Samedi 3 novembre 2007

A Sri Lanka refugee sits in front of rice sacks at the Mandapam refugee camp, near Rameshwaram, about 635 kilometers (397 miles) south of Madras, India.

 

AMNESTY INTERNATIONAL
COMMUNIQUÉ DE PRESSE


Sri Lanka. Plus d'un demi-million de personnes déplacées subissent les conséquences de l'intensification de la violence


L'intensification de la violence au Sri Lanka est en train d'engendrer de nouveaux flux de personnes déplacées, ajoutant à la peur et au sentiment d'insécurité de centaines de milliers de personnes, forcées de quitter leur maison en raison du conflit ou après le tsunami.

«L'incapacité de l'État à assurer la sécurité et à faire en sorte que les attaques perpétrées contre des civils fassent l'objet de poursuites en justice a fait naître la peur et semé la panique, explique Purna Sen, directrice Asie à Amnesty International. Presque toutes les attaques d'importance qui se sont produites au cours de ces derniers mois ont eu un effet dévastateur qui s'est répercuté sur de nombreuses personnes qui ont fui leurs maisons et leurs villages en quête d'un endroit sûr.»

La plupart des personnes déplacées – y compris celles vivant dans des camps organisés – continuent d'être extrêmement vulnérables à la violence et au harcèlement des Tamil Tigers (Tigres tamouls) ainsi qu'à celui d'autres groupes armés et même des membres des forces de sécurité srilankaises.

Le 17 juin, une femme a été tuée et 44 autres blessées par des grenades lancées à l'intérieur d'une église, dans le village de Pesalai, au nord de l'île, où des milliers de personnes s'étaient réfugiées pour tenter d'échapper aux combats entre les Tigres tamouls et les forces gouvernementales. Les déclarations concordantes d'un certain nombre de témoins oculaires de la scène attestent de la présence de membres des forces de sécurité srilankaises lors de l'attaque de l'église.

Les Nations unies parlent d'un total de 39883 personnes déplacées depuis le 7 avril 2006 dans le nord et l'est du Sri Lanka.

Un rapport rendu public ce 29 juin par Amnesty International décrit également comment l'augmentation de l'insécurité force des personnes déjà déplacées à plusieurs reprises à partir à nouveau. Beaucoup ne sont pas rentrées chez elles depuis des dizaines d'années et l'augmentation de l'activité militaire constitue un obstacle majeur à leur établissement quelque part et à la reconstruction de leur vie.

«Il est de la responsabilité des gouvernements de protéger les droits de ces personnes déplacées – il y a plus d'un demi million de personnes déplacées, soit l'équivalent d'une circonscription d'une taille importante. La dégradation de la situation en matière de sécurité rend impérative une action du gouvernement visant à leur fournir une protection accrue», a déclaré Purna Sen.

Manikkam Maniyam, un Tamoul de soixante-deux ans, est l'un de ces nombreux Sri Lankais forcés de se déplacer d'un hébergement temporaire à l'autre à travers le pays depuis vingt-cinq ans. Il a fui sa maison de Trincomalee en 1990 en raison des combats et parce que sa maison au toit de chaume avait brûlée. Lui et sa famille avaient alors payé un pêcheur local pour qu'il les conduise en Inde, où ils ont vécu dans plusieurs camps de réfugiés. En 1992, on leur a fait comprendre que la situation s'était améliorée au niveau de la sécurité et ils sont retournés au Sri Lanka, où ils ont été hébergés dans le centre d'accueil d'Alles Garden. Leur logement au centre d'accueil a été détruit par le tsunami de 2004. Des milliers d'autres personnes déplacées attendent de pouvoir rentrer chez elles.

Les combats entre les forces gouvernementales, les rebelles des Tigres tamouls et d'autres groupes armés se sont intensifiés au cours des six derniers mois. Plus de 700 personnes auraient été tuées pour la seule année 2006, selon la Sri Lankan Monitoring Mission (SLMM, Mission de surveillance au Sri Lanka). Les civils sont confrontés aux assassinats, aux enlèvements et aux «disparitions». Des enfants sont recrutés comme enfants soldats.

Les personnes déplacées, privées des réseaux de soutien formés par leur communauté et les autorités locales, sont particulièrement vulnérables à ces abus. La violence gêne également le travail des agences humanitaires et d'aide au développement qui œuvrent auprès des personnes déplacées. Deux affaires séparées illustrent ce fait : en mai, un employé du Norwegian Refugee Council a été abattu et trois bureaux d'ONG ont été touchées par des attaques à la grenade menées de façon synchronisée.

En plus de l'insécurité, les personnes déplacées doivent également faire face à l'absence de toute possibilité d'emploi et à des services de santé et d'enseignement extrêmement limités au niveau local.
L'abus d'alcool et le haut niveau de violence domestique restent préoccupants.

Si la plupart des camps tsunami disposent de fonds suffisants et offrent des conditions raisonnables d'hébergement, les camps de personnes déplacées en raison du conflit manquent souvent d'électricité, de transports et d'un système d'évacuation des eaux suffisant. Les résidents de certains camps se plaignent d'être tombés malades après avoir bu de l'eau de puit souillée.

On estime à plus de 639400 le nombre de personnes toujours déplacées au Sri Lanka : 314378 personnes, selon les derniers chiffres des Nations unies, déplacées par le conflit, et environ 325000 personnes toujours déplacées du fait du tsunami.

L'intensification de la violence force de nombreux Srilankais à fuir leur pays – plus de 2800 personnes ont sollicité de l'Inde une protection internationale en 2006, selon le HCR.

Le rapport, Sri Lanka : Waiting to go home – the plight of the internally displaced: http://web.amnesty.org/library/index/engasa370042006.

Le gouvernement srilankais et les Tigres libérateurs de l'Eelam tamoul (LTTE), ou Tigres tamouls, ont conclu un accord de cessez-le-feu en 2002, mais les deux parties ont poursuivi leurs attaques, avec une nouvelle escalade au cours des six derniers mois.

Selon les chiffres du HCR, 314378 personnes étaient toujours déplacées en avril 2006 à cause du conflit. Pour plus d'informations à ce sujet, consulter le site http://www.unhcr.lk/.

La majorité des personnes déplacées au Sri Lanka sont originaires du nord et de l'est de l'île, où s'est déroulé l'essentiel des combats. En raison de leur concentration géographique dans ces régions, les Tamouls ont connu de loin les déplacements les plus importants. Selon le dernier recensement, mené en 2002 par le Ministère pour la Réhabilitation, la réinstallation et les réfugiés, 80,86 p. cent des personnes déplacées seraient tamoules, 13,7 p. cent musulmanes et 4,56 p. cent cingalaises.

"Du Sri Lanka à l’Inde, l’histoire se répète pour les réfugiés tamouls",
Pierre Prakash (29 octobre 2007) © Libération
http://www.liberation.fr/actualite/monde/287974.FR.php



par mohamed habibi publié dans : kutub
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Mercredi 24 octobre 2007


« Nous avons été trompés ! » Cette phrase est récurrente dans la bouche des personnes déplacées en raison de la construction du barrage des Trois Gorges dans la vallée du Yangtze en Chine. Alors que depuis le début du mois de juin 2003, l’eau monte dans le bassin long de 600 km, les tensions se font de plus en plus vives en raison des conditions de déplacement des populations concernées (entre 1,2 et 1,9 million de personnes). Un rapport sur cette question et une intervention devant la commission des droits de l’homme à Genève ont relancé le débat en mars dernier.

Ce déplacement de populations est le plus grand jamais réalisé pour la construction d’un barrage. Mais les conditions dans lesquelles il se déroule sont insatisfaisantes. Les autorités locales en charge de ce programme disposent de budgets insuffisants. Elles allouent en outre aux déplacés des montants fixés de manière discriminatoire et arbitraire. Selon une pétition datant de 1998, le gouvernement avait promis au départ 29 000 yuans (3311 €) par personne. Celles qui organisèrent leur propre réinstallation reçurent 20 000 yuans, les autres touchèrent 10 888 et celles qui ont été réinstallées directement par le gouvernement 6773 yuans.

Ces inégalités ont provoqué moult protestations et pétitions parmi les quelque 600 000 personnes déplacées avant le début du remplissage du bassin. Mais ces récriminations furent au mieux ignorées, au pire lourdement réprimées. Par exemple le village de Yaowan, dans le comté de Fengjie, s’est vu proposer 9 000 yuans par personne. Il réclame 15 000 yuans. La communauté a bloqué le village en mai 2002, la police a dispersé la manifestation et en septembre, trois personnes ont été condamnées pour agitation contre-révolutionnaire à 5 et 2 ans de prison. La sentence rendue publique, les commentaires d’autres paysans furent sans appel: «nous n’osons pas prendre la parole maintenant», «si on le fait, on sera arrêté».

Pour en savoir plus

   www.ThreeGorgesProbe.org sur les dernières nouvelles relatives à ce barrage (en anglais).
   www.amisdelaterre.org, les Amis de la terre lancent une campagne sur ce barrage et publient en français un rapport sur les déplacements de populations.
   www.irn.org International River Network propose aussi toute une documentation et des actions sur les barrages (en anglais).


Le Monde du 02/07/05
Province du Yunnan, (Chine) de notre envoyé spécial

C’est un village entre fleuve et montagne : à l’ouest, la Birmanie ; à l’est, la Chine, province du Yunnan. La montagne tombe à la verticale dans le fleuve. Le ciel est lourd, la pluie menace. Ici, côté chinois, les maisons du village sont neuves, sans grâce. A l’intérieur d’un foyer paysan, accroché au mur, un portrait de Mao est visible dans la lumière rare. Devant, sur une terrasse bétonnée, un homme, la quarantaine, est assis près de son père, casquette bleue, longue barbe.

Le fils est prolixe, l’ancêtre, silencieux. "On ne nous a rien dit sur nos conditions de relogement, dit le fils : on sait simplement que l’on risque de devoir quitter nos terres à cause du barrage qui inondera la région. Mais les cadres du parti nous ont mis en garde : "Ne répétez à personne, surtout pas à des étrangers, ce que l’on vous a dit, sinon, vous devrez en répondre devant les tribunaux !" Alors je ne vous dirai rien de plus. Pas mon nom, rien... Ne mentionnez pas le nom du village."

Le fils fume une cigarette : il sourit, il se tait. La plupart des villageois appartiennent à une minorité locale, les Lisus, l’une des cinquante-cinq répertoriées par la République populaire. Cinquante et une d’entre elles vivent au Yunnan, la province de toutes les minorités. La Chine est majoritairement peuplée de Hans, l’ethnie majoritaire à 91 %.

Ici, c’est la rivière Nu. Elle coule nord-sud, du Tibet vers la Birmanie, où elle devient la Salween. Le projet est de construire treize barrages sur le fleuve. La plupart des paysans n’en savent rien. Mais ils ont vu quelques barges d’ingénieurs en train, de ci de là, de faire des prélèvements sur la rivière pour jauger de la résistance minérale d’une région sujette aux tremblements de terre et aux glissements de terrains.

Parfois, bien en amont, en direction du Tibet, ils ont vu aussi les signes d’une activité de techniciens affairés à mesurer la hauteur des futurs barrages : "Nous sommes en train de faire des travaux préparatoires, explique un ingénieur : mais il ne faut pas que le barrage soit trop haut parce qu’il pourrait déplacer un nombre trop important de population"... La réalité ? Si les treize retenues d’eau sur le fleuve Nu sont construites, plus de 50 000 personnes devront quitter leurs terres.

"Les barrages devraient être le fruit d’une décision prise en accord avec les habitants. Mais en fait, c’est le gouvernement qui a le dernier mot" , s’insurge Yang Ming, une journaliste chinoise : "On les construit au nom de l’intérêt public sans se soucier de l’avis des populations." Pourquoi ? Simplement parce qu’au nom d’une Chine en décollage exponentiel, les responsables locaux se soucient peu du destin des paysans.

Toujours plus d’énergie

Au Yunnan, dans cette province où 600 rivières donnent naissance à au moins trois des plus grands fleuves de la planète, les paysans commencent, certains lentement, d’autres plus activement, à s’éveiller à la revendication "écologique" . Pour la plupart d’entre eux, cela revient simplement à se révolter contre des déplacements forcés. Ce qui leur vaut l’ire, ou au moins la méfiance, des cadres locaux du Parti communiste, peu enclins à accepter que les agriculteurs puissent remettre en question les plans de développement de l’Etat... Mékong, Yangzi (Fleuve bleu) et Nu, ces trois fleuves venus du haut plateau tibétain s’écoulent en parallèle à travers cette province montagneuse du sud-ouest du pays peuplée de 43 millions d’habitants et dont le potentiel illustre, jusqu’à la caricature, la soif chinoise pour toujours plus d’énergie dans un pays dont l’intention est de doubler sa capacité hydroélectrique d’ici à 2010.

On connaissait la pharaonique réalisation de retenues d’eau sur le Yangzi ­ le barrage des Trois-Gorges ­, qui a donné lieu à d’importants mouvements de protestation paysans. On sait moins que, plus à l’ouest, sur le même fleuve, en amont et en aval d’une autre gorge, celle dite du "Tigre bondissant", huit barrages sont prévus sur la "rivière au sable d’or", (Jinsha jiang, le joli nom du Yangzi dans la région). Le Mékong, lui, a déjà été doté de deux barrages au Yunnan et six autres sont en projet. Sans compter donc, les retenues sur la Nu...

Le Mékong... C’est en utilisant l’exemple négatif d’un barrage sur ce grand fleuve que Yu Xiaogang, professeur à l’université du Yunnan, à Kunming, chef-lieu de la province, s’est attiré les foudres des autorités locales. Il fuit les journalistes, est menacé par les sbires de l’autocratie provinciale, mais il s’active. L’homme a osé faire un "reportage" sur le Mékong, où il a emmené des paysans du fleuve Nu pour leur prouver à quel point les barrages sont sources de misère.

Il a réalisé un DVD montrant des paysans déplacés qui survivent en fouillant le dépôt d’ordures proche de la centrale hydroélectrique responsable de leur exil. On y voit des femmes en pleurs ramassant des déchets et conspuant les autorités qui les ont ravalées au rang de clochards loin de leurs villages natals. Pour cause de construction de grands barrages.

A Pékin, le pouvoir est malgré tout de plus en plus conscient des impacts écologiques et humains de ce genre de grands travaux. En avril 2004, le premier ministre chinois Wen Jiabao a pris la décision de "suspendre" le projet de barrages sur la Nu, estimant qu’une telle décision "devrait être révisée et décidée de manière scientifique". Voeu pieux ? Comme l’énonce un écologiste chinois qui préfère taire son nom : "Le gouvernement entend faire preuve de réalisme et prendre en compte les desiderata des organisations non gouvernementales (ONG) écologistes chinoises. J’ai peur qu’en fait, les tenants du complexe industriel finissent par avoir raison de nos revendications "vertes"" . Autrement dit : une Chine en expansion économique permanente ne peut se permettre de prendre en compte des réalités écologiques contradictoires. Et pourtant : une " Agence d’Etat pour la protection de l’environnement" (SAPA) est aujourd’hui à l’oeuvre. Son numéro deux, Pan Yue, est considéré par les Verts chinois comme celui grâce auquel l’écologie est désormais devenue une priorité. "Il est en phase avec nous , explique le même responsable "écolo", mais je ne suis pas sûr qu’il aura raison du plus for t."

Fin avril, dans le haut Yangzi, non loin de la gorge du Tigre bondissant, s’est tenue une étrange cérémonie : un anthropologue du nom de Xiao Liangzhong, mort en début d’année, a eu l’insigne honneur d’être élevé au rang de héros de l’écologie locale. Certains de ses partisans, hostiles aux barrages, ont sacrifié en son nom un coq, sous contrôle d’une police qui avait dépêché des sbires munis d’appareils photos. Pour les militants de la région, il est devenu l’emblème d’une revendication anti-barrage.

Un paysan local, Ge Juanxiao, a repris le flambeau. En 2004, il a réussi à se faire admettre à Pékin durant une session du Programme des nations unies pour le développement (PNUD). M. Ge, 57 ans, face ronde sous une casquette de base-ball, moitié han, moitié bai, minorité locale, est un paysan "high tech" qui use et abuse de son ordinateur pour promouvoir un militantisme "vert". Il assène aujourd’hui son propos : "Nous avons survécu aux guerres, nous sommes encore vivants après les tremblements de terre, mais les barrages nous tueront."

Bruno Philip, Le Monde
Article paru dans l’édition du 03/07/05

(C)Edward Burtynsky

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par mohamed habibi publié dans : kutub
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Lundi 22 octobre 2007

Scène de l'exode suite à la partition de l'Inde en 1947

Dans Les Voies de la partition Inde-Pakistan, Urvashi Butalia recense les cruautés liées à ce chapitre de l’histoire indienne qui, soixante ans après, ronge encore le pays de remords et de chagrin. Les femmes enlevées -75 000, selon les estimations- sont violées, vendues, converties de force. Elles sont promenées nues dans les rues, ont les seins coupés, le sexe tatoué des signes de l’"autre" religion. Car, dans l’orgie de violences née de la Partition, une obsession submerge l’Inde : kidnapper, violer la femme de l’"autre" pour l’humilier, l’intimider, détruire sa capacité de reproduction. Obsession qui, par rivalité mimétique, ravage autant les hindous que les musulmans. Mutilées, arrachées à leur communauté, ces femmes sont la métaphore du corps amputé de l’Inde, Mère éternelle -Bharat Mata. Et l’une des caricatures les plus chères aux nationalistes hindous est alors celle d’un corps féminin épousant la forme de l’Inde et Nehru découpant un bras qui représente le Pakistan.

Outre les suicides collectifs, des émeutes font des milliers de morts, à Rawalpindi (Pendjab), en mars 1947. Ou au Bengale, en novembre 1946, quand des pèlerins hindous massacrent, à Garh Mukhteshwar, des commerçants musulmans. En août 1946, à Calcutta, une Action Day de la Ligue musulmane tourne à la "grande tuerie" : armés de haches, de bâtons, d’épieux ou d’armes à feu, des hommes assassinent, pillent, lors de vrais pogroms, et profanent des mosquées. En représailles, dans le district de Noâkhâli, des musulmans tuent et brûlent des temples.

 

Tout le monde sait que la Partition tournera au bain de sang, mais, en août 1947, le Congrès pousse un soupir de soulagement. Jawaharlal Nehru, père de l’indépendance, avoue : "Nous étions épuisés. Il fallait qu’on aboutisse. Nous pensions que la Partition serait temporaire." Chef de la Ligue musulmane, Mohammed Jinnah décroche le rêve de sa vie : une Inde indépendante en "deux nations". Mais "nul ne sait où va passer ce Pakistan d’utopie, ce pays de nulle part", écrit l’historien Eric-Paul Meyer. Voté, à Londres, en juillet, l’Acte d’indépendance de l’Inde ne dit pas un mot des risques d’exode, de déchirement des familles. La commission Radcliffe trace une frontière qui mutile des zones urbaines et rurales, de populations mélangées. Le Pendjab et le Bengale sont à majorité musulmane, mais abritent de grosses minorités d’hindous et de sikhs. Lahore et Karachi, villes de commerçants et de fonctionnaires, sont à majorité hindoue.

 

Dès que le tracé de la frontière devient officiel, le 15 août, les maisons sont évacuées. A Delhi, la milice hindoue RSF vide les quartiers de leurs occupants musulmans, réfugiés dans les mosquées, pour faire une place aux hindous qui arrivent par convois entiers. Karachi se vide de ses hindous comme Delhi de ses musulmans. Dans les quartiers mixtes, des gens ordinaires massacrent leurs voisins sans autre raison que la différence de religion. C’est la première fois, en Inde, qu’on élimine physiquement, à une telle échelle, des populations pour aboutir à des zones ethno-religieuses pures.

 

Des politiques et des prêtres fanatiques attisent les haines. C’est l’heure du grand "nettoyage" -safa’i. Ce récit d’un sikh à la frontière d’Attari : "Un jour, tout notre village s’est retrouvé en route pour un village musulman proche, en vue d’une expédition punitive. Nous sommes carrément devenus fous... Et cela m’a coûté cinquante ans de remords, de nuits sans sommeil. Je n’arrive pas à oublier les visages des gens que j’ai tués." Même écho chez Nasir Hussain, paysan musulman : "En l’espace de deux jours, une vague sauvage de haine nous a submergés. Je ne peux même pas me rappeler combien d’hommes j’ai tués."

La Partition fait de l’Inde un territoire mangé aux mites. Les deux parties, occidentale et orientale, du néo-Pakistan, sont séparées par 1300 kilomètres de territoire indien. Et le nombre des victimes est phénoménal. Parmi les estimations les plus élevées, 1 million de morts en trois mois et un exode humain jamais vu. Quinze millions de personnes passent la frontière dans les deux sens : 9 millions d’hindous et de sikhs venant du Pakistan ; 6 millions de musulmans quittant l’Inde. Un million l’ont franchie à pied dans les kafila, ces colonnes étirées sur des dizaines de kilomètres, hommes et femmes en haillons, affamés, épuisés, écrasés de chagrin, mais trouvant encore un peu de force pour provoquer l’autre. Des milliers de familles sont séparées en une nuit, des vies pour toujours disloquées. Urvashi Butalia : "Il est difficile de séparer deux vies. En séparer des millions est pure folie."

 

Une "monstrueuse vivisection", avait prévenu le mahatma Gandhi, à propos de la Partition. A 77 ans, Gandhi, héros shakespearien, erre, halluciné, comme le Roi Lear, dans les ruines et le chaos du monde. De son monde. Il marche dans les rues désertes de Calcutta, où les habitants sont terrés, entre les carcasses calcinées des voitures et les maisons incendiées. Il se rend dans les villages rasés où les vautours rôdent déjà autour des cadavres. Il tient des réunions de prière, écoute le récit des atrocités, "essuie les larmes de tous les yeux", écrit l’écrivaine Christine Jordis dans sa belle biographie. Jusqu’à la dernière minute, sur la planche de bois qui lui sert de lit et d’écritoire, il aura tout tenté : nouer des contacts, jeûner, chercher un accord avec Mohammed Jinnah pour le convaincre de ne pas céder au mirage d’une Inde découpée qui est, pour lui, un contre-sens historique, un non-sens absolu. Mais Gandhi n’est plus écouté. Il est détesté par les activistes des deux camps, qui ne croient plus, depuis longtemps, aux vertus de l’ahimsa (non-violence). Par les Britanniques, qui l’ont toujours vu en politicien roué ou en saint fanatique. A-t-on jamais vu un opposant prévenant aussi courtoisement la puissance coloniale des actions de résistance civile qui allaient faire de lui le révolutionnaire le plus original du monde ? Les massacres de 1947, l’exode signent l’échec de son combat pour le swaraj, l’émancipation d’une Inde rêvée. Il avait plaidé pour l’harmonie des religions, mais elles se livrent à un impitoyable massacre. Contre l’"intouchabilité", mais cela lui vaut la haine de tous les extrémistes hindous. Contre l’oppression des femmes, mais elles sont les premières victimes du malheur indien. Gandhi a perdu. Il reprend son rouet et sa marche en chantant avec le poète Tagore, son ami : "Marche seul. S’ils ne répondent pas à ton appel, marche seul."

 

La cruauté de la Partition est restée longtemps un secret trop lourd à porter, un enfantement douloureux qu’il n’est jamais temps de rappeler, parce que d’autres orages se profilent. Au Cachemire, par exemple. L’assassinat de Gandhi, le 30 janvier 1948, est resté comme le geste isolé d’un déséquilibré hindou plutôt que le dernier meurtre d’une longue série. L’ironie de l’histoire a voulu que Jinnah meure aussi, de tuberculose, moins de huit mois après lui. Puis les langues se sont déliées, comme par un besoin compulsif d’expliquer, de comprendre, d’exorciser. Mais chaque émeute postérieure -contre les sikhs, après l’assassinat d’Indira Gandhi, en 1984, la destruction de la mosquée d’Ayodhya, en 1992, les massacres antimusulmans du Gujarat, en 2002- réactive le souvenir de la Partition. Soixante ans après, le travail de mémoire a à peine commencé.

 

La tentation a été longtemps d’opposer deux religions aux valeurs antagoniques : l’islam, monothéiste, égalitariste et prosélyte ; l’hindouisme, polythéiste, hiérarchisé, tolérant. L’islam a conquis l’Inde, qu’il a dominée, bien que minoritaire, pendant six siècles, de la création du sultanat de Delhi à la décadence des Moghols au 18e siècle. Mais la conquête britannique (1715-1818) a mis fin à son hégémonie et mis en lumière sa faiblesse numérique. "L’islam a cessé d’être, en Inde, la référence politique et culturelle dominante", explique l’islamologue Marc Gaborieau. L’affrontement devenait inévitable. En 1940, Jinnah affirmait : "Les hindous et les musulmans appartiennent à deux civilisations différentes, fondées sur des idées et des conceptions contradictoires." Cette explication des massacres, appelée "primordialiste", a été défendue par Louis Dumont, dans son Essai sur le système des castes (1966). Elle est celle encore des historiens officiels et islamistes pakistanais comme de l’extrême droite hindoue.

L’autre thèse, dite "artificialiste", consiste, au contraire, à nier cette opposition de fond entre islam et hindouisme et à attribuer la catastrophe de la Partition au colonisateur britannique. Au nom du sempiternel principe "diviser pour régner", la réforme Morley-Minto de 1909 cède aux demandes musulmanes d’électorat séparé dans les provinces et transforme les communautés religieuses en circonscriptions électorales. De quoi attiser la tension entre la Ligue musulmane, fondée en 1906, et le Parti du Congrès (1885), qui regroupe majoritairement les élites nationalistes hindoues. La théorie des "deux nations" naîtra d’un réflexe de peur de la minorité musulmane. Les effets combinés de la démocratie et de la politique du raj (empire) auraient ainsi fait éclater des conflits intercommunautaires étrangers à l’histoire de l’lnde. Cette thèse s’appuie sur un âge d’or supposé -précolonial- où musulmans et hindous auraient toujours vécu en bon voisinage. Les souverains hindous choisissaient des musulmans comme officiers et gourous, les souverains musulmans des femmes, des généraux et des conseillers hindous. Ils parlent les mêmes langues, ont les mêmes goûts musicaux, architecturaux, culinaires, les mêmes structures familiales (polygamie). Les valeurs qu’ils partagent sont plus nombreuses que celles qui les divisent. Loin d’être "égalitariste", souligne Marc Gaborieau, l’islam indien reproduit des hiérarchies sociales qui ne sont pas si éloignées du système des castes. 

 

Les deux explications, "primordialiste" et "artificialiste", sont tout aussi caricaturales. Malgré des siècles de cohabitation plus ou moins pacifique, les deux cultures sont en fait restées dos à dos : au nom des règles de pureté, on ne mange pas ensemble, on ne se touche pas, on ne se marie pas. Les hindous considèrent l’islam ou le christianisme comme des religions impures et barbares. Musulmans et chrétiens sont, comme les intouchables, au dernier rang de l’échelle. Un sikh raconte ce fait inouï dans le livre d’Urvashi Butalia : "Si un musulman venait vers nous et que nous échangions une poignée de main et que nous avions un paquet de nourriture à la main, cette nourriture était souillée et nous ne la mangions pas. Si nous tenions un chien d’une main et de la nourriture de l’autre, cette nourriture ne posait aucun problème."

La vraie fracture était, en fait, à l’intérieur des deux camps. Face à l’arrogance du colonisateur, les identités se réveillent à la fin du 19e siècle. Les hindous restaurent les rituels de purification, réactivent le souvenir mythifié du passé prémusulman, reviennent à un esprit de castes rigoureux, au culte de la vache, au sacrifice des veuves. Le nationalisme hindou exploite le mécontentement de populations réticentes à l’occidentalisation de l’Inde et qui se rejoignent dans la référence à un védisme originel qui aurait été perverti par l’islam et le christianisme.

 

Même évolution chez les musulmans qui veulent "deshindouiser" l’islam, éliminer le culte des idoles, revenir à la lettre du Coran, chasser le soufisme, perçu comme une contamination de l’islam par l’hindouisme. Ainsi, le fondamentalisme islamique naît-il au Bengale et au Pendjab. En 1927, le mouvement de prédicateurs Tabligh (Foi et pratique) -encore très présent en France aujourd’hui- est créé avec cette vocation de purifier, purger ce que des siècles de cohabitation ont pollué. La même année, un intellectuel occidentalisé, Maududi, l’un des inspirateurs des Frères musulmans en Egypte, publie un livre retentissant sur la "guerre sainte", qu’il encourage dans tout le monde musulman, et il fonde, en 1941, le Jamaat Al-Islam, qui transformera le Pakistan en République islamique.

La récupération politique de ces extrémismes religieux prépare la tragédie. Milice hindoue, le Rashtriya Svayamsevak Sangh (RSS) organise des manifestations rituelles qui sont autant de démonstrations de force. De son côté, la Ligue musulmane reprend la proposition faite en 1930 par le poète-philosophe Iqbal d’un Etat séparé ayant vocation à rassembler tous les musulmans. Mohammed Jinnah est pourtant tout sauf un islamiste. C’est un réformateur moderne, marié à une ismaélienne, mangeur de porc et buveur de whisky, mais il a compris que la seule façon de créer le Pakistan était d’utiliser les oulémas. "C’est parce que des acteurs politiques ont considéré qu’il était de leur intérêt d’activer ces lignes de clivage religieux, conclut le chercheur Christophe Jaffrelot, qu’elles ont fini par devenir pertinentes, alors qu’elles ne l’étaient pas auparavant." Le scénario était en place pour le pire.

HENRI TINCQ



Scène de l'exode suite à la partition de l'Inde en 1947


Scène de l'exode suite à la partition de l'Inde en 1947


Un train de musulmans en partance pour le Pakistan


Un train de musulmans dans une gare du Penjab


Un train de musulmans en partance
pour le Pakistan


Des musulmans se reposent après une journée de marche


Un camp de réfugiés, à Delhi


par mohamed habibi publié dans : kutub
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Dimanche 14 octobre 2007

Credit Reuters - Sharif Karim


À la suite de l’enlèvement de deux soldats de Tsahal par le Hezbollah, le 12 juillet 2006, le Liban bascule à nouveau dans la tourmente: Israël établit un blocus, détruit les infrastructures, bombarde des villes et des villages du Liban-Sud et rase le « périmètre de sécurité» du Hezbollah à Beyrouth. Ce conflit va durer trente-trois jours. La résolution 1701 est votée le 14 août 2006. Depuis, l’armée libanaise, aidée par une FINUL renforcée, contrôle, pour la première fois depuis quarante ans, le sud du pays. Mais cette guerre commanditée de l’extérieur (États-Unis contre l’axe syro-iranien) a engagé le Liban dans une situation d’équilibre instable. Le bras de fer se poursuit entre différents courants qui veulent renverser le gouvernement Siniora et empêcher la réalisation du tribunal international.


Credit Reuters - Shannon Stapleton


Credit Reuters - Sharif Karim

par mohamed habibi publié dans : kutub
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Vendredi 12 octobre 2007

A column of Hutu refugees escape from Burundi into Tanzania with cooking pots, food and a few chickens.

«Quelque 800 000 hommes, femmes et enfants ont été abandonnés à une mort certaine, la plus violente et la plus inhumaine qui soit, infligée par leurs propres voisins. Des églises et des hôpitaux, qui auraient dû être des sanctuaires, ont été transformés en abattoirs. Un pays entier a volé en éclats. Une succession d'événements terribles a fini par engouffrer toute la région dans le conflit.»

 

(Allocution du 26.03.04 du secrétaire général Koffi Annan lors de la Conférence de commémoration du génocide rwandais organisée par les gouvernements canadien et rwandais)

 

 

 

A partir d'avril 1994, deux foyers de violences éclatent et coexistent au Rwanda jusqu'en juillet :  


- le génocide des Tutsi et des Hutu modérés par les extrémistes hutu au pouvoir,
- la réactivation simultanée de la guérilla tutsi du Front patriotique rwandais (FPR), menée par Paul Kagamé, en lutte depuis 1990 contre le pouvoir hutu et les Forces armées rwandaises (FAR). La guérilla est soutenue par l'Ouganda qui lui sert de base arrière.

 

Près de 800 000 Rwandais massacrés, Tutsi et Hutu modérés

 

Le 6 avril 1994, à proximité de l'aéroport de Kigali, Juvénal Habyarimana, président rwandais hutu au pouvoir depuis 1973, accompagné du président burundais Cyprien Ntaryamira, périssent dans un attentat contre l'avion qui les ramenait d'un sommet régional en Tanzanie.
L'attentat sert de prétexte au déclenchement des tueries qui, dès le 7 avril, éclatent simultanément dans la capitale Kigali, dans le sud, l'est et le nord du pays. Elles sont conduites par des extrémistes Hutu, miliciens
Interahamwé de l'ex-parti unique du président Habyarimana et soldats des Forces armées rwandaises (FAR). Ils ont pour mission d'éliminer méthodiquement les Tutsi "cancrelats" (sobriquet infamant donné aux Tutsi depuis 30 ans) et l'opposition hutu modérée, avec listes des noms à l'appui, constituées grâce aux cartes d'identité instaurées à l'époque coloniale mentionnant l'appartenance ethnique des communautés.


La simultanéité, la violence et l'ampleur des massacres attestent leur planification de longue date.

 

«Les massacres avaient été préparés pendant des mois en avance. La Garde présidentielle et d'autres militaires de l'armée rwandaise ont donné des entraînements militaires aux milices Interahamwe et Impuzamugambi pour leur apprendre comment tuer avec le plus d'efficacité. Les Interahamwe, "ceux qui attaquent ensemble," sont la milice du Mouvement Républicain National pour le Développement et la Démocratie (MRND) et les Impuzamugambi, "ceux qui ont le même but," sont la milice du parti dit Coalition pour la Défense de la République. Créées en 1992, ces milices ont reçu des entraînements militaires intenses fin 1993 et début 1994 en groupes de 300 hommes à la fois envoyés pour trois semaines dans un camp militaire dans la région du nord-est du Mutara. Dans leurs attaques contre les civils, les milices étaient souvent accompagnées d'un petit nombre de militaires ou de policiers du gouvernement, mais les milices ont tué plus de personnes que les forces armées. (.) Les autorités rwandaises ont distribué des armes à feu aux membres de milices et autres supporteurs de Habyarimana au début de l'année 1992 et encore plus vers la fin de 1993 et au début de 1994. (.)


Une station de radio appartenant au cercle de Habyarimana, la Radio Télévision Libre des Mille Collines, a commencé depuis l'automne dernier [1993] une campagne de propagande haineuse contre les Tutsi et les membres des partis politiques d'opposition. À la fin de 1993, les émissions sont devenues plus virulentes et ont commencé à cibler les personnes en les appelant "ennemis" ou "traîtres qui méritaient la mort".»

 

Jean-Pierre Chrétien décrit le cynisme appliqué, la normalisation de la haine dont les tueurs font preuve : «Les miliciens dits interahamwe ("les solidaires") font fuir leurs victimes vers des refuges supposés (églises, dispensaires, écoles), puis encerclent ces lieux devenus des abattoirs, les militaires y jettent des gaz lacrymogènes, des grenades à fragmentation et tirent pour briser toute résistance, puis y pénètrent pour déloger les réfugiés à la fois terrorisés et résignés, les miliciens attendent aux sorties avec leurs machettes, leurs lances et leurs gourdins cloutés. Ils reviennent voir les tas de cadavres le lendemain matin pour achever les blessés et piller.»

 

Les massacres se poursuivent sans cesse faisant, entre avril et juillet 1994, plus de 800 000 victimes tutsi et hutu modérés. Une première vague d'une dizaine de milliers de réfugiés, essentiellement tutsi, traverse la frontière et parvient au Kivu, dans l'est du Zaïre.

 

D'après : Human Rights Watch, Génocide au Rwanda, mai 1994, vol.6, n°4, et Jean-Pierre Chrétien, in Interprétations du génocide de 1994 dans l'histoire contemporaine du Rwanda, Clio en Afrique, n°2, été 1997 (contient une bibliographie détaillée sur le génocide)

 

par mohamed habibi publié dans : kutub
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Samedi 6 octobre 2007

Migrant Mother, Nipomo, California; 1936

© The Dorothea Lange Collection
Oakland Museum of California
City of Oakland. Gift of Paul S. Taylor


Soupe populaire, camps de secours, manifestations et tempêtes de poussière balayant les Prairies : ces images de la Crise de 1929 traduisent une cruelle réalité. Durant la récession qui s'amorce peu avant le krach boursier de 1929 pour s'achever au printemps 1933, le revenu national diminue pratiquement de moitié. La reprise, irrégulière, aboutit à un nouvel effondrement des marchés en 1937. Seule la guerre, qui éclate en septembre 1939, entraîne un redressement complet.


Drought Refugees from Oklahoma, 1935

© The Dorothea Lange Collection
Oakland Museum of California
City of Oakland. Gift of Paul S. Taylor


Bud Fields and his family. Alabama 1936.

(c) Walker Evans


Toward Los Angeles, California 1937

© The Dorothea Lange Collection
Oakland Museum of California
City of Oakland. Gift of Paul S. Taylor

Flood refugee encampment at Forrest City, Arkansas 1937

(c) Walker Evans

Squatter makes coffee in kitchen at his home in abandoned warehouse,

Caruthersville, Missouri. August 1938

(c) Russell Lee

Relief line waiting for commodities, San Antonio, Texas. March 1939

(c) Russell Lee.


Young boys waiting in kitchen of city mission for soup which is given out nightly.

Dubuque, Iowa. April 1940.

© John Vachon

par mohamed habibi publié dans : kutub
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Mardi 2 octobre 2007

© Robert Capa

Avec les débuts de la guerre d'Espagne arrivèrent les premiers réfugiés. Mais ce fut en 1939 que la retirada, la retraite de l'armée républicaine espagnole, jeta sur les chemins de l'exil une immense vague de 500 000 personnes. La France, prise au dépourvu et déchirée par un violent débat interne, les rassembla dans des camps qui, trop souvent improvisés dans l'urgence, se résumaient à une plage battue par les vents d'hiver. Nombre d'entre eux tentèrent l'aventure du retour ou réémigrèrent en particulier vers l'Amérique latine. Les autres furent enrégimentés, embrigadés, ballotés de camps en compagnies puis groupements de travailleurs étrangers et constituèrent une main d'oeuvre contrainte sur les chantiers du Mur de l'Atlantique ou en Allemagne. Pourtant, ils s'engagèrent aussi précocement dans la Résistance ou, de Narvik a Paris libéré et à Berchtesgaden, parcoururent tous les champs de bataille sous l'uniforme français.

Mais pour ces républicains, la libération de la France n'était que le prélude à la reconquête d'une Espagne qu'il fallait affranchir du joug franquiste. Espoirs pourtant déçus, ravivant au sein de l'exil des affrontements souvent hérités de la Guerre civile. Jusqu'à ce que, «posant enfin leurs valises», vienne pour eux le temps de l'intégration.


© Mike Corrado






© ROSENBLUM, Walter

© ROSENBLUM, Walter


par mohamed habibi publié dans : kutub
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Lundi 1 octobre 2007

Camps de réfugiés palestiniens (1948)

 

Les années 47 et 48 constituent pour les historiens arabes et palestiniens l'expulsion d'un peuple par un autre. L’échec du plan de partage de la Palestine a structuré l'histoire de la région depuis 1947. En effet une seule partie de la résolution 181 se matérialisa. Selon les uns, elle procura aux Juifs l'Etat que réclamait le mouvement sioniste depuis un demi-siècle et conféra à Israël sa légitimité internationale. En revanche, l'Etat arabe ne vit jamais le jour. Une grande partie de la population palestinienne prit le chemin de l'exil, entamant un long calvaire que le Proche-Orient paya et paie encore d'un cycle infernal de guerres et de terreur.

Or, selon les autres, au contraire, les réfugiés (500 000 tout au plus) se sont pour la plupart enfuis volontairement, répondant aux appels de dirigeants leur promettent un retour rapide après la victoire. Même si, cette version est remise en cause depuis quelques années, par quelques personnalités israéliennes liées au courant des nouveaux historiens, elle demeure ancrée dans la mémoire collective d’une partie de la société israélienne.

Après la proclamation de l'Etat d'Israël en 1948, 750 000 Palestiniens prennent le chemin de l'exode. Celui-ci est dès lors désigné par les Palestiniens sous le nom de "Naqba", la "Catastrophe". Lorsqu'il apparaît qu'Israël s'opposera au retour des réfugiés sur son territoire, les Nations unies décident de créer une institution pour leur porter assistance.


L'OFFICE de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA) est institué en 1949. La Convention de 1951 sur le statut des réfugiés ne s'applique pas dans ce cas, car elle donne une définition individuelle du statut de réfugiés, alors que les Palestiniens bénéficient d'un droit collectif au rapatriement. Sont reconnues comme réfugiés palestiniens les personnes dont le lieu de résidence habituel était la Palestine deux ans au moins avant le conflit de 1948, à la suite duquel elles ont perdu leur foyer et leurs moyens de subsistance et ont gagné, en 1948, les territoires dans lesquels opère l'UNRWA un an plus tard. Leurs descendants peuvent se prévaloir des services de l'UNRWA.

 

 

 

 

 

par mohamed habibi publié dans : kutub
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Dimanche 30 septembre 2007

Beaten guards begging for mercy (Buchenwald, 1945), © Lee Miller Archives (54/21), Copyright 2001 British Photographers’ Liaison Committee/Finers Stephens Innocent As agreed by BAPLA, AOP, NUJ, MPA and the Penrose Film Productions.

 

La photographie des deux gardiens du camp de Buchenwald, signée Lee Miller, tranche dans l’iconographie traditionnelle des camps de concentration. Photographie de combat, qui s’intéresse à l’ennemi, elle refuse la neutralité de la photographie documentaire et le style compassionnel qui privilégie les victimes depuis les années 1930. Mais cette photographie doit aussi se regarder comme un miroir. À travers la violence, la domination de l’ennemi et le voyeurisme qui sont au coeur de son dispositif, l’image dessine le portrait d’une femme archétype de la beauté, qui choisit de faire la guerre en homme et en soldat, pour rompre avec son passé et une identité féminine traditionnelle qui l’enferme et la contraint.

Marianne Amar travaille sur l’histoire politique et culturelle du sport en France, et sur la photographie de guerre. Sur le sport, elle a notamment publié Nés pour courir – Sport, pouvoirs et rébellions – 1945/1958 (PUG, 1987), « La France et l’image de sa puissance au lendemain de la guerre : le miroir du sport » (R. Girault et R. Frank dir., La puissance française en question ! 1945-1949, Publications de la Sorbonne, 1988), « Une affaire d’État ? L’olympisme français et les pouvoirs publics au tournant des années cinquante » (Relations Internationales, déc. 2002). Sur la photographie, elle a régulièrement publié des chroniques dans Vingtième siècle et participé au catalogue de l’exposition Voir ne pas voir la guerre (Somogy, 2001).

Marianne AMAR, « Les guerres intimes de Lee Miller », Clio, numéro 20/2004, Armées,URL : http://clio.revues.org/document1396.html

Extrait: En donnant cette importance aux gardes vaincus et blessés, Lee Miller rend d’abord compte de la complexité d’une libération, « avec les dénonciations nécessaires, les vengeances compréhensibles, les vrais et les faux bonheurs pour des prisonniers encore meurtris, encore mourants… ». À travers ces visages, elle introduit aussi dans l’exception du camp la figure classique du soldat ennemi, un repère qui l’aide sans doute à mettre de l’ordre dans le chaos de ses émotions. « Mes sentiments vis-à-vis de ce pays sont horriblement confus » écrit-elle à Roland Penrose, « et je ne peux absolument pas faire le tri dans mes idées… Je pense que j’aurais dû rentrer à Paris, pour avoir un peu de recul. Ce n’est pas facile d’écrire dans le désordre où nous vivons ».

Cette volonté de simplifier se retrouve dans les choix de prises de vue. La photographie frontale, construite autour de son centre (les visages, les blessures), traversée par la lumière crue du flash, dépouille le combat de toute esthétique. Lee Miller abandonne ici les références au surréalisme, qui marquaient ses premiers travaux : « je fais des documents, pas de l’art ». En fait, cette photographie évoque les images du crime, et singulièrement celles du New-Yorkais Weegee. Il s’est fait, dans les années 30, une spécialité du fait divers à sensation. Sur ses images « choquantes, bouleversantes », d’une « absolue franchise », se détachent les cadavres baignés de sang, la figure de l’assassin, le regard terrifié des badauds, tous figés par l’éclair du flash. En adoptant dans la série des gardiens cette approche brutale du sujet qui ne respecte aucune pudeur, Lee Miller sort le crime nazi de l’anonymat, et lui donne un visage : visage cruel, grotesque parfois et pour ces deux-là, visage terriblement ordinaire.

La photographie des gardiens de Buchenwald a également une fonction plus personnelle. En pointant la figure de l’ennemi, Lee Miller peut enfin livrer bataille. Ce n’est plus une guerre anonyme, mais un corps-à-corps, où la fermeté du regard devient une métaphore : une photo ; une balle. Jamais le geste photographique n’a été aussi proche de celui du guerrier – viser, armer, tirer. On est donc loin d’une image qui inverserait la figure de la victime et celle du bourreau. En photographiant l’ennemi puni, elle ne le plaint pas : elle exécute une sentence. Dans l’inquiétude de leur regard, dans la peur du châtiment à venir puisqu’ils implorent la pitié, elle dessine l’ampleur de leurs crimes et entrouvre la porte sur l’abîme infini des souffrances de leurs victimes.

 

par mohamed habibi publié dans : kutub
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Samedi 29 septembre 2007

Victime tsigane des expériences médicales nazies pour rendre l’eau de mer potable. Camp de concentration de Dachau, Allemagne, 1944.

© United States Holocaust Memorial Museum, Washington, D.C.

Les TSIGANES furent persécutés pour des raisons raciales par le régime nazi et ses alliés dans toute l'Europe.Pourtant peu de traces de ce génocide dans notre mémoire collective!

Les Nazis considéraient les Tsiganes comme "racialement inférieurs", et le destin de ceux-ci fut, en de nombreux points, parallèle à celui des Juifs. Les Tsiganes subirent l'internement, le travail forcé et beaucoup furent assassinés. Ils étaient aussi soumis à la déportation dans les camps d'extermination. Les Einsatzgruppen (unités mobiles d’extermination) assassinèrent des dizaines de milliers de Tsiganes dans les territoires de l'est occupés par les Allemands. En outre, des milliers d’entre eux furent tués dans les camps d'extermination d'Auschwitz-Birkenau, de Chelmno, de Belzec, de Sobibor et de Treblinka. Les nazis incarcérèrent aussi des milliers de Tsiganes dans les camps de concentration de Bergen-Belsen, de Sachsenhausen, de Buchenwald, de Dachau, de Mauthausen et de Ravensbrück.

Le 21 septembre 1939, Reinhard Heydrich, chef de l'Office central de Sécurité du Reich, rencontrait les fonctionnaires de la Police de Sûreté (Sipo) et du Service de la sûreté (SD) à Berlin. Ils décidèrent d'expulser 30 000 Tsiganes allemands et autrichiens dans des régions à l'est du grand Reich, dans le Gouvernement G&ea