistes eux-mêmes se font discrets, à croire que l’interdiction de l’hebdomadaire Nichane ne les concerne pas, les bloggeurs marocains se mobilisent pour défendre ce qui a été perçu comme une atteinte à la liberté d’expression au point que les voix discordantes peinent à se faire attendre. De quoi s'agit-il?

Depuis le mois dernier, la revue marocaine Nichane a cessé de paraître et a été retirée des kiosques, après intervention des autorités. Son rédacteur en chef et un de ses journalistes sont inculpés d'avoir insulté l'islam et d'avoir porté atteinte à la moralité publique dans un article consacré aux "noukat", ou blagues, sur la religion. Driss Ksikes and Sanaa al-Aji, s'ils sont reconnus coupables, risquent des peines allant jusqu'à cinq ans de prison, et de fortes amendes. A l'origine, un article de la revue Nichane consacré aux blagues à la mode sur la religion, la sexualité et la politique. Les deux journalistes se défendent d'avoir eu l'intention de ridiculiser la religion en citant ces blagues, déclarant qu'ils ont voulu étudier les "enseignements qu’elles comportent sur la culture collective des Marocains". Ils ont toutefois publié des excuses. Les deux hommes, qui ont reçu des menaces de mort à la suite de leur article, sont soutenus par des organisations internationales telles que Reporters sans frontières (RSF) qui déclare que les poursuites engagées contre eux sont un coup sérieux porté à la liberté de la presse.

La Chambre correctionnelle du Tribunal de première instance de Casablanca rendra, le 15 janvier, son verdict. Dans son réquisitoire, lors de l'ouverture du procès, lundi à Casablanca, le ministère public a demandé la "condamnation des deux journalistes et l'interdiction de la publication de l'hebdomadaire ainsi que de l'exercice de la profession pour les deux journalistes", tout en rejetant de leur accorder les circonstances atténuantes. La défense a, pour sa part, demandé leur acquittement pour ''bonne foi''. L'interdiction, comme la nature des poursuites, est incompréhensible, dans la mesure où le Maroc était, jusque là, en bonne voie vers une réforme positive du code de la presse, duquel seraient notamment éliminées toutes les peines privatives de liberté pour les journalistes. Sur ce point comme sur bien d'autres touchant à la liberté de la presse, le gouvernement était résolument en marche vers une réforme qui s'inscrirait dans le cadre de l'évolution démocratique que nous souhaitons tous pour ce pays. Une réforme dont le fondement majeur serait la primauté des instances disciplinaires issues du corps professionnel journalistique, avant qu'une poursuite judiciaire ne puisse être envisagée. Or, toutes les instances professionnelles se sont opposées à la mesure d'interdiction de Nichane - même si certaines ont déploré que la publication de ces blagues (lues hors contexte, rappelons-le ; il s'agissait d'un dossier analytique de 10 pages !!) n'ait pas tenu compte de l’environnement tendu dans lequel évolue le monde musulman en général et le Maroc en particulier.

Solidarité avec Nichane
La pétition est en ligne.