Jeudi 27 septembre 2007

Visite du général Eisenhower dans le camp d'Ohrdruf,
un kommando dépendant de Buchenwald


La libération d’Auschwitz vue par un officier soviétique
 

Commandant de la 107e division d'artillerie, j'ai entendu parler de ce camp pour la première fois au téléphone, le 26 janvier, alors que je dirigeais les combats pour libérer Neuberun. J'avais été appelé par le commandant du 106e corps d'artillerie, le général P. F. Ilinykh, pour m'annoncer que les 100e et 322e divisions, en combattant pour libérer Monowica et Zarki, avaient établi qu'il s'agissait de parties d'un grand camp de concentration hitlérien dont le centre se trouvait à Auschwitz. Le commandant du corps m'a prévenu que nous allions non seulement devoir prendre Neuberun le plus vite possible, mais également tout faire pour empêcher l'adversaire de partir vers Auschwitz. Il a ordonné qu'après la prise de Neuberun, ma 107e division et la 148e division de fusiliers voisine continuent énergiquement leur offensive le long de la rive gauche de la Vistule, en menaçant par l'arrière la garnison adverse d'Auschwitz.

Les hitlériens ont résisté avec la dernière énergie. Nos pertes -les hommes morts -se montèrent à 180 personnes. La ville fut totalement libérée le 28 janvier et notre division se prépara à traverser la Vistule. Il y avait environ un kilomètre et demi jusqu'à Auschwitz, qui se trouvait sur la rive droite. Le général F. M. Krasavine, le commandant de la 100e division qui avait pris Auschwitz la veille, m'a appelé et m'a demandé de venir. J'ai prévenu mon adjoint et le chef d'état-major que je devais m'éloigner pour une heure et demie-deux heures et je suis parti pour Auschwitz. Il y avait en ville 1'un des régiments de la division de Krasavine mais, lui, je ne l'ai pas vu.

On m'a amené sur le territoire du camp. Il tombait une légère neige, qui fondait immédiatement. Je me souviens que je portais un demi-manteau ouvert. Il commençait à faire sombre, mais nos soldats ont trouvé un appareil et ont fait de la lumière. Des détenus émaciés, en vêtements rayés, s'approchaient de nous et nous parlaient dans différentes langues. Même si j'avais vu bien des fois des hommes mourir au front, j'ai été frappé par ces prisonniers transformés par la cruauté jamais vue des nazis en véritables squelettes vivants.

J'avais bien lu des tracts sur le traitement des Juifs par les nazis, mais on n'y disait rien de l'extermination des enfants, des femmes et des vieillards. Ce n'est qu'à Auschwitz que j'ai appris le destin des Juifs d'Europe. C'était le 29 janvier 1945.

J'ai été accueilli par le chef d'état-major du régiment, le colonel Degtiariov. Il m'a annoncé que la veille, on avait enterré soixante-dix-huit de nos morts, soldats et officiers.

Les déportés se déplaçaient sur le territoire du camp en combinaison à rayures. Deux d'entre eux se sont arrêtés, se sont mis à sourire et à battre des mains en regardant mon étoile de héros de l'Union soviétique.

« Alors vous êtes heureux d'être enfin libres ? Où allez-vous ? Qui êtes-vous ? » leur demandai-je.

Ils venaient de Belgique. J'ai noté leurs noms. Je me souviens également de deux femmes. Elles se sont approchées de moi, m'ont embrassé. Ces gens pouvaient encore sourire, mais il y en avait qui ne pouvaient plus que tenir debout en silence : des squelettes vivants, pas des hommes.

A Auschwitz, on m'a montré la baraque des femmes, séparée des autres. Sur le sol, il y avait du sang, des excréments, des cadavres : un terrible tableau. Il était impossible d'y rester plus de cinq minutes, à cause de l'horrible odeur des corps en décomposition. Debout près des portes, j'ai dit : « Oui, il est impossible de rester longtemps ici. »

Général Petrenko,

Avant et après Auschwitz, p. 144-146

© Flammarion, 2002.






Dachau / Buchenwald


Retour en autobus des premiers déportés, Paris. Photo SGA/DMPA


Evacuation des femmes valides lors de la libération de Bergen-Belsen, avril 1945. Photo SGA/DMPA


Retour vers la France de rescapés. Photo SGA/DMPA
par mohamed habibi publié dans : kutub
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Lundi 24 septembre 2007

 

The SS female auxiliaries show with mock sadness that they have finished eating their blueberries, July 22, 1944.

United States Holocaust Memorial Museum

 
Les images semblent être tout droit sorties d'un album de vacances : on y voit un groupe de femmes assises sur une balustrade en bois en train de déguster des myrtilles, des hommes et des femmes allongés sur des chaises longues, d'autres en train de chanter et de rire accompagnés par un accordéon.

 

Ces photographies, qui témoignent pour la première fois du mode de vie des responsables et des personnels du camp d'Auschwitz, ont été rendues publiques jeudi 20 septembre par le Mémorial de l'Holocauste à Washington. Les 116 clichés sont tirés de l'album privé de Karl-Friedrich Höcker, adjudant du commandant du camp de concentration d'Auschwitz de mai 1944 à janvier 1945. Ils ont été remis au Mémorial en début d'année par un ancien membre des services de renseignement militaire américains mort au cours de l'été. L'officier, dont l'identité n'a pas été révélée, les aurait trouvés dans un appartement vide de Francfort en 1946.

 

Ces images, qui ont fait la "une" du quotidien populaire allemand Bild, confirment les témoignages des survivants d'Auschwitz. Alors que des centaines de milliers de juifs étaient envoyés dans les chambres à gaz, le personnel administratif du camp menait en parallèle une paisible existence. Dans le lotissement SS, à côté, il y avait une piscine, un stade de football et une bibliothèque. Les SS disposaient d'une sorte de maison de vacances située à 30 kilomètres au sud.

De nombreuses photos de l'album y ont été prises.

 

D'autres clichés se rapportent à des activités plus officielles : l'inauguration d'un hôpital SS, des séances de tir ou une marche militaire. Jamais un détenu n'apparaît sur ces photos. Lors de son procès en 1962, Karl-Friedrich Höcker, qui sera condamné à sept ans de prison, s'était retranché derrière son devoir. Il est mort en 2000 à 88 ans.

 

Autre découverte d'importance, le funeste docteur Josef Mengele, dont il existe très peu de photographies, apparaît sur huit clichés. Ce médecin nazi surnommé "l'ange de la mort" qui pratiquait des expériences médicales sur les détenus, est mort en Amérique latine en 1979.

 

Les photos de Karl-Friedrich Höcker contrastent avec les rares autres images existantes du camp d'Auschwitz avant sa libération. Le mémorial Yad Vashem, en Israël, possède plusieurs photos prises par un officier SS le 26 mai 1944 sur l'arrivée de juifs en provenance de Hongrie, la sélection, la marche en direction des chambres à gaz et l'activité des fours crématoires.

 

La découverte tardive de ces photos, peu commentée outre-Rhin en dehors de Bild, y suscite quelques interrogations. "Les services secrets américains voulaient-ils protéger certains criminels ? Ou bien le rapport avec l'album n'est qu'un exemple supplémentaire pour le désintérêt croissant avec lequel les Alliés ont poursuivi les criminels nazis", souligne l'hebdomadaire Der Spiegel dans son édition de lundi 24 septembre.

 

Cécile Calla

Article paru dans l'édition du 24.09.07

 

 The SS female auxiliaries (Helferinnen) react when it begins to rain on their day trip.

United States Holocaust Memorial Museum


The beginning of a ceremony.

United States Holocaust Memorial Museum


A "sing-along" during a social gathering of the SS hierarchy at Solahütte. The front row consists of (left to right): Karl Höcker, Otto Moll, Rudolf Höss, Richard Baer, Josef Kramer, Franz Hössler, and Josef Mengele.

United States Holocaust Memorial Museum


Left to right: Dr. Josef Mengele, Rudolf Höss, Josef Kramer, and an unidentified officer.

United States Holocaust Memorial Museum



Karl Höcker (on left, looking at the camera) relaxes with SS physicians, including Dr. Fritz Klein (far left), Dr. Horst Schumann (partially obscured next to Klein, identified from other photographs), and Dr. Eduard Wirths (third from right, wearing tie).

United States Holocaust Memorial Museum


 

SS officer Karl Hoecker relaxes with women in lounge chairs on the deck of the retreat in Solahutte.

United States Holocaust Memorial Museum

Members of the SS Helferinnen (female auxiliaries) and SS officer Karl Hoecker invert their empty bowls to show they have eaten all their blueberries.

United States Holocaust Memorial Museum


SS officers gather for drinks in a hunting lodge.

United States Holocaust Memorial Museum


SS officers together with women and a baby relax on lounge chairs on a deck in Solahutte.

United States Holocaust Memorial Museum


 

Members of the SS Helferinnen (female auxiliaries) arrive by bus at Solahutte, the SS retreat near Auschwitz.

United States Holocaust Memorial Museum


par mohamed habibi publié dans : kutub
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Samedi 22 septembre 2007



Paris, Eté 44, après la libération

 Copyright © 2005 Envie de Tempête Productions


 

Jean-Gabriel Périot a réalisé plus d'une dizaine de films depuis 2000 et ses oeuvres sont programmées dans de nombreux festivals internationaux.

"Eut-elle été criminelle..." son dernier opus en date a décroché de nombreux prix !


Il est des sujets d’histoire qui cultivent ce paradoxe d’être à la fois ignorés de l’historiographie tout en demeurant omniprésents dans la mémoire. Les femmes tondues après la Seconde Guerre mondiale sont de ceux-là. « Collant » à l’image de la Libération de la France et même devenues le symbole de l’épuration, les tontes de femmes cheminèrent en mémoire durant un demi-siècle avant qu’un jeune chercheur ne décide un jour de s’attaquer à cette question étrange, délaissée voire jugée « hors sujet » dans l’étude de la guerre et de ses séquelles par certains universitaires de renom. L’affaire fut difficile et demanda à son auteur près de 7 ans. C’est donc bien le moins que l’on puisse faire que de rendre hommage au courage qu’il lui fallut pour mener à bien pareille entreprise. Les sources étaient réputées inexistantes, les témoignages impossibles à collecter tant pour des raisons éthiques que pratiques, la quantification jugée chimérique; bref ce sujet fluide passait pour intraitable et semblait n’être qu’une sorte d’épiphénomène désemparant les historiens. Au mieux, on consentait à penser que les femmes tondues n’avaient encouru à la Libération qu’un châtiment de substitution pour avoir « fréquenté des Allemands », ce, au cours de manifestations populaires sans doute dégradantes mais qui leur avait épargné d’autres peines jugées plus douloureuses (exécution, détention, dégradation nationale, etc.).

 

La France « virile » vient chambouler nombre d’idées reçues sur le sujet. Pour commencer, Fabrice Virgili montre que si les tondues ont été principalement accusées d’avoir eu des relations personnelles avec l’ennemi (42 %), elles sont aussi accusées d’avoir soit tiré un bénéfice matériel de l’occupation (14 %), soit adhéré à une organisation collaborationniste ou exprimé des opinions favorables à l’ennemi ou défavorables à la résistance ou aux Alliés (8 %), soit encore d’avoir commis une ou plusieurs dénonciations (6,5 %). Pour le quart d’entre elles, le motif demeure indéterminé. S’interrogeant sur l’assimilation entre tonte et « collaboration sexuelle », l’auteur émet l’idée que cette association s’est renforcée ensuite, gommant au profit de cette dimension sexuelle une large partie du phénomène qui procède moins d’une collaboration sexuelle que d’un châtiment sexué de la collaboration.

 

Deuxième apport fondamental, les chiffres. Comment en effet mesurer et interpréter des ordres de grandeurs à partir de données forcément parcellaires ? Il faut dire qu’aux centaines de numéros de journaux régionaux, locaux, clandestins et aux sources périodiques en général, ont été dépouillés de nombreux rapports de gendarmerie et visionnées de nombreuses images d’archives. Procédant avec une grande rigueur dans l’interprétation de son corpus, Fabrice Virgili avance le chiffre de 20 000 tondues en France, tout en ayant conscience que ce chiffre pourra à l’avenir être revu à la hausse comme à la baisse, et qu’il ne s’agit là non de clore un chantier mais de l’ouvrir à de nouvelles recherches plus fines que ne manqueront pas de susciter cette étude pionnière. Cette estimation projetée à partir de départementstémoins paraît corroborée par le chiffre de 19 542 femmes sanctionnées à la Libération dans soixante-seize départements, résultant de l’enquête réalisée dans les années 1960 par le Comité d’histoire de la Seconde Guerre mondiale.

 

La chronologie du phénomène est finement décrite, et si comme on s’y attendait, une majorité de tontes eurent lieu au moment de la Libération, son étude montre qu’il dépasse cette période en amont comme en aval. La première tonte eut lieu en mai 1943 et la dernière est repérée en mars 1946. Le pic de l’été 1944 ne doit donc pas occulter les autres temps forts que sont l’avant- et l’après-Libération, le printemps 1945, puis sa disparition après août 1945 avec quelques manifestations résiduelles. Le plus intéressant dans l’analyse de la périodisation, c’est qu’elle souligne ce désajustement au moins partiel des tontes dans la chronologie ordinairement admise de l’épuration (Occupation, Libération et après-Libération). L’étude du rythme des tontes montre que celles-ci ne peuvent être qu’en partie assimilées aux événements de la Libération. Elles n’en sont pas un simple aspect. Encore moins une manifestation spontanée. Elles semblent au contraire, parce qu’on y repère certains décalages, soumises à d’autres déterminants, d’autres enlacements de forces issues à la fois des sphères privée et publique, individuelle et collective, locale et nationale... au jeu complexe d’une affirmation identitaire collective. Elles paraissent jouir d’une forme d’autonomie dans leur chronologie, dans leur intensité comme dans les modalités de leur déroulement. La place, qu’y tiennent photographie et cinéma au cours des cérémonies, souligne l’effort plus ou moins discret de mise en scène qu’improvisent parfois les tondeurs comme ceux qui les regardent, quand ils se savent dans le champ de l’objectif. Ce sont ces clichés et photogrammes civils ou militaires qui attestent presque systématiquement de l’encadrement des tontes par les forces de la Résistance, de police ou de gendarmerie du nouveau régime en cours de réinstallation. Foin donc de ces résistants de la vingt-cinquième heure si souvent tancés par les tenants de la « vraie » Résistance comme étant les seuls auteurs de ces pratiques dégradantes. A l’évidence, la réalité fut moins simple, et s’il demeure difficile d’établir que les tontes canalisèrent « les violences populaires » – autre lieu commun trop lisse d’une mémoire politiquement correcte –, le livre montre tant la complexité du processus expiatoire que l’implication constante des autorités.

 

Dans la troisième partie de l’ouvrage, Fabrice Virgili s’interroge sur la cause des tontes. Détaillant les modalités de ces violences, réelles ou celles, fantasmées (seins coupés, yeux crevés, cheveux arrachés, etc.) portées par la rumeur. Le livre évoque à l’aide de nombreux exemples les mobiles des tontes : vengeance personnelle singulière ou collective, purification des lieux, volonté communautaire de victoire, de punition, de reconquête et de reconstruction, projection vers un avenir meilleur, mise en scène locale du scénario national, etc. Outre la diversité de leurs modalités et de leur géographie, ces violences sont attentatoires au féminin, qu’il s’agisse du corps de la victime exhibé en public et de sa chevelure « signe ancestral de la féminité »; mais aussi d’un corps associé à la sexualité dénoncée, fantasmée, exorcisée par les cris et les pancartes. Brouillage des sexes et de leur identité, les tontes sont porteuses d’un enjeu, celui de l’apparence initiée par la mode « à la garçonne » des années 1920 jusqu’à celle, masculine et dévirilisée des zazous de l’Occupation. Tontes et tondues dessinent ainsi les contours d’un patriotisme qui s’incarne en forme de preuve jusque dans la virginité des jeunes filles, jusque dans l’évaluation patriotique de l’attitude des femmes de prisonniers. L’intégrité des unes et des autres se trouve ainsi garantie par la collectivité dans le châtiment qu’elle impose aux déviantes. Poursuivant avec acuité son subtil traçage des lignes de force et des lignes de fuite structurant son sujet, Fabrice Virgili analyse cette France en manque de virilité qui reconquiert son territoire (places publiques et politiques, marchés, mairies, préfectures, espaces de pouvoir, sonores et symboliques), s’interroge sur ce mode d’inscription de l’événement dans l’histoire et en jauge l’importance comme la signification dans l’aire européenne. Tout cela procède d’un vaste mouvement de reconstruction identitaire de la nation et des genres où le masculin en faillite, après la défaite et l’Occupation, semble s’opposer, en retrouvant les prérogatives de la domination, à la trahison du féminin.

 

L’ouvrage de Fabrice Virgili relève donc avec brio le défi méthodologique et, d’une certaine manière, le défi herméneutique lancé par ce sujet réputé intraitable mais qui imprégnait la mémoire. Soulignons que l’auteur fait en annexe une mise au point fort bien venue sur la question des sources et des problèmes qu’elles soulèvent. Exempt de critique, l’éloge manquerait de substance. Je n’en retiendrai qu’une, qui sans doute aurait entraîné l’auteur au-delà des limites qu’il s’était fixées mais qui, malgré tout, aurait pu justifier un ultime chapitre. On pourrait en effet reprocher à l’ouvrage d’occulter cet écart paradoxal, constitutif du sujet, entre son omniprésence dans la mémoire et le vertical oubli où il fut relégué dans une historiographie pourtant pléthorique sur la Seconde Guerre mondiale. Mais ce n’est là qu’une critique secondaire qui sera entendue par d’autres chercheurs, désormais nantis du modèle méthodologique de La France « virile », et désireront poursuivre dans cette voie; ou voudront se lancer dans l’étude non moins aventureuse des secrets de sa mémoire.

 

François ROUQUET (c)Cairn no 198 –2002/1


 

  

Comprenne qui voudra

Poème de Paul Eluard - 1944

En ce temps-là, pour ne pas châtier les coupables, on maltraitait les filles.
On alla même jusqu’à les tondre. 


Comprenne qui voudra
Moi mon remords ce fut
La malheureuse qui resta
Sur le pavé
La victime raisonnable
À la robe déchirée
Au regard d’enfant perdue
Découronnée défigurée
Celle qui ressemble aux morts
Qui sont morts pour être aimés

Une fille faite pour un bouquet
Et couverte
Du noir crachat des ténèbres

Une fille galante
Comme une aurore de premier mai
La plus aimable bête

Souillée et qui n’a pas compris
Qu’elle est souillée
Une bête prise au piège
Des amateurs de beauté

Et ma mère la femme
Voudrait bien dorloter
Cette image idéale
De son malheur sur terre.


Texte initialement publié in Les Lettres françaises du 2 décembre 1944, avec ce commentaire : Réaction de colère. Je revois, devant la boutique d’un coiffeur de la rue de Grenelle, une magnifique chevelure féminine gisant sur le pavé. Je revois des idiotes lamentables tremblant de peur sous les rires de la foule. Elles n’avaient pas vendu la France, et elles n’avaient souvent rien vendu du tout. Elles ne firent, en tous cas, de morale à personne. Tandis que les bandits à face d’apôtre, les Pétain, Laval, Darnand, Déat, Doriot, Luchaire, etc. sont partis. Certains même, connaissant leur puissance, restent tranquillement chez eux, dans l’espoir de recommencer demain.


par mohamed habibi publié dans : kutub
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Jeudi 20 septembre 2007




Adidal Abou-Chamat "Inbetween", 2005


 

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Samedi 14 juillet 2007

"Beijing-2008 ou Femmes au Mah jong" de Liu Yi
Peinture à l'huile 123cm X 154cm, 2006

Dans cette peinture à l'huile du peintre chinois habitant à Toronto LIU Yi, quatre jeunes filles jouent au jeu chinois traditionnel du Mah jong. Cette peinture a, depuis avril 2006, fait énormément de bruit sur Internet en Chine. Elle fut initialement intitulée "Femmes au Mah jong" . C'est lors de sa première exposition, en mars 2006 à New York, que l'artiste l'a renommé "Beijing-2008" du fait du symbolisme qui en ressort. "Les Olympiades sont appelés par les Occidentaux 'Les Jeux', et le Mah jong, est aussi un 'jeu'" explique LIU. Aujourd'hui, cette peinture est beaucoup plus connue sous son deuxième nom "Beijing-2008" en Chine.

La rédaction de Chine-informations.com en a proposé la traduction et l'analyse de quelques commentaires qui revenaient le plus souvent sur cette peinture.

En haut à gauche de la peinture, on peut observer le portrait d'un homme semblant familier, mais peu familier tout de même. Il a la barbe de Sun Yat-sen (ou Sun yaxian ou Sun zhongshan), le crâne chauve de Chiang Kai-shek (ou Jiang Jieshi) et des traits de Mao Zedong. Ce portrait symbolise les cents dernières années de l'Histoire chinoise.

A gauche de la peinture, une fille innocente et concentrée semble être ravie de son jeu. Elle est la seule véritablement concentrée. Elle esssaye d'être prudente mais apparemment ne sait pas ce qui se passe sous la table, ni le véritable danger du jeu. Elle représenterait le Japon.

La fille du milieu au premier plan, tournant le dos à l'observateur, possède trois tuiles d'"Est" symbolisant la réalité incontestable : l'émergeance de la Chine. Cependant cette fille tente de tricher avec des tuiles dissmulées derrière son pied. Ses vêtements représenteraient ses véritables pouvoirs : elle est dos nu (elle semble miséreuse) mais porte de la lingerie fine (mais ne manque en réalité de moyens).

La fille du milieu au second plan, faisant face à l'observateur semble être métissée. Alors qu'elle joue, elle regarde vers une source de lumière représentant le futur; d'autres disent qu'elle regarde la fille en rouge à droite qui représenterait Taiwan. On peut remarquer au premier coup d'oeil qu'elle est très bien vêtue (cela procure l'impression qu'elle est à l'aise financièrement) mais ne porte rien en bas (mais en réalité, elle n'a pas les moyens de se protéger). Elle n'est pas vraiment intéressée par le jeu, ou se demande s'il est vraiment intéressant de continuer à y jouer. Elle semble légèrement inquiète et plutôt préoccupée par des affaires plus personnelles.

Puis, il y a une fille étrangère allongée qui représenterait la Russie. Elle joue à un jeu chinois qu'elle ne connait pas. Elle a une tuile en moins; Il semble qu'elle l'échange avec la fille aux tatouages qui représenterait la Chine (regardez bien sa main droite). Dans une position allongée, on dirait qu'elle n'est pas très intéressée par le jeu, mais en réalité, elle est active car non seulement elle échange des tuiles avec sa camarade de gauche, mais en plus, pose son pied sur la fille à sa droite qui représenterait les USA.

A droite, il y a une fille en vêtements traditionnels chinois. Pour certains, elle représenterait Taiwan qui s'intéresse mais ne peut participer au jeu. Les fruits dans ses mains signifieraient les intérêts de la région. Pour d'autres, elle est une fille de paysan venue en ville pour travailler; elle serait la main-d'oeuvre qui a permi à la Chine de s'éveiller. Sur son visage, on peut lire de l'incompréhension et du mécontentement. Elle ne connait pas les règles mais observe et apprend.

Du côté droit de la peinture, devant le bâtiment, il y a une rivière et des rochers. Ceci symbolisant un futur incertain à celui qui devra traverser la rivière rocher par rocher.



"Beijing-2008 ou Femmes au Mah jong" de Liu Yi
Peinture à l'huile 123cm X 154cm, 2006
(seconde version)

A la suite des nombreux commentaires sur sa peinture "Beijing-2008", Liu Yi en a peint une seconde version en juillet 2006 pour recadrer le sentiment qu'il souhaitait exprimer. La différence qui ressort le plus, est la fille de gauche sensée représenter le Japon qui n'est pas si sage et concentrée que cela... Dans la deuxième version, l'artiste a aussi fait un clin d'oeil au nouveau nom de sa peinture en représentant un "2008" brodé sur le vêtement de la jeune fille la plus à droite de la peinture.

par mohamed habibi publié dans : kutub
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Mercredi 20 juin 2007

Memorial to 418 Palestinian Villages Which Were Destroyed, Depopulated and Occupied by Israel in 1948, Refugee tent and embroidery thread, 138" x 115" x 96", 2001

"For two months, I opened my studio to anyone who wanted to sew with me on this Memorial. Over 140 people came, the majority of them I had never met before. They came as lawyers, bankers, filmmakers, dentists, consultants, musicians, playwrights, artists, human rights activists, teachers, etcetera. They came as Palestinians (some of whom come from these villages), as Israelis (who grew up on the remains of these villages) and people from a multitude of countries."

“D’où venons nous" installation d’Emily Jacir


Cette exposition de 32 photos, accompagnée de 30 textes, a été construite à partir de la «liberté de mouvement» d’Emily Jacir, Palestinienne munie d’un passeport américain. Ce document lui permet, contrairement à ses compatriotes, de bénéficier des droits humains élémentaires. L’artiste a utilisé son passeport pour accéder aux territoires palestiniens, alors que ces semblables sont interdits de mouvement sur leur propre terre. La question qui est toujours posée aux frontières, “est-ce que quelqu’un vous a donné quelque chose à transporter?» sert aussi d’inspiration à l’installation.

Cette exposition a été tirée de son expérience personnelle et de ses constantes allées et venues entre la Palestine et les autres pays où il lui est arrivé de vivre. Emily Jacir témoigne: “Chaque fois qu’il nous était donné de retourner chez nous en Palestine dans les années 70, 80, et 90, nous prenions acte de la prolifération inéxorable des colonies, checkpoints/frontières, et de la fragmentation calculée de notre peuple et de notre terre en des espaces de plus en plus réduits. Israël a organisé ce morcellement à partir de nos cartes d’identité et de nos lieux de provenance: Jérusalem Est, la Cisjordanie, Gaza, Israël, la Jordanie, les Etats-Unis, etc».

“Israël, poursuit-elle, a imposé une des plus draconienne et violente tactique de l’histoire pour empêcher les Palestiniens d’entrer sur leur propre terre ainsi que de s’y déplacer librement. Aucun Palestinien est en mesure de se déplacer librement à Gaza ou en Cijordanie. Des checkpoints, tanks et soldats armés de M-16 ont encerclé chaque ville ou village. Les palestiniens sont abbattus lorsqu’ils tentent de passer ces frontières. Ceux qui ont la permission de se déplacer sont sujets aux pires formes d’humiliation à chaque passage, afin de les décourager d’entreprendre toutes sorties des territoires où ils sont confinés. Ces mesures ont été créées et mises en place afin de fragmenter et de détruire l’identité de notre peuple entier. La situation est maintenant si extrême qu’aller à Jerusalem est un rêve impossible autant pour un Palestinien de Syrie que pour un Palestinien vivant à 8 km, à Beit Jalla.».

La situation n’aurait fait qu’empirer au point que désormais même le passeport américain ne permet plus de se déplacer librement. Aujourd’hui la réalisation de «D’où venons nous» serait impossible parce qu’Emily Jacir n’est plus autorisée à entrer à Gaza ou en Cijordanie.

Dans son installation, Emily Jacir documente les voeux ainsi que le destin ou statut des personnes les ayant exprimés; ensuite, elle décrit ce qu'elle dû faire pour réaliser chaque voeu.

Ici, quelques exemples:

"Va à Haïfa et joue au foot avec le premier garçon palestinien que tu rencontreras dans la rue. "

"Bois l’eau dans le village de mes parents."

"Va à Bayt Lahia et ramènes moi une photo de ma famille, tout particulièrement des enfants de mon frère ."

"Va au bureau de poste israélien à Jérusalem et règle ma facture de téléphone."

"Va à la tombe de ma mère à Jérusalem le jour de son anniversaire, dépose des fleurs et prie."

"Fais quelque chose un jour ordinaire à Haïfa, quelque chose que je ferais si j’y habitais maintenant. "

Source:le site des cultures méditerranéennes

Exposition “Le Mur & les Check Points”, par des artistes palestiniens
Hannane Bouzidi (c) www.babelmed.net 2006

 

 

Sleeping with the Enemy: Gay Israeli artists Gil and Moti are looking to fall in love with an Arab man. In an installation called "Sleeping with the Enemy," they've set up a double bed in a New York gallery that has three pillows—one of which remains unused. They've been courting an Arab man to join them since 2002, and the exhibition chronicles the effort through watercolors they've painted of interested men, photos, and email exchanges. Gil and Moti will be living in the gallery, on view during open hours, til June 5.



"We felt frustrated with the political situation in the Middle East," said Gil, who was married to Moti on the Queen's Balcony in Rotterdam. "As Israelis, we grew up with Arabs but we were encouraged by the education system to hate and abuse them so we thought we must do something about it. So we decided to fall in love with one of them."

It puts a twist on an idea explored earlier by Palestinian artist Emily Jacir, who created her Sexy Semite series from 2000 to 2002. An excerpt from my Adbusters piece on her work:

In her subversive Sexy Semite (2000-2002), she peppered the Village Voice with personal ads for Palestinians looking to settle down in Israel. One asks "Do you love milk & honey? I'm ready to start a big family in Israel. Still have house keys." Another, more pointed, reads: "You stole the land. May as well take the women! Redhead Palestinian ready to be colonized by your army."

The ads slyly suggest a way around an irreconcilable issue in the Middle East peace process: by marrying Israelis, Palestinians can gain citizenship and thus sidestep calls for the "right of return" (an unfulfilled provision of UN Resolution 194 that promises Palestinian refugees the chance to return home). But, given their placement in the love-wanted section instead of world news, the ads seem less about policy than the personal. Individual lives—people seeking love, a sense of home, the kind of daily routine you and I enjoy—are profoundly impacted by the occupation. And perhaps it's through individual relationships that the conflict can ease. As one ad punned: "Palestinian Male working in a difficult occupation. I'm looking for a Jewish Beauty. Only you can help me find my way Home."

Source: (c)eyeteeth.blogspot.com 2005.05.01 archive.html

par mohamed habibi publié dans : kutub
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Mardi 22 mai 2007

Un membre de l’organisation de migrants Beta regarde une oeuvre représentant des cercueils où est inscrit le nombre de clandestins morts chaque année en tentant de rejoindre les États-Unis. Tijuana (Baja California), 6 mai 2006. © REUTERS / Carlos Barria


"La frontière entre le Mexique et les Etats-Unis a la réputation d’être la plus poreuse au monde. Le mur, dont le président Bush vient d’autoriser la construction, aura pour ambition de dissuader les clandestins de tenter le passage vers le Nord. Cette barrière entre les deux Etats ne sera pas continue. Trois morceaux seront construits pour contrôler environ le tiers du tracé limitant les deux pays : 1 132 kilomètres sur une frontière totale de 3 141 kilomètres entre les Etats-Unis et le Mexique.

La section la plus longue de ce mur sera d’environ 500 kilomètres entre la ville de Douglas (Arizona) et celle de Calexico (Californie). Des pans de mur en béton alterneront avec des clôtures en métal ou des barbelés. Des barrières amovibles, des postes de contrôle supplémentaires, matérialiseront la frontière à la limite des Etats américains les plus sollicités pour tenter la traversée. Le mur, appelé «barrière» par l’administration Bush, sera surveillé par des caméras, des satellites et même des drones, ces avions sans pilote habituellement utilisés dans les conflits ou les opérations de maintien de la paix.

Selon les experts, la réalisation de ce gigantesque projet coûtera entre 6 et 8 milliards de dollars. L’administration Bush n’a pas encore le financement pour débuter les travaux. Etant donné les sommes en jeu et le symbole, fermer l’accès sud du territoire américain, le projet fait des remous au sein même du Congrès. Et beaucoup d’hommes politiques américains pensent que cette barrière n’empêchera pas les clandestins, s’ils le veulent vraiment, de passer.

Une image négative dans le monde entier

Si ce mur est construit, les Etats-Unis vont donner au monde entier l’impression de se refermer sur eux-mêmes. L’idée est tellement détestable que ce projet – ancien – est resté longtemps à l’abandon. Pourtant, le président Bush vient de donner son feu vert. Il faut dire que les élections de «mid-term» approchent. Le 7 novembre prochain, les électeurs américains vont choisir ou réélire 33 sénateurs (sur 100) ainsi que les 435 membres de la Chambre des représentants. Les sondages ne sont pas bons pour les Républicains. Les affaires de mœurs ayant récemment éclaboussé le Congrès, l’enlisement des Etats-Unis en Irak et le déficit des comptes de l’Etat fédéral, donnent une image négative du bilan de l’équipe en place. En poussant le président Bush à annoncer la construction du mur à quelques jours du scrutin, le président de la Chambre des représentants et le chef du groupe républicain au Sénat ont voulu plaire à l’électorat conservateur. L’immigration illégale passe pour être l’une de ses préoccupations.

Le président Bush reconnaît que le problème de l’immigration clandestine ne sera pas réglé par une approche uniquement sécuritaire. Au moment où le feu vert était donné pour la réalisation du mur, la Maison Blanche parlait de régulariser temporairement une partie des clandestins. Mais le Congrès ne veut pas d’une telle mesure même si bon nombre de politiciens républicains reconnaissent qu’une attitude plus généreuse serait bien perçue par une communauté hispanique de plus en plus influente, sans parler des patrons ayant besoin de main-d’œuvre pour les travaux les plus rebutants.

Pour le Mexique, ce projet ne résout rien

«Cette initiative d’ériger un mur sur la frontière entre nos deux pays ne règle rien», a déclaré le nouveau président mexicain, Felipe Calderon, qui va prendre ses fonctions le 1er décembre. Réagissant au cours d’un voyage au Canada, Calderon a comparé l’initiative américaine à la construction du mur de Berlin. «L’humanité a fait une erreur avec le mur de Berlin. Et les Etats-Unis font également une grande erreur en érigeant un mur entre nos deux pays», a poursuivi le futur chef d’Etat. «Quatre cents personnes sont mortes l’an dernier en tentant de franchir cette frontière et la construction du mur conduira à une augmentation du nombre de décès», a-t-il poursuivi. « Il serait beaucoup plus utile, pour la question de l’immigration, de construire un kilomètre d’autoroute que dix kilomètres de mur à Sonora (ouest du Mexique)…cela va coûter cher, très cher aux contribuables américains».

A Mexico, un porte-parole de la présidence a expliqué que «les murs ne peuvent pas résoudre les problèmes». Il a rappelé que le Mexique soutient la déclaration de l’Organisation des Etats américains (OEA). Ce texte a été signé par 30 pays qui considèrent que la construction d’un mur «constitue une mesure unilatérale, contraire à l’esprit d’entente entre pays voisins et qui affecte la coopération dans l’hémisphère». Les organismes spécialisés ne donnent pas tous les mêmes chiffres mais le nombre de Mexicains vivant sans papiers aux Etats-Unis est estimé à 5 ou 6 millions pour un total de clandestins estimé à 11 millions."

(c) Colette  Thomas / r f i

Article publié le 27/10/2006


par mohamed habibi publié dans : kutub
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Lundi 30 avril 2007
Face à la profusion des blogs, une initiative d'attribution de label de qualité intellectuelle vient de voir le jour. Il s'agit des Thinking blogger Awards


Ce label fonctionne par cooptation et par extension de réseau : seul un blog ayant reçu le label peut nominer un autre blog, et il peut en nominer cinq au total. Je remercie donc kenza (Murmures) d'avoir dès lors coopté mon autre blog kitab .






Culture & Politique arabes




L'emploi du Temps




La dormeuse




Journal Of A Photographer


par mohamed habibi publié dans : kutub
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Mardi 3 avril 2007

Dimanche 7 Avril 2002: Ramallah, Naplouse, Jénine, Bruxelles... (© photo Y. Bernard)
www.imal.org/martini/doc/7apr/7apr_1.html


Un vaste champ intellectuel s'est mis en place depuis la fin de la guerre froide afin de repenser les opérations militaires. Les soldats suivent des cours intensifs pour maîtriser des matières telles que l'infrastructure urbaine ou l'analyse des systèmes complexes, et recourent également à une grande variété de théories élaborées dans les sphères universitaires civiles.(la dialectique de la structure et de la structuration de Gilles DELEUZE, l'appel aux armes de Georges BATAILLE visant à mettre en pièces le rationalisme rigide qui prédominait après-guerre et à échapper à la camisole architecturale)

Ainsi, pendant l'attaque visant la ville de Naplouse, les soldats se déplaçaient à l'intérieur de la ville à travers des "tunnels en surface" découpés dans un tissu urbain très dense. En outre, les soldats n'utilisaient pas souvent les rues, les routes et les ruelles ou les cours qui constituent la syntaxe de la ville, et pas non plus les portes extérieures, les cages d'escaliers intérieures, ni les fenêtres qui constituent l'ordonnancement des bâtiments; ils se déplaçaient plutôt horizontalement à travers les murs mitoyens, et verticalement à travers des trous, en faisant sauter plafonds et planchers. Cette forme de mouvement relève d'une tactique que l'armée désigne, selon des métaphores empruntées aux comportements collectifs du monde animal, comme l'essaimage ou "l'infestation". Parce qu'elle consiste à se déplacer à travers des bâtiments privés, cette manoeuvre transforme l'intérieur en extérieur et les espaces privés en voies de communication. Les combats se sont déroulés dans les salons à moitié démolis, les chambres à coucher et les couloirs des habitats précaires des réfugiés, où la télévision pouvait très bien continuer d'émettre et la casserole demeurer sur le feu. Ce n'était pas l'ordre spatial qui commandait les motifs du mouvement mais le mouvement qui produisait et pratiquait l'espace autour de lui.
Selon Eyal WEIZMAN, la manoeuvre conduite par l'armée israélienne à Naplouse en avril 2002 consiste à interpréter la maison privée comme une voie de passage, et à « passer à travers les murs ». Elle implique une conception de la ville en tant que médium de la guerre : une matière flexible, quasi liquide, constamment contingente.

Qui produit de telles interprétations ?


Cette tactique qui consiste à passer à travers les murs a été développée, suite à la lecture notamment des travaux de Gilles Deleuze et Félix Guattari. Si l'on en croit Shimon NAVEH, général de réserve de l'armée israélienne, plusieurs concepts trouvés dans Mille Plateaux ont servi dans la conception des dernières opérations urbaines de l'armée israélienne:

"le plus important était la distinction que Deleuze et Guattari opèrent entre les concepts d'espace "lisse" et "strié" qui renvoient également aux concepts organisationnels de "machine de guerre" et d'"appareil d'Etat". Nous utilisons souvent aujourd'hui l'expression "lisser l'espace" dans l'armée israélienne pour évoquer la manière d'opérer dans un espace comme s'il était dépourvu de frontières. Nous essayons de produire l'espace organisationnel de telle manière que les frontières ne nous affectent pas. On pourrait très bien concevoir les zones palestiniennes comme "striées", dans la mesure où elles sont entourées de clôtures: des murs, des fossés, des barrages routiers, etc. Nous voulons affronter l'espace "strié" de la pratique militaire traditionnelle, aujourd'hui périmé, à partir de cette dimension "lisse" qui autorise un déplacement dans l'espace, qui traverse tout type de barrière et de frontière. Au lieu de circonscrire et d'organiser nos forces en fonction des frontières existantes, nous voulons nous déplacer, les traverser."

(c)Eyal Weizman

multitudes.samizdat.net/Passer-a-travers-les-murs.html

Architecte, a fait ses études à l'Architectural Association à Londres et son doctorat au London Consortium, Birkbeck College. Il dirige le Centre for Research Architecture à Goldsmiths College, Université de Londres. Co-commissaire de l'exposition « Une occupation civile. La politique de l?architecture israélienne » et codirecteur du livre du même nom (disponible en français). Ces différents projets émergent de ses recherches dans le domaine des droits de l'homme. Rejetés par Association des architectes israéliens, ils ont été montrés par la suite dans le cadre de l'exposition « Territories » à New York, Berlin, Rotterdam, San Francisco, Malmö, Tel-Aviv et Ramallah.




Dimanche 7 Avril 2002: Ramallah, Naplouse, Jénine, Bruxelles... (© photo Y. Bernard)
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Dimanche 7 Avril 2002: Ramallah, Naplouse, Jénine, Bruxelles... (© photo Y. Bernard)
http://www.imal.org/martini/doc/7apr/7apr_5.html


Dimanche 7 Avril 2002: Ramallah, Naplouse, Jénine, Bruxelles... (© photo Y. Bernard)
http://www.imal.org/martini/doc/7apr/7apr_7.html


Dimanche 7 Avril 2002: Ramallah, Naplouse, Jénine, Bruxelles... (© photo Y. Bernard)
http://www.imal.org/martini/doc/7apr/7apr_7b.html


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Mardi 20 mars 2007

www.face2faceproject.com/


JR et Marco sont deux photographes qui ont choisi une voie originale pour promouvoir le dialogue entre palestiniens et israéliens. Le projet Face2Face consiste à faire des portraits de Palestiniens et d'Israéliens faisant le même métier et de les coller face à face, dans des formats géants, à des endroits inévitables, du coté Israélien et Palestinien.«Ces gens se ressemblent, ils parlent presque la même langue, comme des frères jumeaux élevés dans des familles différentes [...]. C'est évident mais ils ne le voient pas. Nous devons les mettre face à face. Ils réaliseront.»

Voir aussi un article de Libération du mardi 6 mars 2007.





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